Le rendez-vous manqué

Le 26 septembre aurait dû se tenir une conférence à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement et rassemblant, entre autres, Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon. Hélas !, la défection de ce dernier a conduit à l’annulation de l’événement.

L’erreur de Mélenchon

Comme Jean-Pierre Chevènement, je milite pour un rapprochement de ce qu’il appelle « les républicains des deux rives ». Je ne peux donc que regretter la décision de Jean-Luc Mélenchon. Au nom de schémas de pensée usés, il préfère l’entre-soi au dialogue. Pire : il définit ses alliances en fonction d’étiquettes et non selon des convergences idéologiques. C’est ainsi qu’il choisit de regarder du côté d’EELV, voire des identitaires de gauche, avec qui, en réalité, il ne partage que le mot « de gauche » mais aucune des idées. Au risque de brouiller totalement son discours et de se laisser entraîner dans des aventures qui ne sont pas les siennes.

Et quand bien même il refuse tout rapprochement avec la droite, ce qui est son droit, l’espace de dialogue que lui offrait Chevènement pouvait très bien être mis à profit pour défendre sa thèse. Pourquoi n’être pas venu à la tribune dire ce qu’il pense de Dupont-Aignan et de la stratégie de Chevènement ? Une fois n’est pas coutume, il a choisi l’esquive. Dommage.

L’erreur de Chevènement

De son côté Jean-Pierre Chevènement poursuit ce qu’il considère être sa mission : rassembler la famille républicaine. Le problème, c’est qu’à droite, les interlocuteurs possibles ont disparu avec la mort du regretté Philippe Séguin et le rouleau-compresseur idéologique du sarkozisme. L’escroquerie du changement de nom de l’UMP fonctionne comme un révélateur, au sens chimique, de l’abandon complet des valeurs républicaines par le principal parti de ce côté de l’échiquier. Alors, à force de se chercher un équivalent à droite, le Che a fini par en trouver un… en tout cas, c’est ce qu’il s’imagine. S’auto-désignant héritier du gaullisme, Dupont-Aignan prétend relever le flambeau de cette famille politique annihilée. Le pire, c’est qu’il y ait de véritables républicains pour croire ce triste pantin ridicule.

Plutôt que de susciter l’émergence à droite d’un véritable courant républicain sui generis, entreprise certes difficile mais qui aurait le mérite de révéler des interlocuteurs de valeur, Chevènement prend pour argent comptant les discours pourtant contradictoires de NDA et, consciemment ou non, accepte l’hallucination. Il poursuit depuis si longtemps son idée – que je partage, que j’approuve – qu’il ne voit pas qu’elle ne correspond pas à la circonstance. Il veut plier le réel à son idée. Il projette sur NDA ses propres fantasmes : un nouveau Philippe Séguin, ou un nouveau Chevènement de droite. Ce que NDA n’est pas. En aucun cas. Dommage.

L’arrogance des médias

À les voir ainsi s’enfermer dans des impasses, on en viendrait presque à désespérer.
D’autant plus que « finalement, tout ça, ça intéresse qui ? », me demandera-t-on.
« Sans doute pas grand monde, mais la faute à qui ? », rétorquerai-je.
Aux politiques, sans doute. Mais pas seulement.

Quand on en voit certains, comme Mélenchon, comme Montebourg, comme Chevènement ou même (allez, soyons magnanime) comme Dupont-Aignan – et pas seulement eux ! – qui essaient de faire bouger les lignes, de sortir du jeu usé des partis installés, de produire des formes nouvelles, de rassembler sur des idées et non sur seulement des rejets ; dont le discours, surtout, tranche avec les dogmes néolibéraux et avec les fausses recettes du FN… bref, quand des politiques tentent, enfin !, de proposer une autre voie, quels relais trouvent-ils dans les médias ?
Bien souvent (pas toujours, heureusement !), l’accueil qui leur est réservé contraste avec la servilité rampante, avec l’obséquiosité dégoulinante qui est la règle envers les thuriféraires de TINA (« There is no alternative »). Soyons honnête : Chevènement, Mélenchon, Montebourg… tous sont caricaturés, raillés de manière insultante par une bonne partie des médias de masse. Leurs propositions sont inaudibles, leurs nuances abolies de manière odieuse.

Un exemple parmi tant d’autres : le 23 août dernier, Montebourg[1] recevait Yanis Varoufakis pour la fête de la rose à Frangy-en-Bresse. Les deux principales chaînes d’info en continu n’ont pas jugé opportun de retransmettre en direct et en entier le discours de l’ancien ministre grec, le coupant en plein milieu pour « passer à la suite ».
Un pas de plus dans l’arrogance a été franchi quelques dizaines minutes plus tard par iTélé lorsque Myriam Encaoua, envoyée sur place, a repris l’antenne après les discours. Elle nous a infligé un commentaire plein de suffisance et de mépris, jugeant qu’il n’y avait rien de neuf sous le soleil et que Montebourg n’avait fait que reprendre son discours de l’année précédente. Fermez le ban.
Que Mme Encaoua ait été fâchée de devoir abréger ses vacances pour se rendre à Frangy sous la pluie écouter des politiques qui visiblement l’ennuient, c’est son problème. Mais qu’elle témoigne d’une telle morgue et d’une telle grossièreté qu’elle en oublie les bases de son métier de journaliste, c’est, hélas !, devenu une habitude détestable et donc le problème de tous les citoyens.

Je ne demande en aucun cas un traitement de faveur ni la même soumission répugnante à tous ceux qui ont fait du fric l’alpha et l’oméga de l’engagement politique. J’aimerais seulement que les médias de masse fassent leur job : une présentation de l’actualité dans laquelle l’analyse critique a, bien entendu, toute sa place… mais avec un minimum d’honnêteté intellectuelle et d’équité dans le traitement des différents courants de pensée.

Cincinnatus


[1] Que les choses soient claires – on m’a déjà posé la question alors je précise : je ne « roule » ni pour Mélenchon, ni pour Chevènement, ni pour Montebourg (même si je lui ai réservé un certain destin dans ma fiction de l’été) ni pour personne. Je ne défends que des idées, des valeurs, une certaine conception du monde, de l’homme et de la Cité. Je ne défends pas des individus, encore moins un parti. Si un jour, l’un de ceux-là, ou un autre, en vient à représenter réellement ces idées, alors on verra. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. À bon entendeur…

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2 réflexions sur “Le rendez-vous manqué

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