Discours (imaginaire) à la nation

Dans quelques jours, le Président s’adressera à la nation pour ses traditionnels vœux du 31 décembre. S’il manque d’idées, je lui offre un discours tout prêt. Allez François, c’est cadeau.

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

L’année qui se termine ce soir fut douloureuse pour notre nation. Au-delà des mots. Par deux fois, en janvier puis en novembre, nos valeurs, notre culture, tout ce qui nous relie a été frappé avec une violence inédite sur notre territoire. Ces attaques lâches nous ont bouleversés. Et en même temps nous avons montré une capacité inouïe de faire front ensemble, de ressouder la nation. Oui : la nation française, c’est cette volonté politique de partager un destin, de s’ancrer dans une histoire, de vivre pour construire quelque chose de plus grand, qui nous dépasse, d’édifier des ponts, des liens, entre nous, d’augmenter les fondations que nous héritons de nos prédécesseurs et de léguer, à notre tour, un monde qui nous soit commun. Tout cela, mes chers compatriotes, vous avez su le porter comme le message ferme et définitif de ce qu’est la France, de ce qu’elle a toujours été et sera toujours. Je vous remercie d’avoir ainsi pu rappeler au monde que le peuple français constitue une nation politique dont la vocation est inscrite dans sa devise universelle : liberté, égalité, fraternité.

En défendant ces valeurs contre celles, mortifères, des terroristes, nous acceptons le rôle difficile qui a plusieurs fois été celui de la France dans l’histoire : celui d’éclairer le chemin de la raison. Il ne s’agit en rien d’une quelconque forfanterie méprisante pour les autres peuples ni d’une imposture mégalomane. La France n’est grande, les Français ne sont eux-mêmes que lorsqu’ils prennent la parole pour ceux qui ne le peuvent pas, que lorsqu’ils s’élèvent contre l’injustice pour ceux qui la subissent, que lorsqu’ils se battent pour ceux qui n’ont pas d’armes, que lorsqu’ils agissent pour les opprimés. C’est pourquoi nous avons décidé d’intervenir au Mali, en Syrie et que nous devrons peut-être intervenir aussi, demain, dans d’autres régions.
Ces opérations militaires ne doivent cependant en aucun cas masquer d’autres intentions. Pas plus nous que l’un quelconque de nos alliés ne devons laisser accroire que nous nous servons d’elles comme de leviers de convenance pour changer un régime qui ne nous plairait pas, ni pour avancer des avantages économiques vulgaires. Ceci est capital. Tous ceux qui, par le passé, ont joué aux apprentis-sorciers dans une perspective d’intérêt à court terme l’ont bien vite regretté.
Notre engagement est vital. Ce soir, j’ai une pensée grave et respectueuse pour nos compatriotes qui assurent ainsi notre sécurité et nos valeurs en mettant tous les jours leurs vies en danger. Ce sont de grands serviteurs de l’État et de la nation, dont les sacrifices rendent possibles nos vies. La France a la chance de compter parmi ses enfants des hommes et des femmes capables d’une telle abnégation, d’un tel courage.

Mes chers compatriotes, pendant cette année 2015, vous-mêmes avez su montrer ces qualités dans des conditions exceptionnelles. Au premier rang, ceux, bien sûr, dont c’est le quotidien : médecins, pompiers, infirmiers, policiers… mais dont le quotidien a soudain pris des accents plus tragiques encore. Ils ont démontré leur immense professionnalisme mais aussi leur profonde humanité. Nous leur devons beaucoup. Nous leur devons tout. Durant les événements dramatiques de janvier et de novembre, ils ont incarné notre force. Pourtant, seuls, malgré l’héroïsme dont ils sont capables, ils n’auraient pu affronter ces épreuves. Le formidable élan de solidarité, de générosité qui a soulevé la nation, auquel chacun de vous a pris part, a permis de traverser ces épreuves.

Je ne me fais toutefois pas d’illusion. Je sais que la France est traversée de terribles fractures qui ne font que s’élargir. Je vois le gouffre béant. J’entends les plaintes, les appels aux secours… et aussi les menaces. Je connais les difficultés que vous vivez.

Deux fois, cette année, vous avez été appelés aux urnes. Deux fois, vous avez émis un message fort. Les résultats historiques du parti d’extrême-droite ne peuvent pas être ignorés. Ils cristallisent la convergence de colères que nous devons, que je dois prendre en compte. Parce que si ces colères sont légitimes, il est de mon devoir de leur apporter des réponses qui ne soient pas démagogiques.

Une colère économique et sociale, d’abord. Cette crise qui dure depuis 2008, a en fait 40 ans. Ceux d’entre vous qui êtes nés au milieu ou à la fin des années 1970, toute votre vie, les médias et les politiques ne vous ont tenu qu’un seul discours : « c’est la crise ». Et elle n’est pas près de s’achever. Mes chers compatriotes, je dois vous dire la vérité : la croissance que nous avons connue dans la période précédente, celle des trente glorieuses, ne reviendra jamais. Vous le savez très bien. Ceux qui promettent le contraire, ceux qui prétendent avoir des solutions magiques pour résoudre la crise comme ceux qui utilisent une rhétorique sur « le sang et les larmes » de l’austérité mais qui, en fin de compte, s’achèvent toujours avec l’assurance d’un retour de la mythique croissance : tous ceux-là mentent. Ils vous mentent.

Autre illusion : le système économique dans lequel nous vivons n’est pas du tout à bout de souffle – il fonctionne parfaitement, il n’a même jamais mieux fonctionné… au profit toujours plus grand d’une classe toujours plus réduite. La croissance atone sert de cache-sexe à une réalité à deux faces : d’un côté une réduction toujours plus dure des moyens de subsistance et d’existence de l’immense majorité, c’est-à-dire, en vérité, une forme de « décroissance » subie pour la plupart d’entre vous. De l’autre côté, une croissance vertigineuse, extraordinaire, des richesses de quelques-uns. La somme des deux donne ce résultat que l’on vous assène depuis des décennies : à cause de l’absence de croissance, vous devez vous serrer la ceinture jusqu’à ce que vos efforts la fassent revenir. Cette fable est ignoble. Je refuse de continuer de vous la servir.

Car oui, je reconnais que nous avons notre part de responsabilité dans ces mensonges que tous les gouvernements depuis des décennies vous ont racontés. Il est temps d’en finir avec ces histoires. Il est temps de rompre avec ces politiques suicidaires qui détruisent chaque jour ce que nos aînés, mieux avertis sans doute, avaient patiemment bâti. Nous avons sapé les bases de notre modèle social, de notre modèle de santé, de notre modèle éducatif : tout cela pourquoi ? Dans le meilleur des cas parce que nous étions aveuglés par une idéologie simpliste mais ô combien séduisante. Lorsque, pendant la campagne présidentielle, j’ai tenu un discours au Bourget sur la finance, beaucoup se sont gaussés. Je reconnais que la politique que nous avons menée depuis n’a pas été alignée sur ce discours : nous nous sommes soumis à cette idéologie. D’aucuns réclament « un tournant à gauche ». Pardon, mais la France a besoin de bien plus : d’un tournant vers la raison. Parce que cette idéologie néolibérale ne répond pas à la raison… mais seulement aux intérêts de quelques-uns.

Répéter à longueur de journée « la croissance, la croissance, la croissance » en sautant sur sa chaise ne devrait provoquer que des sourires méprisants : chacun comprend aisément qu’une croissance infinie dans un monde aux ressources finie met en danger l’avenir même de l’humanité. Nous avons hébergé il y a moins d’un mois la COP21. Nous avons obtenu un accord très encourageant mais qui, nous le savons tous, n’est pas suffisant. Alors que la question de notre existence est posée, nous devons construire un autre modèle, un autre système sans toutefois céder aux sirènes de ceux qui préfèreraient une planète débarrassée de l’homme. Mais un autre système qui rendrait la civilisation compatible avec la préservation de notre environnement. Nous faisons face là au plus grand défi que nous puissions imaginer. Je vous annonce ce soir que de grandes décisions seront prises dès le mois prochain et que la France, là encore, saura assumer son rôle dans le monde.

Pour cela, nous devons être exemplaires, ici. C’est pourquoi nous allons revoir radicalement les orientations de nos politiques économiques en France. Comme je vous l’ai dit, j’ai conscience de la colère économique et sociale que vous éprouvez au quotidien. Afin de porter une nouvelle politique en la matière, le nouveau gouvernement qui sera formé la semaine prochaine aura pour tâche première une refonte de notre dispositif fiscal. Vous souhaitez des actions concrètes : en voici une. Il ne s’agit pas de baisser les impôts dans leur globalité mais de revoir en profondeur qui paie combien. Le poids de l’impôt doit être réparti sur l’ensemble des Français mais de manière juste et compréhensible par chacun, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Le travail de ceux qui créent les richesses ne doit pas souffrir de prélèvements plus élevés que ceux qui se portent sur les fruits de la rente. De même, tout ce qui nuit à notre santé, à notre environnement, à notre bien-être doit être lourdement taxé, bien plus qu’aujourd’hui ; et, réciproquement, nous devons nous servir de ce levier fiscal pour encourager les initiatives vertueuses, les créateurs de biens et de services qui améliorent réellement notre vie. Enfin, nous savons tous que la fraude fiscale gangrène notre corps social, que la triche est bien moins inquiétée quand elle se chiffre en millions que lorsqu’elle ne concerne que quelques euros pour boucler une fin de mois difficile. Nous allons mettre en place des moyens d’ampleur pour lutter contre les escrocs en costumes qui grèvent ainsi nos finances publiques – et donc vos vies. Entendez-moi bien : un exilé fiscal, qu’il soit un particulier ou une entreprise, qui « optimise » ses impôts et préfère profiter de ce que la France lui offre sans lui rendre ce qu’il lui doit, n’est rien d’autre qu’un traître.

Rendre les impôts justes et lisibles, quoique primordiale, cette réforme ne peut être menée que dans un but plus large : redonner aux services publics leur place. Nous avons vu lors des attentats du mois dernier combien nous avons besoin de services publics efficaces, compétents et organisés. Or, ils sont la cible privilégiée de cette idéologie qui a guidé toutes les politiques publiques depuis trois ou quatre décennies. L’idée selon laquelle le privé fait tout mieux que le public est absurde. Prétendre que l’État doit toujours s’effacer devant l’entreprise est criminel pour l’État, pour l’entreprise et pour les citoyens. On les connaît ceux qui voient dans toute forme d’intervention de l’État une forme de stalinisme. Mais rappelez-vous de l’interventionnisme de de Gaulle. Souvenez-vous de la planification de l’économie pendant les trente glorieuses. Oh ! Tout n’était pas parfait, nous le savons bien. Il n’est pas question de reconstruire le monde d’hier mais de s’inspirer de ce qui marchait pour inventer quelque chose de nouveau. En l’occurrence, rompre avec l’idéologie néolibérale, c’est aussi et surtout rompre avec cette caricature de l’État et de l’administration. Les fonctionnaires font un travail remarquable et ils doivent être confortés dans leurs missions. Mieux : nous allons leur rendre les moyens dont ils ont besoin pour les accomplir.

Pourquoi ? Parce que cela est bon pour l’ensemble des Français. Trop de territoires souffrent aujourd’hui de la disparition de l’État et des services publics. Le tissu social n’est pas divisé entre salariés du public d’un côté et salariés du privé de l’autre. Lorsqu’un hôpital, un commissariat, un tribunal, un musée, une bibliothèque ou une école ferment, ce sont aussi des emplois privés qui disparaissent, des familles qui partent, des commerces qui font faillite, des entreprises qui perdent des clients et des fournisseurs.
Ces territoires, vous êtes nombreux, mes chers compatriotes, à y vivre, à y être attachés mais à y subir violemment un sentiment d’abandon. On ne parle pas de vous, on ne vous voit pas, on ne vous entend pas. Sachez que cela va changer dès demain. La République est de retour : elle part à la conquête de ces territoires qu’elle a trop longtemps ignorés. Nous allons investir massivement dans l’installation de services publics au plus près de vous, de vos besoins.

Bien entendu, ces investissements coûtent de l’argent. Les dogmatiques de l’austérité fourbissent déjà leurs éditoriaux et discours bilieux, déclinant ad nauseam la rhétorique de l’irresponsabilité. Mais enfin ! Qui donc est irresponsable dans l’affaire : nous, qui affirmons la volonté de redresser l’État, de répondre aux attentes, que dis-je, aux suppliques de millions de nos concitoyens ? Ou bien ceux qui ont sciemment laissé de côté le peuple de France et ses aspirations pour s’enrichir indûment ? Les thuriféraires de la rigueur ne se la sont jamais appliquée à eux-mêmes. Leurs remèdes tuent la France, qu’ils se taisent !
Nous connaissons nos adversaires. Ces défenseurs retors des intérêts privés contre l’intérêt général, ces drogués de chiffres qui ne connaissent les peuplent qu’à travers des tableaux de bord et des statistiques. Nous savons qui nous allons devoir affronter.

Contrairement à eux, nous n’opposons pas le public et le privé, les fonctionnaires et les employés des entreprises : la France a besoin de services publics qui fonctionnent et d’entreprises dynamiques. Les deux vont ensemble. Ainsi allons-nous remettre à plat toutes les aides aux entreprises afin de supprimer celles qui ne marchent pas, qui encouragent les rentes ou vont à ceux qui n’en ont pas réellement besoin ; et nous renforcerons et aiderons massivement les secteurs qui le nécessitent, en priorité les petites et moyennes entreprises, mais pas seulement.
Nous refusons le diktat du moins-disant : moins-disant social, moins-disant écologique. La course au toujours moins relève d’une pulsion de mort. Un droit social protecteur des salariés et employés se montre bénéfique pour l’ensemble de la société comme pour les entreprises. De même, il est largement temps d’imposer des règles à une concurrence faussée et non-libre. Comment nos entreprises peuvent-elles être compétitives quand d’autres tirent les prix vers le bas grâce à des systèmes juridiques moins protecteurs de l’humain et de l’environnement ? Pour rétablir une justice dans le domaine et défendre les entreprises et le savoir-faire français, des barrières douanières exigeantes doivent être imposées aux frontières de l’Europe.

Je suis un Européen convaincu. Toute mon histoire le dit pour moi. Je sais que vous partagez mon attachement à la construction européenne, cette belle et grande œuvre collective qui a apporté la paix à notre continent. Si notre nation en est à l’origine, ce n’est pas pour rien : c’est parce que nous connaissons tous l’importance de cet idéal. Hélas, nous constatons quotidiennement que tout cela n’existe que dans nos rêves. L’Europe que nous voulons n’a plus grand-chose à voir avec celle des institutions actuelles. J’ai longtemps pensé que nous pouvions améliorer les choses progressivement, traité par traité. Le résultat tel qu’il se présente à nous force l’aveu d’échec. Ceux qui dirigent aujourd’hui l’Europe ont le visage des lobbies les plus actifs alors que nous avons bâti l’Europe pour plus de démocratie. Deux exemples.
D’abord, les négociations actuelles sur le traité transatlantique. Il est hors de question de laisser se poursuivre ces discussions qui entraîneraient la destruction de notre modèle au nom de l’exploitation des consommateurs.
Ensuite, deuxième exemple, l’expérience grecque doit nous interpeler : ce que cet État-nation subit depuis le début de la crise est la négation de la démocratie. Ne nous leurrons pas : nous aurons droit, à notre tour, au même traitement.

Je souhaite être clair : je refuse de verser dans les illusions démagogiques colportées par l’extrême-droite. Sortir de l’Europe ou de l’euro ne résoudrait rien. Nous demeurerions isolés au milieu des débris glacés de nos espérances. En revanche, nous devons entamer immédiatement un débat profond sur les prérogatives des institutions européennes, leur organisation, leur légitimité et leurs orientations. La souveraineté n’est pas un gros mot, au contraire ! Elle peut et doit s’exprimer pleinement puisqu’elle incarne la volonté nationale : votre volonté. Elle doit s’articuler à celles de nos partenaires européens dans le cadre d’une Europe des nations, riche de leurs apports respectifs et d’une coopération étroite, dotée d’une monnaie commune et non plus unique. Nombre de difficultés auxquelles nous sommes confrontés ne peuvent trouver une solution qu’à l’échelle européenne, je pense tout particulièrement au drame des réfugiés auquel nous devons répondre de manière urgente et digne. Les folies de l’extrême-droite, en nous coupant de nos alliés, nous rendraient impuissants. Mais les institutions actuelles se montrent aussi inefficaces qu’injustes. La technocratie européenne ne peut pas supplanter les démocraties nationales. C’était la vision du général de Gaulle, ce doit être la nôtre aujourd’hui.

Cette crise de l’Europe sonne comme en écho à l’autre colère que vous avez exprimée à travers vos votes : une colère identitaire et culturelle. Pour y répondre, il n’est pas question, comme cela a été fait précédemment, de lancer un débat abject sur l’identité nationale dont les buts réels étaient de diviser la nation, de dresser les Français les uns contre les autres, de désigner des boucs-émissaires, d’encourager les pulsions les plus viles, les plus veules, d’affaiblir la République. Beaucoup d’entre vous, mes chers concitoyens, ressentent une frustration, une forme d’insécurité devant des situations qui vous heurtent, parfois vous choquent.

Trop longtemps, la gauche vous a dit : « non ce n’est pas vrai, ce que vous vivez n’existe pas », niant l’évidence.
Pendant ce temps, la droite vous affirme : « ce que vous vivez est réel, nous allons résoudre vos problèmes » mais, au pouvoir, elle ne fait qu’empirer les choses en encourageant les communautarismes ou en attisant les haines.
Ceci est enfin la spécialité de l’extrême-droite qui, quant à elle, vous promet de répondre à vos attentes avec des solutions démagogiques et criminelles.
Votre désarroi est légitime.

Nous devons enfin y répondre. De manière courageuse et républicaine. Aucune excuse, aucune exception, aucun passe-droit ne doit être possible pour tous ceux qui cherchent à diviser la nation. Les comportements qui violent nos valeurs n’ont aucune place sur notre territoire. Ils doivent être sévèrement réprimés. Le communautarisme est un mal que nous devons combattre avec les armes de la République : notre triptyque – liberté, égalité, fraternité –, les valeurs que nous y associons étroitement – laïcité, justice, solidarité –, et toutes les institutions dont le rôle est de les rendre concrètes – l’école, bien entendu, mais pas seulement : tous les services publics forment un rempart contre les tentatives de s’élever au-dessus de la loi commune au nom d’un dogme ou d’une croyance.

Nous ne devons pas oublier que les assassins de janvier et de novembre étaient des Français. La plupart ont grandi en France, ont bénéficié de la même instruction, de la même culture, des mêmes chances et ont connu les mêmes déboires que leurs voisins, que des centaines de milliers d’autres. On ne peut pas réduire leurs actes criminels à des déterminismes sociaux sans insulter tous ceux qui ont vécu dans les mêmes conditions mais ont choisi la voie de l’effort, du travail, de la participation à la communauté nationale. L’islamisme a quelque chose à voir avec l’islam : le nier reviendrait à dire que l’inquisition ne relevait pas de l’Église catholique ou que la Saint Barthélémy était une soirée entre amis qui a mal fini. C’est indigne et, surtout, cela nous empêche de comprendre ce à quoi nous avons affaire.
En revanche, il est tout aussi indigne et dangereux de se servir, comme le fait l’extrême-droite, des lâches attentats et de la situation critique de certains territoires laissés aux mains de criminels pour stigmatiser tous ceux pourraient partager une croyance. En ne tolérant plus aucun discours ni aucun comportement qui enfreindrait nos règles communes et nos valeurs républicaines, nous rendons service à l’ensemble de la nation, à l’ensemble des Français, qu’ils croient ou ne croient pas, qu’ils pratiquent ou non une religion.
La laïcité n’est pas négociable, elle ne s’accompagne d’aucune épithète. Nous n’accepterons plus la moindre entorse à la règle commune.

Nous avons vécu une année 2015 qui nous a ébranlés. Je formule le vœu que ces épreuves resserrent nos liens et renforcent notre volonté d’œuvrer ensemble. J’ai conscience des difficultés qui sont les nôtres et je m’engage à agir en conséquence. C’est la raison pour laquelle j’estime nécessaire de repenser non seulement nos politiques, notamment à travers les quelques propositions que j’ai évoquées ce soir, mais également l’organisation de notre vie citoyenne, en donnant plus de place à l’engagement de chacun. Dans un an et demi, vous serez appelés à élire une nouvelle Assemblée nationale. Je souhaite que celle-ci soit une Assemblée constituante qui élabore une nouvelle loi fondamentale pour notre pays. Au premier trimestre de l’année 2016, j’associerai l’ensemble des forces politiques à la réflexion sur la méthode à employer, avec un objectif clair : la rédaction d’une nouvelle Constitution ne peut et ne doit se faire qu’avec votre participation étroite et constante, et dans le respect des acquis républicains de notre histoire.

Mes chers compatriotes, nous sommes sans doute à un tournant de notre histoire. Ensemble, rassemblés autour de nos valeurs, nous saurons nous montrer à la hauteur des événements.

Vive la République et vive la France.

Cincinnatus

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