Ci-gît la République

L’espace politique dans lequel nous vivons n’a plus de République que le nom : une coquille creuse, comme un décor de cinéma en carton-pâte, ces façades d’immeubles à deux dimensions derrière lesquelles s’étend le vide. Et même : pas plus que de République, nous ne pouvons parler de démocratie. Que reste-t-il de la res publica ? Quel kratein pour quel demos ? Entourés de ces débris glacés, nous nous berçons d’illusions et nous enfonçons dans un autre modèle de gouvernement qui n’ose dire son nom – si même il en possède un.
L’inculture fait employer ces mots – démocratie, République, ces beaux mots pour lesquels tant sont morts –, à tout moment, pour rien, ou si peu. Dévalués, on n’en connaît même plus le sens. On les ânonne. On se les répète pour se tenir chaud à l’âme et à l’espoir[1] pendant que leur signification disparaît. En leurs noms, on bâtit des pyramides de vent.

Démocratie : l’effondrement en trois dimensions

Des trois définitions complémentaires de la démocratie, aucune ne subsiste.

Depuis sa naissance dans un petit pays méditerranéen aujourd’hui sacrifié, elle représente l’un des différents types de gouvernement possibles. Comme la monarchie, la tyrannie, l’aristocratie, l’oligarchie et l’ochlocratie, elle désigne un mode d’organisation et de répartition du pouvoir. Qu’on l’intègre dans l’anacyclose polybienne classique ou dans des typologies plus modernes, elle se définit toujours par le pouvoir du peuple et même, pour reprendre la célèbre citation de Lincoln dans son discours de Gettysburgh : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
De tout cela, il ne demeure rien quand le gouvernement se voit remplacé par la gouvernance et la décision politique du peuple réduite au seul événement du vote.
La démocratie se meurt de l’évacuation du politique au profit de la gestion, déclinée en gouvernance. L’illusion de maîtrise que donne l’utilisation fétichisée du nombre et la foi irrationnelle et puérile en une technique toute-puissante ringardisent dramatiquement le politique. Quant aux élections, elles sont le dernier vestige encore debout d’une souveraineté prétendument populaire. Sans accréditer les slogans simplistes façon « pièges à cons », les élections demeureront un inutile hochet tant qu’elles seront verrouillées par de sinistres pantins incapables de penser au-delà des horizons comptables. Leur dernière fonction réside dans le rituel, par ailleurs ô combien important, qu’elles perpétuent, transformé en spectacle risible et pitoyable, indigne des nobles combats menés pour le droit de vote.

Mais la démocratie ne se limite pas à une catégorie de régime. Le grand Tocqueville nous a montré combien elle recouvre également un double processus historique de fond : celui de l’égalisation des conditions et de l’amour de l’égalité. Or la passion de l’égalité se heurte aux conditions socioéconomiques plus que jamais nourries aux seins de la rapacité, de la cupidité, de la volonté d’appropriation. L’obscénité des inégalités dépasse l’imagination. Quelle démocratie, au sens tocquevillien, lorsque sont pourchassés comme fraudeurs présumés ceux qui ont le moins tandis que les plus riches sont libres d’inventer toujours de nouvelles astuces pour s’exempter de la solidarité nationale ?
Lorsque la rente des actionnaires rapporte toujours plus que le travail ?
Lorsque les écarts de revenus entre les employés et les patrons des grandes entreprises atteignent des niveaux stratosphériques ?
Lorsque l’injustice fiscale mine la confiance en l’égalité devant l’impôt ?
Lorsque les lobbies sapent l’universalité de la loi pour mieux servir les intérêts privés ?
Lorsque le droit du travail, garant de la protection des plus faibles, devient une cible légitime ?
Lorsque le gouvernement capitule à chaque offensive du MEDEF qui, lui-même surpris de ces victoires si faciles, n’hésite même plus à se vautrer dans la pire indécence sans que cela ne provoque le moindre haussement de sourcil dans un espace public anesthésié ?

Car là se trouve la troisième dimension de la démocratie : l’existence d’un espace public vivant, dynamique, au sein duquel s’expriment, s’affrontent et se construisent les opinions et les convictions. La « mise en commun de la parole et de l’action », chère à Hannah Arendt, y actualise le potentiel politique aux fondements du monde commun. Elle nous rappelle que pour les Romains, « vivre » et « être parmi les hommes » (« inter homines esse ») étaient synonymes, que l’agora des Grecs, en tant qu’espace physique des rencontres et des discussions, était consubstantielle de la pratique comme de la symbolique démocratiques. Sans lumière du public, point de démocratie.
Or l’obscurité a envahi l’espace public. Le relativisme des valeurs stérilise tout débat : si tout se vaut, rien ne peut être discuté. La pensée et la désignation de l’ennemi, d’autant plus impérieuses quand il s’impose lui-même à nous, sont interdites. Plutôt que d’un espace public commun, nous bénéficions, ô joie !, d’une juxtaposition balkanisée d’espaces d’entre-soi. La communautarisation dresse les groupes les uns contre les autres, dans l’exultation des identitaires de toutes obédiences. Et quand ce ne sont pas les assignations à résidence identitaires qui parquent les individus dans des cases, ceux-ci préfèrent encore, à la liberté exigeante du public, le refuge dans le confort illusoire et matérialiste du privé, virtuellement réunis pour assister à la spectacularisation du néant grâce au concours actif de médias voués à la pire vulgarité marchande. L’espace public ? Anesthésié, balkanisé, pulvérisé. En un mot : la démocratie anéantie au profit du privé sous toutes ses formes, si possible les plus viles, les plus veules.

La démocratie ? Où que je me tourne, je n’en vois que l’ombre regrettée et les cendres refroidies.

République : le renoncement à un idéal

Et la République ? Ah ! La République… jamais on n’a autant vanté les mérites et chanté les louanges de l’idéal républicain, jamais on n’a autant versé de larmes de crocodiles sur le nécessaire retour à la vertu républicaine. Hypocrites marioles, ils me dégoûtent avec leur récupération, à la finesse digne d’un bouledogue en colère, de la République et de ses symboles : d’abord le FN qui les a dévoyés, puis tous les politiques qui, trémolos dans la voix, se sont jetés dessus après les attentats de janvier et novembre 2015. Qu’en connaissent-ils de la République, de son histoire, de sa pensée, de son éthique ?

Ce qui fonde cette pensée politique, c’est la conviction que l’homme, comme le dit Aristote, est un animal civique (zoon politikon), c’est-à-dire qu’il n’est pleinement humain que dans la relation politique avec ses semblables. La liberté se définit alors comme auto-nomie, se donner à soi-même sa propre loi par la participation et l’engagement dans la vie de la Cité[2]. La République ne fonctionne que s’il y a des républicains – des citoyens animés par la vertu républicaine, qui n’est en rien une vertu morale mais en tout une vertu civique : la passion du citoyen pour l’engagement, l’amour de la participation à l’espace public, la volonté de partager la parole et l’action. Cette vertu républicaine ne s’impose ni ne se décrète : elle s’enseigne ! Pas seulement à l’école qui doit, par l’instruction, fournir les références communes aux enfants pour les aider à entrer dans le monde commun, mais partout et tout le temps.

Le hic, c’est que pour beaucoup, tout ça, c’est bien gentil sur le papier mais, dans la vraie vie, ça ne semble pas marcher. On ne pourrait pas demander aux gens de s’engager au service de la chose publique quand ils s’épuisent déjà à essayer de gagner leur croûte. Et de justifier ainsi la confiscation de l’action par les élites : le principe du gouvernement représentatif ce serait de débarrasser le peuple de toutes ces emmerdes et le laisser profiter tranquillement de sa vie privée. « On ne va pas les obliger à s’engager s’ils ne le veulent pas. » Ça, c’est la conception libérale, qui est une insulte à l’intelligence et rien de moins que la captation de la décision par une élite auto-proclamée. Selon ses défenseurs, la liberté serait de se réfugier dans le confort de l’intime pour mieux se reposer après la dure journée de labeur passée à gagner de quoi consommer et profiter des biens matériels ainsi acquis. Conception aussi pauvre que mensongère de la liberté, qui encourage la fuite des responsabilités civiles et détruit dans l’individu toute trace du citoyen au profit du seul consommateur – et donc, au-delà, au profit non de l’individu ni même de l’entreprise qui produit les biens consommés, mais bien, in fine, du patron et de l’actionnaire.

Le tour de passe-passe rhétorique force l’admiration : on touche là au sublime du sophisme. Pour tenter une analogie, on pourrait rapprocher cette imposture intellectuelle de celle de certaines chaînes de télévision qui diffusent de la daube sous prétexte que les gens la regardent. « Nos émissions font de l’audience, c’est donc que les téléspectateurs les aiment, qu’ils veulent les voir : nous leur donnons ce qu’ils désirent. » Quel renversement inouï, quel cynisme irresponsable ! C’est exactement le même dans le cas des libéraux qui justifient la monopolisation du pouvoir par la réduction lénifiante de l’individu-citoyen à l’ectoplasme-consommateur.

Ces charlatans fondent leur critique du républicanisme sur une mésinterprétation volontaire de son idéal. Parce que l’idéal républicain est un idéal asymptotique. La vertu républicaine est une éthique autant qu’un horizon directeur de l’action. Les républicains ne sont pas naïfs : ils savent les difficultés concrètes à s’engager activement, quotidiennement, dans la vie de la Cité. Et pourtant, cela ne doit pas servir de prétexte à la démission généralisée à laquelle nous assistons, pas plus qu’à l’impuissance ni à l’abattement revendiqués comme paravents à la paresse civique. Le renoncement à l’enseignement de la vertu civique, appuyée sur la destruction de l’école républicaine, produit immanquablement des générations d’incultes décérébrés, imbéciles heureux, abrutis arrogants et satisfaits de la bouillie médiatique dont on les gave en guise d’idéologie travestie et de moraline bien-pensante.

Enfants ingrats, on n’a jamais tant célébré la République en étant si peu républicains.

Alors ? Quel régime ?

Si nous ne vivons ni en démocratie ni en République, comment nommer la France d’aujourd’hui ?

Technocratie ?
C’est tentant même si le terme est employé à toutes les sauces, en particulier à propos de l’emprise des petits gris de Bercy, Berlin et Bruxelles.
Le règne de la tekhnè, opposée à la praxis ou à l’épistémè. Mais la technique contemporaine n’a rien à voir avec ce que les temps précédents ont connu : la technoscience, prostitution de la science forcée à une hybridation contre-nature avec l’industrie et la finance, offre des rêves chimériques de maîtrise totale (y compris de la mort) en échange de rien de moins que notre humanité.
Ces illusions innervent la gouvernance par les nombres[3] qui a métastasé tous les recoins de la société et du gouvernement. Son maître-mot, la « gestion », révèle une conception arrogante, aveugle et tyrannique du monde. Le politique est ainsi éclipsé par l’économie qui se rêve science quand elle n’est qu’escroquerie intellectuelle[4].

Oligarchie ?
La concentration du pouvoir dans quelques mains.
Risible dans sa version complotiste, l’idée n’en est pas moins à étudier de près. Une classe politique peuplée de gérontes et de dynastes, des puissances d’argent toujours plus agressives, des médias alternativement méprisants ou courtisans selon l’interlocuteur… la fracture entre le peuple et les élites autoproclamées bée comme une plaie purulente[5]. Pourquoi, d’ailleurs, sont-ce toujours des héritiers qui vantent le « modèle de l’entrepreneur » et des rentiers qui vilipendent « l’assistanat » ?
L’alternance n’existe pas puisque de gauche à droite, les politiques menées demeurent dictées par les mêmes dogmes idéologiques, en dépit des discours de « rupture », de « changement » ou contre « mon ennemi, la finance ». Au volant : toujours les mêmes sans jamais changer de direction. Ils foncent droit dans le mur, appliquant toujours plus fort les mesures qui ont prouvé leur inefficacité. Sourds, aveugles, autistes, déconnectés du réel, ils se battent la coulpe à chaque élection, promettant d’avoir changé et reprenant le lendemain leurs habitudes comme si rien ne s’était passé. Ils n’ont rien compris et déroulent le tapis rouge à une autre clique qui ne fera que refermer encore plus dramatiquement l’étau.

Ochlocratie ?
La tyrannie de la foule.
Rien à voir avec le peuple ni avec la nation, la foule, c’est le rassemblement chaotique d’individus dépolitisés, mû par les passions les plus primaires et propice à toutes les violences. À l’ère de l’individu-roi, de la « société spectaculaire-marchande » pour parler comme Debord, des médias et de la culture de masse (à ne surtout pas confondre avec la culture populaire), de l’inculture et du pognon érigés en vertus par les plus hautes instances, la masse semble avoir écrasé la nation. « Le vulgaire, pour dire toute ma pensée, qui n’honore absolument que la richesse, ne voit rien de plus admirable au monde ; il n’estime, il n’apprécie aucune autre chose, ni la beauté, ni la vaillance, ni la force corporelle, ni l’adresse, ni la vertu, ni l’esprit, ni la bonté », constatait déjà l’Arioste dans son Roland furieux. Nous sommes ceux que Nietzsche appelait les « derniers hommes » :

Et ainsi Zarathoustra parla au peuple :
« Il est temps que l’homme se fixe son but. Il est temps que l’homme plante le germe de son plus haut espoir.
« Son sol est assez riche pour cela. Mais un jour viendra où ce sol sera pauvre et stérile, et aucun grand arbre n’y pourra plus pousser.
« Malheur ! Le temps viendra où l’homme ne lancera plus de flèche de son désir par-dessus l’homme et où la corde de son arc ne saura plus vibrer !
« Je vous le dis : il faut encore avoir du chaos en soi pour mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : il y a encore du chaos en vous.
« Malheur ! Le temps viendra où l’homme n’enfantera plus d’étoile. Malheur ! Le temps viendra du plus misérable des hommes, de l’homme qui ne peut plus lui-même se mépriser.
« Voici ! Je vous montre le dernier homme !
« Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que la création ? Désir ? Étoile ? » demande le dernier homme en clignant des yeux.
« Puis la terre est devenue petite et dessus sautille le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme est celui qui vit le plus longtemps.
« Nous avons inventé le bonheur », disent les derniers hommes en clignant des yeux.
« Ils ont quitté les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son prochain et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.
« Tomber malade et être méfiant passent chez eux pour des péchés : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres ou sur les hommes !
« Un peu de poison de temps en temps : cela donne des rêves agréables. Et beaucoup de poison pour finir, cela donne une mort agréable.
« On travaille encore, car le travail, est une distraction. Mais on veille à ce que la distraction ne soit pas fatigante.
« On ne devient plus ni pauvre ni riche : l’un et l’autre sont trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui obéir ? L’un et l’autre sont trop pénibles.
« Point de pasteur et un seul troupeau ! Tous veulent la même chose. Tous sont égaux : qui pense autrement va de son plein gré à l’asile de fous.
« Autrefois tout le monde était fou », disent les plus raffinés en clignant des yeux.
« On a de l’esprit et l’on sait tout ce qui est arrivé : aussi peut-on railler sans fin. On se dispute encore, mais on ne tarde pas à se réconcilier – sinon on se gâterait l’estomac.
« On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.
« Nous avons inventé le bonheur », disent les derniers hommes en clignant les yeux. »
Et ici s’achève le premier discours de Zarathoustra, celui qu’on appelle « Prologue » : car en cet endroit il fut interrompu par les cris et les transports de joie de la foule : « Donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra, criaient-ils, rend-nous semblables à ces derniers hommes ! Nous te ferons cadeau du Surhomme ! » Et tout le peuple jubilait et claquait de la langue.
Mais Zarathoustra fut attristé et il dit à son cœur :
« Ils ne me comprennent pas : je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.
« Sans doute ai-je vécu trop longtemps dans la montagne, j’ai trop écouté les ruisseaux et les arbres : je leur parle maintenant comme à des chevriers.
« Placide est mon âme, et claire comme la montagne au matin. Mais ils me tiennent pour un homme froid, pour un railleur aux farces terribles.
« Et maintenant ils me regardent et rient : Il y a de la glace dans leur rire. »

*

Sur les cadavres, abandonnés aux vautours, de la démocratie et de la République, quel régime ignoble prospère, à la grande jubilation des derniers hommes ? Technocratie ? Oligarchie ? Ochlocratie ? Sans doute un peu des trois, hélas. Mais alors, que faire ?

Cincinnatus


[1] L’ignoble espoir : quand fut ouverte la boîte de Pandore et que tous les maux s’en furent échappés, le pire de tous, le dernier, le plus retors resta seul au fond : l’espoir, celui qui réussit l’ultime mensonge de sacrifier le présent – unique temps qui appartienne à l’homme – au profit d’un futur-illusion.

[2] Même si certains penseurs contemporains, comme Philip Pettit, choisissent de reconsidérer cette définition de la liberté républicaine pour l’explorer, par exemple, sous l’angle de la « non-domination ». J’aurai l’occasion de revenir dessus.

[3] Conseil de lecture 1 : l’ouvrage de ce nom par Alain Supiot.

[4] Conseil de lecture 2 : le joli petit livre de Yanis Varoufakis, Un autre monde est possible. Pour que ma fille croie encore à l’économie.

[5] Conseil de lecture 3 : Le Mépris du peuple par Jack Dion

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14 réflexions sur “Ci-gît la République

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  5. Merci pour cet article qui donne des précisions sur le terme de « républicain » et « république », notions indispensables à la compréhension de ceux qui se proclament républicains. Et pourtant, si, comme dit dans un autre article, cette pensée souhaite avoir ses chances dans une élection, elle a besoin d’occuper l’espace médiatique. Or, non seulement le terme de républicain semble avoir mal vieilli mais il a été pris en otage et a été détourné, galvaudé, récupéré, comme le montrent bien d’autres articles. « Mal vieilli » car faire appel à ses racines comme la Rome antique ne fonctionne pas : parler d’égalité, de meilleure répartition des richesses en faisant appel à des civilisations dont le modèle économique était fondé sur l’esclavage brouille le message et il me semble illusoire ou du moin trop complexe de demander à chaque citoyen de faire la part des choses, d’extraire le concept de son histoire. « Récupéré » car peu de politiques ne se disent pas républicains. Et lorsque l’on vit en République française, il apparaît encore une fois trop complexe d’utiliser des mots identiques avec des sens différents. Plutôt que de vouloir ranimer un mot vidé de sa substance, n’est-il pas temps d’en créer un autre qui correspondrait à notre époque, ou du moins qui éviterait l’incompréhension, la mauvaise interprétation et l’absence d’intérêt ? Ne serait-il pas temps de parler « d’équitarisme » ou de tout autre terme restant à construire ?

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire juste et pertinent.
      Alors pourquoi s’accrocher ainsi à ces termes : « républicain », « république » ?
      Ont-ils vraiment « mal vieilli » ? Je leur trouve plutôt de beaux restes… Plus sérieusement, le républicanisme est un courant de pensée politique qui a évolué avec le temps, qui s’est enrichi de ses différentes incarnations historiques. Il n’est plus exactement le même, bien sûr, que celui de Rome, des cités de la Renaissance, ni même que ceux de la Révolution française ou de la IIIe République… Intellectuellement, des différences majeures existent également entre des auteurs qui l’ont inspiré : Cicéron, Machiavel, Harrington ou Léon Bourgeois, pour n’en citer que quelques-uns au hasard, ont développé des pensées propres à leur temps et à leur lieu… et à leur personnalité.
      Par conséquent, une solution serait de réduire le républicanisme (et c’est valable pour la plupart des grands courants de pensée) à l’intersection, au sens de la théorie des ensemble, de tous ces apports et de toutes ces déclinaisons. Si tant est que cela soit possible, on obtiendrait un résultat « chimiquement pur » mais probablement si minimal qu’il n’aurait guère d’intérêt.
      L’autre voie, plus fructueuse, nous engage à accepter qu’il existe ce que Wittgenstein appelait un « air de famille » entre toutes ces versions, une continuité intellectuelle dans cette tradition de pensée, qui se nourrit de chacune de ses expériences historiques, collectives ou individuelles.
      De ce point de vue, le républicanisme offre une richesse et en même temps une cohérence très pertinentes aujourd’hui. Il génère une éthique politique capable de répondre aux questions universelles mais aussi aux plus contemporaines. J’essaie de le montrer dans ce blog (voir par exemple les billets sur les questions environnementales).

      Pour ce qui est de la « récupération » du républicanisme par tous et, surtout, par ses ennemis, je suis bien d’accord ! C’est bien pourquoi il est particulièrement nécessaire de revivifier et d’assumer un républicanisme sincère : ne pas leur abandonner le mot, comme on l’a déjà trop fait d’autres tels que laïcité, nation, etc.

      Cincinnatus

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