Qu’ils me traitent donc d’islamophobe !

Assez d’atermoiements ! Assez de reculades ! Assez de compromissions !

Il y a maintenant trois semaines, le dimanche 24 janvier 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, était l’invitée de l’émission Le Supplément sur Canal+. Une séquence a fait couler beaucoup d’encre : après un reportage sur BarakaCity, une association se présentant comme « humanitaire » mais soupçonnée de relations sulfureuses avec les terroristes qui ont ensanglanté la France en 2015, son dirigeant, Idriss Sihamedi, connu pour ses saillies indignes sur les réseaux sociaux, aligne les provocations sous les regards stupéfiés du présentateur Ali Baddou et de la ministre de l’éducation nationale. La réaction, minimale, de cette dernière ne laisse pas d’étonner ni de décevoir. En tant que représentante de l’État, en tant que ministre de la République, en tant que citoyenne française, elle aurait pu dire bien des choses, réagir de bien des manières différentes. Dans tous les cas, elle aurait dû marquer une opposition ferme. Par exemple :

Monsieur, vos propos et votre comportement sont inacceptables. Vous refusez de serrer la main des femmes, c’est-à-dire que vous refusez l’égalité des femmes et des hommes qui, dans notre pays, n’est pas une option ; vous refusez de condamner un groupe terroriste contre lequel – le président et le premier ministre l’ont affirmé et répété – nous sommes en guerre. Vous vous faites, de facto, le promoteur d’une idéologie contraire aux valeurs fondamentales de la République.
Cette idéologie est répugnante. Elle fait tous les jours des victimes dans le monde et en a fait plusieurs dizaines en France l’année dernière. Elle ne doit pas être débattue mais combattue. Vos provocations, Monsieur, ne sont pas drôles, elles ne sont pas puériles : elles sont criminelles. Elles ne relèvent pas de la liberté d’expression mais de l’insulte à tout ce qui constitue notre culture et notre République. Votre place n’est certainement pas sur un plateau de télévision. Les mots ont un sens : si nous sommes bien en guerre, nous devons en adopter le vocabulaire. Votre comportement dépasse la simple absence de patriotisme : en temps de guerre, cela s’appelle une trahison.
Monsieur, vous êtes un traître à la Nation.

(Se tournant vers l’animateur)
D’ailleurs, Monsieur Ali Baddou, j’apprécie vos tentatives de sauver l’honneur mais je ne comprends même pas que cette personne ait pu être invitée, que la parole lui soit donnée. Vous cherchiez le buzz, bravo !, vous l’avez obtenu : je ne doute pas que cette séquence va faire le tour de tous les zappings et alimenter les réseaux sociaux pendant plusieurs jours. Vous avez réussi à faire la pub de cet individu et, à travers lui, de son idéologie.
Je refuse de rester à cette table à côté de quelqu’un dont les discours et les comportements insultent les femmes, insultent nos morts et insultent notre République. J’invite tous les citoyens qui sont ici dans le public et qui, comme moi, défendent nos valeurs, à me suivre et à quitter immédiatement ce plateau.
À moi, citoyens ! Montrez par votre départ que nous ne transigeons pas avec ces gens-là.

La paralysie de la ministre, incapable de s’exprimer sans qu’on lui eût rédigé préalablement les incontournables « éléments de langage », est symptomatique de deux phénomènes aussi navrants l’un que l’autre.

Le premier, c’est le niveau déplorable de notre personnel politique. Incapable de formuler une pensée digne de ce nom, imperméable aux valeurs et aux convictions, il ne jure que par la « gestion » et la « gouvernance » quand nous avons cruellement besoin d’idées et de gouvernement. D’une nullité rarement atteinte dans l’histoire, il ne brille que par son idiotie. Heureusement, quelques responsables politiques, comme Céline Pina, sauvent l’honneur. Ils ne sont, hélas !, que l’écume. Les autres préfèrent feindre d’ignorer qu’il y a un lien entre l’islam, l’islamisme et le terrorisme que nous connaissons actuellement et que d’autres, l’Algérie notamment, connaissent depuis bien longtemps. Dire « il y a un lien », ce n’est pas mettre un signe égal entre les trois termes ! Mais, réciproquement, refuser de voir ce lien, c’est comme dire que l’Inquisition n’avait rien à voir avec le catholicisme ou que la Saint-Barthélemy était une soirée entre potes qui a mal tourné. Ceux qui prétendent que les assassins tuent à cause de tout un tas de raisons dans lesquelles la religion n’entre pas se voilent la face. Au contraire, il faut étudier, lire, comprendre la propagande islamiste et les ressorts de son efficace pour mieux se battre contre elle[1]. La pusillanimité des politiques en la matière est coupable.

Le second, c’est la chape de plomb qui recouvre le débat public. Oser combattre l’islamisme ou critiquer l’islam, c’est s’exposer à l’accusation stupide d’islamophobie, donc, implicitement, de racisme. Ce raisonnement est un sophisme terroriste, un chantage inacceptable, une intimidation dégueulasse, qui vise à faire peur et à faire taire l’autre. Pétrifié par l’idée que l’on puisse passer pour raciste, il devient impossible de penser ou de raisonner. Élisabeth Badinter l’a très bien dit… et elle en a fait les frais[2]. La violente polémique qui l’a opposée il y a quelques semaines aux dirigeants de l’Observatoire de la laïcité en témoigne. Jean-Louis Bianco et son bras droit et rapporteur, Nicolas Cadene, répandent l’amalgame entre critique de l’islam et discriminations envers les musulmans, entre lutte contre l’islamisme et racisme.

Prêts à toutes les compromissions, ils sont les idiots utiles des courants les plus dangereux et antirépublicains des identitaires. Ils cherchent à imposer une redéfinition de la laïcité, copiée sur une conception anglo-saxonne de la tolérance, faite d’aménagements avec les franges les plus extrémistes des différentes religions, islam en tête. Cela témoigne d’une incompréhension complète du concept même de laïcité, ce qui est fâcheux lorsqu’on dirige un Observatoire qui lui est consacré ! Toute la force de la laïcité réside en ce qu’elle n’est réductible ni à la tolérance ni, pire, à une quelconque « coexistence ». Elle est une « respiration », comme l’explique très bien la philosophe Catherine Kintzler dont le blog est une merveille de pédagogie et d’intelligence. Elle ne reconnaît dans l’espace public ni croyants ni incroyants et assure à la fois la liberté de conscience et l’égalité des individus. Voilà pourquoi elle occupe une place si fondamentale dans notre République.

Il n’est rien de plus odieux pour les intégristes et identitaires de tous poils (Civitas ou PIR : même peine, même punition) que ces définitions de la liberté et de l’égalité, ancrées à la laïcité. Persuadés de la supériorité de leurs croyances sur la loi, ils n’ont de cesse de réclamer des accommodements et des droits dérogatoires appelés à être généralisés dès qu’ils auront été octroyés dans un moment de faiblesse. Ils ne supportent ni la liberté de conscience ni celle, qui lui est intimement liée, de critiquer, d’interroger, de remettre en question, de railler.
Nous sommes là au cœur de la crapulerie à l’œuvre derrière la notion d’« islamophobie » : elle laisse entendre que toute critique de l’islam serait une attaque contre les musulmans, que la discussion de la religion serait une discrimination envers ses fidèles, que la remise en question de l’idéologie serait une violence raciste contre les individus. Intimidation insupportable !
En France, le blasphème n’est pas un crime, c’est une tradition – un exercice de liberté !

Je critique l’islam, comme je critique le christianisme, le bouddhisme ou le néolibéralisme : ce sont des systèmes de pensée fondés sur des textes, des rituels, des mythologies, des superstitions, etc. Chacun peut croire ce qu’il veut dans le cadre privé, peu m’importe tant qu’il respecte la loi et les valeurs fondamentales de la République. Mieux : je défendrai toujours les individus subissant une forme quelconque de racisme ou une atteinte à leurs droits en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une religion, quelle qu’elle soit. Et me débectent tout autant les éructations « bougnoule », « nègre », « youpin », « face de craie », « salope », « pédé »… qui sont autant d’ignominies.
En revanche, personne ne m’empêchera de me moquer d’une religion ou d’une autre ; de toutes les critiquer ; de gueuler que « Dieu est mort » et qu’il faut continuer de tirer sur le corps tant qu’il bouge ; d’attaquer tel ou tel passage d’un livre qui, bien qu’il soit sacré pour certains, ne l’est qu’à leurs seuls yeux ; ni même de combattre certains individus précis, non pas en tant que musulmans, catholiques ou autre, mais en tant que porteurs d’un discours contraire aux valeurs républicaines : parce qu’ils sont les ennemis de la République, de la laïcité, de la liberté et de l’égalité.

Il n’est plus question de leur céder le moindre centimètre de terrain.
Nous devons entendre ceux qui souffrent sous la pression de ces mafias criminelles et religieuses et se réfugient dans les bras des démagogues d’extrême-droite comme dans le nid d’un serpent.
Nous devons reconquérir des territoires entiers abandonnés par peur ou par électoralisme.
Nous devons assumer nos valeurs authentiquement républicaines et humanistes contre les obscurantistes et les identitaires.

Et si, pour essayer de me faire taire, ils veulent me traiter d’« islamophobe », qu’ils y viennent ! Je suis prêt.

Cincinnatus


[1] Je ne conseillerai jamais assez de lire le livre de Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées.

[2] Elle n’est pas la seule à devoir subir ces attaques abjectes. Un républicain impeccable comme Gilles Clavreul, à la tête de la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme (DILCRA), ou le jeune élu avignonnais Amine El-Khatmi ont dû également supporter des séries d’attaques ordurières venant des mêmes horizons.

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2 réflexions sur “Qu’ils me traitent donc d’islamophobe !

  1. Pingback: Quelque chose de pourri au royaume des SHS | CinciVox

  2. Pingback: Phobie | lesensdesmots

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