La notion de vérité en science (1) – Le positivisme selon Auguste Comte

Auguste_Comte

Auguste Comte

Auguste Comte, fondateur du positivisme, résume l’histoire humaine par sa théorie des trois états :

  • L’âge théologique : l’homme explique les phénomènes extérieurs par des êtres comparables à lui-même.
  • L’âge métaphysique : il invoque des entités abstraites.
  • L’âge positif : il observe les faits et établit des relations, des lois entre eux.

Les passages d’un âge à l’autre ne sont pas uniformes : ils dépendent de la discipline et s’appliquent d’abord aux sciences ayant les objets les plus simples (mathématiques, physique), puis progressivement à celles portant sur les éléments les plus complexes (chimie, biologie, et ensuite politique et sociologie). La sociologie, comme science de la société est le terme de cette progression de l’esprit positif. Pour fonder cette science nouvelle, il utilise les méthodes et les résultats des sciences qui l’ont précédée, dans le Cours de philosophie positive (publié de 1830 à 1842). La sociologie est la fin des sciences, c’est-à-dire leur terme et leur objectif. Elle doit opérer la synthèse de toutes les sciences.

Comte pose pour la sociologie le primat du tout sur la partie, comme dans les sciences les plus complexes. En l’occurrence, cela signifie que pour comprendre un événement historique, il faut le replacer dans toute la trame historique qui le précède. Auguste Comte souhaite bâtir une science de l’histoire de l’espèce humaine qui soit aussi objective que les mathématiques. L’étude de la société humaine revient donc à celle de l’ensemble de l’histoire humaine qui, en tant que tout, est une. Par conséquent, la sociologie de Comte sera capable d’englober toute l’histoire de l’espèce humaine et d’en déduire l’évolution.
L’objectif de la sociologie de Comte ne se limite toutefois pas à l’explication de l’histoire humaine (entreprise déjà pour le moins ambitieuse !), mais envisage également la préconisation de solutions à la crise moderne. Il suit donc un double but : scientifique et politique ; il se veut à la fois savant et réformateur. Il s’agit pour cette science de fournir des résultats scientifiques aussi précis et fiables que les mathématiques. Les vérités données par la sociologie doivent donc être imperméables au moindre doute.

Ainsi la sociologie de Comte est-elle explicitement pensée comme une science du déterminisme des sociétés. Dans le cadre de cette téléologie, toutes les sociétés humaines, aussi diverses soient-elles, suivent la même ligne ascendante dictée par le progrès vers un état final de la pensée humaine. Comme dans le providentialisme chrétien, comme dans le marxisme, l’histoire suit un cours nécessaire, déterminé : celui du progrès de l’esprit humain. La science positive de Comte se veut à la fois la compréhension des lois qui déterminent ainsi l’histoire, et le moyen d’accéder à l’état final dans lequel toutes les disciplines de la pensée humaine seront positives. Car si l’histoire est déterminée, il est inutile d’en vouloir changer le cours. Mais il est possible de l’accélérer par une bonne connaissance de ses mécanismes.

Comte vise donc l’unité. Face à la diversité des disciplines et des méthodes, il conçoit un état dans lequel toute la pensée humaine sera unifiée sous la bannière du positivisme. Et c’est l’humanité comme unité qui accède à cet état : l’histoire de l’humanité est une, l’humanité est une, la pensée humaine est une. Si les sociétés humaines sont diverses, la nature humaine, elle, est une ; et c’est elle qui suit la pente ascendante du progrès.

Or cette ligne ascendante est donnée par le modèle occidental. Pour Comte, la société occidentale a une vocation universelle. L’organisation scientifique du travail est la plus efficace et doit être adoptée par toutes les autres sociétés. De même, en matière scientifique, la pensée positive doit devenir universelle. Cela signifie non seulement que toutes les sciences doivent adopter la méthode positive, mais également que celle-ci doit s’appliquer à la politique, à la religion ou la société. La méthode inspirée des mathématiques ou de la physique doit s’étendre à tous les autres domaines de la pensée pour consacrer l’âge positif. En effet, dans la perspective comtienne, la méthode scientifique basée sur l’observation et la mise en place de lois universelles s’applique d’ores et déjà aux disciplines scientifiques qui sont passées dans l’âge positif, ainsi qu’aux disciplines qui sont restées à l’état métaphysique.

Comte voit par exemple dans le développement de l’industrie, fondé sur celui de la science et l’application des principes scientifiques au monde du travail, l’avenir de l’humanité. Pour lui, les scientifiques et les industriels vont dominer le monde mais il ne célèbre pas pour autant le libéralisme, simple étape, à ses yeux, dans le passage de l’âge métaphysique à l’âge positif. La société positive sera bien plus stable que celle reposant sur le libéralisme, les libéraux étant restés à l’âge métaphysique : non seulement ils raisonnent sur des concepts mais, de surcroît, ces concepts appartiennent à un champ clos, l’économie, séparé du tout social.

Dans la religion positiviste qu’il souhaite fonder, il assigne aux scientifiques la tâche d’être les nouveaux prêtres de l’humanité. Car les lois scientifiques sont des dogmes : les savants doivent imposer la vérité scientifique une fois pour toute, les lois scientifiques ne peuvent plus être remises en doute. La science a ainsi pour objet de décrire le monde par des lois et des rapports, des phénomènes constants. Une fois ces lois, ces faits mis en évidence, leur vérité ne doit plus être discutée. La science ordonne la connaissance humaine et lui donne les moyens d’agir car toute science qui ne serait pas tournée vers l’homme serait inutile. Raymond Aron rappelle ainsi que Comte condamnait les travaux mathématiques sur le calcul probabiliste comme « précisions qui ne servent à rien[1]. »

Cincinnatus


[1] Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967, p. 120

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2 réflexions sur “La notion de vérité en science (1) – Le positivisme selon Auguste Comte

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