Le cas Sarkozy

Nicolas SarkozyNom : Sarkozy
Prénom : Nicolas
Surnom : « Naboléon », « Nicolas le Petit », « Iznogoud », « le Nain », « l’Aut’ taré », « l’Hyperprésident », « Joe Dalton », « le Traître », « le Voyou de la République », « le Boss », etc. etc.
Parti : créateur de LR pour faire oublier qu’il a coulé l’UMP
Famille de pensée politique : grand maître de l’opportunisme, apprenti-sorcier de l’alliance libérale-identitaire

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Dans la cour de récré, l’enfant imaginaire

Enfant, Nicolas Sarkozy était-il cette petite boule de nerfs que l’on repère de temps en temps au milieu de la cour : d’abord à l’oreille, étonné qu’un mioche soit capable de pousser des cris suraigus avec une telle puissance, puis à l’œil, attiré par les pulsations écarlates d’un gamin en pleine crise ? Aurait-il pu être ce sale gosse capable de tout casser autour de lui pour un caprice, soumettant le monde au règne tyrannique de sa volonté incandescente ? On le voit ainsi, ce gnard portant son ressentiment en étendard. Imperméable à tout ce qui pourrait contraindre ses envies, il ne raisonne pas : il réagit aux tumultes de ses désirs. Il veut, il prend. Plus petit que les autres, il aurait pu facilement devenir le bouc-émissaire de la classe, celui que les autres prennent un plaisir sadique à humilier régulièrement. Au contraire, plutôt que d’être terrorisé, il a choisi de terroriser : il y a ceux qui tiennent le pistolet à eau et ceux qui creusent le bac à sable. Son agressivité et son énergie lui servent à s’imposer.

Pendant les matches de foot, c’est le genre vicelard, celui qui tacle les tibias et les genoux puis se laisse tomber tout seul pour quémander misérablement un péno. Mesquin, méchant, il tend des pièges tordus à ceux qu’il prend en grippe, c’est-à-dire tous ceux qui osent le contester. Une vraie teigne. Plus malin qu’intelligent, il provoque et s’en sort toujours… sauf les (trop) rares fois où il se prend une bonne raclée. Mais pour éviter ces situations désagréables, le loustic a su très tôt passer maître dans l’art de la veule manipulation, s’entourer de quelques copains grands et costauds avec lesquels il parade au milieu de la cour comme en son territoire. Encadré de ces minibrutes et maxicrétins, il s’impose comme caïd de la récré, chef de bande en culottes courtes, parrain de la mafia des billes. Aux adultes comme aux enfants, il inspire la crainte, le dégoût… et une certaine admiration devant sa crâne assurance. En fin de compte, il est surtout pénible et fatigant.

Dans l’arène politique, l’adulte au combat

Engagé très jeune en politique, Sarkozy grenouille auprès de la génération précédente avec l’énergie qu’on lui connaît. Déjà son ambition ne s’embarrasse guère de scrupules puisqu’il se fait remarquer à 28 ans en raflant la mairie de Neuilly à son propre mentor, Charles Pasqua. Celui-ci ne lui en tient pas (trop) rigueur, sans doute impressionné par l’audace et la duplicité de ce jeune homme plein d’avenir.
Il alterne ensuite à bon rythme succès et échecs, adulation et ostracisme.

Dès le début des années 1980, il se place sous l’aile protectrice de Jacques Chirac à qui il doit ses ascensions successives. Il n’hésite pourtant pas à l’abandonner pour l’élection de 1995, préférant miser sur Édouard Balladur : pari risqué et perdu qui lui vaut la haine farouche et durable d’une partie du clan chiraquien et la réputation tenace de traître. Peu lui chaut : ses ennemis, il les promet au fameux croc de boucher. Et puis, en bon animal politique, il sait saisir n’importe quelle occasion pour revenir au centre du jeu. À peine deux ans après son bannissement sous les crachats des militants, il profite de la dissolution, revient en fanfare et se rapproche de Philippe Séguin à la tête du parti gaullo-chiraquien[1]. Mais la période de grâce s’écrase contre le mur des européennes de 1999.

Comme à son habitude, increvable, il n’attend pas bien longtemps pour revenir sur le devant de la scène. Il sait faire croire qu’il est indispensable et s’impose comme l’homme fort du deuxième mandat de Chirac, utilisant le ministère de l’Intérieur comme le laboratoire de ses expérimentations politiques, le quartier général de ses réseaux et la vitrine de son action. Il emploie sans vergogne les moyens dont il dispose au service de ses intérêts personnels. Pendant cette période, il s’expose, concentre toute l’attention médiatique sur sa personne et multiplie les bravades et provocations dans un unique objectif : faire entrer dans les cerveaux qu’il est le prochain président de la République. Hélas, il réussit. Il est élu le 6 mai 2007.

Ses cinq années à l’Élysée achèvent de plonger la France dans le gouffre. Au pouvoir, incapable de s’élever au niveau de la fonction, Sarkozy rompt toutes les digues de la décence. Il institue le culte du pognon. Il méprise et humilie la culture en érigeant la vulgarité et l’infamie en modèles. Il dresse les Français les uns contre les autres en une stratégie politique mortifère. Il clôt enfin ce quinquennat catastrophique en entraînant avec lui la droite dans les pires forfaitures idéologiques. Il laisse derrière lui un champ de ruines sur une terre politique devenue stérile. Si l’ensemble de la classe politique, d’une nullité rarement vue dans l’histoire, doit être jugée coresponsable, celui qui fut président de 2007 à 2012 demeure le principal coupable du spectacle affligeant que nous avons sous les yeux et qui annonce un sombre avenir.

Son échec en 2012 aurait dû signer la fin de sa carrière politique, comme il l’avait lui-même promis. C’était sans compter avec son ressentiment[2]. On l’a ainsi vu revenir à la tête de la droite dans une nouvelle représentation de sa principale pièce : « j’ai changé ». Celui que l’on devrait, à force, surnommer « le phénix », tant il semble toujours ressusciter de ses morts politiques successives, reste persuadé d’être le meilleur. Il a donc le mauvais goût de retenter sa chance.

*

Éloge flatteur : les qualités remarquables

Pour réussir, Nicolas Sarkozy ne manque pas d’atouts dont il a su user pendant toute sa (longue, si longue) carrière politique.

Le premier, et non le moindre, saute aux yeux : son énergie hors du commun. L’ex-« hyperprésident » déploie une incroyable capacité à intervenir en tout lieu, sur tous les sujets, à chaque instant. C’en est fatigant mais, pour être honnête, c’est impressionnant. D’autant que, même s’il peut paraître souvent brasser du vent, il ne dépense pas cette énergie sans motif. Chacune des actions de Sarkozy n’est menée que dans un seul objectif précis : son ambition. Il assume cette volonté immarcescible et l’utilise comme arme de séduction massive. Le personnage fascine. Il magnétise ses fans, électrise ses adversaires. Il refuse le terrain de la raison parce qu’il a compris qu’il a tout à gagner à occuper celui des passions. Il fonde ses rapports humains comme politiques sur la dialectique séduction-répulsion et exerce avec maestria ses talents de bonimenteur charismatique.

Le deuxième pourrait être son aptitude, franchement bluffante, à se sortir de toutes les situations. Les meilleurs cliniciens ont régulièrement prononcé sa mort politique, et se sont à chaque fois trompés. Sa hargne lui permet de renverser les pires pronostics et de revenir sur le devant de la scène quand plus personne ne croit en lui. Les médias l’ont bien compris qui en tirent à chaque fois des œufs d’or. À tel point qu’il agit sur eux comme une drogue dure. Sarkozy fait vendre et il le sait. Il peut ainsi s’appuyer sur une couverture médiatique souvent complaisante, parfois critique, mais toujours dépendante.

Le troisième, paradoxalement, tient à son absence de tout scrupule. Sarkozy est capable de tout. Ce qui le rend imprévisible, dangereux et puissant. Guidé par son instinct et sa volonté, il navigue à vue, enchaînant coups de génie et improvisations catastrophiques. Quoi qu’il en soit, il jouit de ce qu’on pourrait qualifier d’une incroyable plasticité doctrinaire ou d’un formidable pragmatisme, si l’on voulait être gentil. Pour le dire autrement : Sarkozy n’a aucune colonne vertébrale idéologique[3], ce qui lui permet toutes les reptations serviles devant l’opinion toute-puissante. Atout majeur en notre actuelle ochlocratie.

Liberté de blâmer : les défauts rédhibitoires

On ne peut que déplorer que cette inanité de la pensée politique puisse ainsi servir d’avantage conjoncturel. Nicolas Sarkozy nous sert en quelque sorte de révélateur : il agit comme le reflet pornographique de nos mœurs politiques corrompus. Il abdique la pensée pour le slogan. Aucun cap ne guide son action, aucune idée ne fonde sa vision : seulement la réaction directe aux frissons de son auditoire. Parfait démagogue, il en flatte les plus bas instincts et surfe sur la crête de ses émotions. Jusqu’à s’enfouir lui-même au plus profond de ce caniveau spectaculaire. Ainsi le voit-on se mettre en scène sans retenue, exploser les saines frontières entre le privé et le public, dans une indécente exhibition assumée et revendiquée.

En effet, comme l’a fort bien analysé François Bayrou il y a quelques années, Nicolas Sarkozy adulte n’a pas grandi. Il est demeuré un « enfant barbare »[4] qui démontre chaque jour que l’on peut vivre malgré une ablation complète du surmoi. L’avorton, inconscient qu’il existe des limites, s’enivre de plier le monde à sa volonté. De ce point de vue, son slogan « Ensemble tout devient possible » révèle un hybris déchaîné. Car non, tout n’est pas possible, quoique cette idée puisse paraître étrange à un être entièrement voué à la satisfaction immédiate de ses envies, asservi à sa libido dominandi. Pour un caprice, il est capable de mettre la France à feu et à sang. Son quinquennat calamiteux a divisé la nation et empoisonné un imaginaire collectif déjà fragile.

Pendant cinq ans, il a fait montre d’une brutalité et d’une violence inouïes, inspirées de la pègre. Avec ses méthodes mafieuses, et largement aidé par un entourage affreux, sale et méchant regroupant tout ce que l’on fait de plus grossier en la matière, le président de la République s’est comporté comme un vulgaire chef de bande, toujours obsédé par le fric, et pour qui tous les moyens sont bons pour rafler la mise. Ce gangster n’a pas hésité à compromettre l’État pour arranger ses affaires. Ce traître a vendu la France à ceux qui lui en offraient le plus de pétrodollars.

Les mots ne sont pas trop forts : en des temps lointains et disparus où l’honneur et la probité signifiaient quelque chose, beaucoup ont dû rendre compte sur l’échafaud de forfaitures moins graves. Or nulle potence, même symbolique, ne l’attend, bien que toutes les affaires judiciaires qui imprègnent son nom, et dont cette crapule est capable de sortir indemne, ne donnent qu’une infime idée de sa malhonnêteté et de sa violence. Mais entendons-nous bien : Sarkozy n’est pas le diable – il n’incarne que la quintessence de ce que notre époque engendre de plus minable, le précipité risible du politique à l’agonie.

*

Conclusion temporaire et subjective

La popularité de Nicolas Sarkozy dans son parti peut sembler incroyable. Beaucoup persistent à voir en lui le sauveur de sa famille politique… alors même qu’il ne brille guère par son efficacité en de telles circonstances – que l’on se souvienne du fiasco des élections européennes de 1999 ! Étrange paradoxe que le fossoyeur de la droite personnifie l’homme providentiel.

En cette rentrée 2016, il semble cependant avoir un peu perdu la main malgré la parution d’un livre-programme aussi offensif qu’effrayant – si la moitié de ce qu’il propose était appliqué, il ferait subir à la France une purge abominable dictée par la rancœur, la vengeance et la démagogie. Cette course folle au toujours-plus témoigne de son embarras stratégique face à ses adversaires de droite. Difficile pour lui de continuer de nous faire le coup du « j’ai changé » : les ficelles sont trop grosses et usées jusqu’à la trame. Même les militants paraissent en revenir. Et puis les affaires judiciaires s’accumulent : quand bien même l’agenda de la justice lui permettrait de se présenter, les soutiens se raréfient à mesure que l’orage approche.

Et pourtant… malgré tout cela, il ne faut se faire aucune illusion. Nicolas Sarkozy a décidé d’y aller et rien ne le freinera. Avec les clefs du parti entre les mains de ses fidèles, il s’assure la maîtrise de l’organisation des primaires. Et l’on peut évidemment compter sur son honnêteté proverbiale et sur le fair-play de ses sbires pour que celles-ci se déroulent dans les meilleures conditions possibles de transparence, d’égalité de traitement des candidats et de respect du vote des militants. Évidemment.

Probabilité d’être élu président de la République : avec lui, tout devient possible…

Cincinnatus


[1] Drôle d’attelage ! D’un côté, celui qui se qualifie lui-même de « gaulliste de gauche », homme de convictions dont on a vu le talent quelques années auparavant lors du débat sur le traité de Maastricht, puis pendant cette élection présidentielle que Jacques Chirac a remportée en grande partie grâce aux inflexions sociale soufflées à son oreille par le fidèle Séguin. De l’autre, le libéral autoproclamé, en réalité incapable de développer une pensée politique cohérente, préférant adapter son discours et ses idées à son auditoire. Ce qu’ils ont en commun ? la passion du football… et, surtout, leur jalousie à l’encontre d’Alain Juppé, le fils préféré de Chirac. Futile et puéril ? Sans doute. Mais cela peut parfois suffire : Nicolas Sarkozy ne se fonde que sur l’affect. Il entretient un rapport épidermique, sentimental, passionnel avec tout et tout le monde. S’il était capable de conceptualisation et doté d’une quelconque culture philosophique, il pourrait se réclamer d’une version très dégradée de la pensée de Carl Schmitt, en ce qu’il ramène le monde à la seule distinction ami-ennemi.

[2] Rendu à la condition de simple citoyen, la perspective de voir les affaires judiciaires le rattraper n’a peut-être pas non plus joué pour rien… Les murs de l’Élysée sont une protection séduisante pour celui qui déteste tant les juges.

[3] En-dehors de son idolâtrie de l’argent… mais ce n’est pas vraiment une idéologie, seulement un vice méprisable.

[4] François Bayrou, Abus de Pouvoir, 2009, Plon.

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4 réflexions sur “Le cas Sarkozy

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