Le cas Hollande

Nom : Hollande
Prénom : François
Surnom : « Fraise des bois » (pour Laurent Fabius), « Monsieur petites blagues » (toujours Laurent Fabius), « Guimauve le conquérant » (pour Guillaume Bachelay, lieutenant de… Laurent Fabius, décidément !) « Flanby » (pour Arnaud Montebourg), « Gauche molle » (contrepèterie élégante signée Martine Aubry), « Capitaine de pédalo » (pour Jean-Luc Mélenchon), « Pépère » (à l’Élysée : on n’est jamais mieux trahi traité que par les siens), « Le Pingouin » (pour Carla Bruni-Sarkozy), « Moi, je » (pour Nicolas Sarkozy)…
Parti : les ruines de Solferino
Famille de pensée politique : prestidigitateur de la synthèse, libéral de gauche

*

Dans la cour de récré, l’enfant imaginaire

Peut-être le petit François ressemblait-il, enfant, à ce gentil binoclard rondouillard avec sa bonne bouille et son regard niais à propos duquel nos parents se sentent toujours obligés de nous faire la leçon préventive : « ce n’est pas bien de se moquer : s’il est gros et qu’il a des lunettes, ce n’est pas de sa faute »… alors même qu’on n’a jamais songé à s’en prendre à lui ! Ah, les parents ! Cet art qu’ils ont de toujours tomber à côté – à croire qu’ils n’ont jamais été gosses. Car si ce gamin un peu pataud fait bien rire les autres enfants, ce n’est pas forcément à ses dépens. Il amuse plutôt ses copains avec ses blagounettes, ses calembours et ses imitations. Au fond, c’est le mec gentil et sympa, le bon gros copain que tout le monde aime bien et qu’on charrie toujours affectueusement.

Il a d’ailleurs vite compris l’intérêt qu’il pouvait avoir à bien s’entendre avec tout le monde. Il en a même tiré un talent d’entourloupeur remarquable fondé sur sa bonhomie presque hypnotique : on ressort d’une discussion avec lui pris de l’étrange impression de s’être fait avoir mais sans être capable de l’expliquer. C’est ainsi, par exemple, qu’il arrive à faire faire ses devoirs par ses camarades ou, à la récré, à récupérer toutes leurs billes sans qu’ils comprennent bien comment. Contrairement à d’autres manipulateurs de bac à sable, il se sert des autres sans pression ni menace… et sans même que ceux-ci s’en rendent vraiment compte. À tel point que, bien qu’il n’ait ni le physique, ni l’intelligence, ni la grande gueule, cet art de l’embrouille lui permet chaque année de séduire la plus jolie fille de la classe, forçant l’admiration teintée d’envie de ses potes.

Bon en classe, il fait ce qu’il faut pour réussir tranquillement sans vraiment travailler. Ses profs et ses parents se rendent bien compte qu’il pourrait faire encore mieux mais « après tout, c’est un gentil garçon qui ne pose pas de problème ». À croire qu’il sait même utiliser son talent sur les grands…

Dans l’arène politique, l’adulte au combat

Son parcours politique fait de François Hollande un cas à analyser par tout étudiant de SciencePo comme idéaltype de l’apparatchik grenouillard. De l’ENA en cabinets, il a su monter un à un les étages de l’organigramme du PS, jusqu’à la place de premier secrétaire, obtenue grâce à Lionel Jospin. De cette époque qui aurait dû être l’apothéose de sa carrière, on retient bien entendu ses « synthèses » qui ne satisfont personne mais lui permettent de durer en cachant la poussière sous le tapis.

« Monsieur 3% » n’avait aucune chance de devenir président. L’histoire a cependant le sens de l’humour : l’élimination imprévue de DSK se révèle une « divine surprise ». Pour Hollande, la transition est enivrante de plaisanterie à favori. Reste à passer les primaires. Martine Aubry, qui s’est coltiné sa succession à la tête du parti et la chienlit qu’il y avait laissée, est sur son chemin. S’il reçoit au second tour les soutiens attendus des autres candidats de « l’aile droite », celui de Montebourg se révèle crucial. Le troisième homme aurait pu préférer Aubry, rendant incertaine l’issue de la primaire. Il ne l’a pas fait, elle lui en veut encore… et lui-même doit le regretter. Car, grâce à Montebourg, Hollande devient le candidat officiel du PS et de ses alliés.

Pendant la campagne, il profite à plein de l’hostilité à Sarkozy et déroule une stratégie fondée sur la négation dialectique du président sortant (le « président normal » et la fameuse tirade anaphorique « Moi, président… » n’ont d’ailleurs pas d’autre signification). Il va loin dans le jeu de miroir inversé et se construit au fil de ses discours une image de redresseur des torts sarkozystes, jusqu’au fameux discours du Bourget. S’opposant à un adversaire candidat de la finance, il cible celle-ci en des mots très forts, écrits par Aquilino Morelle, plume empruntée au démondialiste Montebourg. Cette stratégie de l’antithèse finit par payer et il est élu président le 6 mai 2012.

Et depuis ?
Celui dont personne n’espérait grand-chose a réussi à décevoir tout le monde. Il avait une chance et un devoir historiques. Une chance : passer après Sarkozy. Un devoir : réconcilier les Français. Il a été élu avant tout pour panser les plaies ouvertes par son prédécesseur en un quinquennat catastrophique pour la France et les Français. Y est-il parvenu ? Avouons qu’il a eu la décence de ne pas les agrandir volontairement en jouant avec le feu selon la méthode de Sarkozy. On ne peut néanmoins pas dire que la France se porte mieux.
Certes, il a dû faire face à un contexte à la violence imprévue avec la pire vague d’attentats que l’on ait connue. Mais justement : arrivé à l’Élysée plus par rejet de son adversaire que par adhésion à sa personne ou à son programme, il aurait eu là l’occasion de s’élever au niveau de sa fonction. Il n’en a rien été. Son action contre le terrorisme est exemplaire de toute sa méthode : naviguer à vue, sans boussole idéologique. C’est pourquoi il n’est que déception. Après la promesse d’un changement radical, nous subissons un quinquennat de la médiocrité.

*

Éloge flatteur : les qualités remarquables

François Hollande est un embobineur exceptionnel. Le petit entourloupeur qu’enfant il a pu être a grandi en un grand manipulateur. Pour ceux qui ont vu Le Livre de la jungle version Disney 1967, Hollande, c’est un peu le talent d’hypnotiseur de Kaa dans le physique jovial de Baloo. Il ne sait rien faire mieux que cajoler et promettre pour mieux circonvenir. Ainsi n’a-t-il pas besoin de régler les problèmes, de trancher, de décider ni de choisir : il étouffe ses interlocuteurs dans la ouate floue et doucereuse de l’ambiguïté. Et comme le disait justement la grand-mère de Martine, « quand c’est flou… ».

À cela s’ajoute un art consommé de la tactique. Hollande adore jouer, allumer des feux et des contre-feux, tirer les ficelles des uns et des autres. Celui qui a longtemps côtoyé Mitterrand en a gardé un goût immodéré de l’intrigue. La stratégie à long terme pas plus que la vision du monde n’ont d’attraits pour celui qui préfère les coups retors et les complots secrets. Et plus les montages sont complexes, voire tordus, plus il semble prendre du plaisir, se griser de plans enchevêtrés, s’enivrer d’une illusion de maîtrise dans des labyrinthes où il ne voit pas qu’il se perd. À sa droite, Valls lui fait de l’ombre ? Il lui met Macron dans les pattes. À sa gauche, Montebourg le gêne ? Il lui envoie Hamon. Et d’étouffer ainsi un à un ses concurrents, tout en se ménageant une place centrale dans le jeu[1]. C’est ainsi qu’il a géré le parti, c’est ainsi qu’il a essayé de gérer la France.

On peut enfin voir dans ce verbe le symptôme de sa dernière qualité – et non la moindre ! Hollande incarne à la perfection le grand mouvement qui va du gouvernement des hommes à l’administration des choses pour s’achever aujourd’hui dans la gestion… sans complément du nom. La gestion pure et simple. La gestion d’elle-même. Il est le gestionnaire, parfait produit de la technostructure. Ce qui fait de lui la pointe la plus avancée du darwinisme politique, créature tout à fait adaptée à son milieu et à son époque.

Liberté de blâmer : les défauts rédhibitoires

François Hollande est le président des petits gris de Bercy, Berlin ou Bruxelles dont Max Weber a présagé avec horreur le règne : « spécialistes sans vision et voluptueux sans cœur – ce néant s’imagine avoir gravi un degré de l’humanité jamais atteint jusque-là » (L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme). Sa prétention et son orgueil démesurés flottent en apesanteur au-dessus du vide de sa pensée (et du trop-plein de sa parole). Allergique à toute Weltanschauung, il ne montre que mépris envers ceux qui lui opposent une vision du monde cohérente. Et pourtant, n’est-il pas lui-même esclave d’une idéologie fort à la mode : le néolibéralisme dont il n’a pas les capacités mentales de s’émanciper ? Il n’y a plus rien de socialiste chez François Hollande qui se contente volontiers de la gestion, mal contemporain largement partagé par les membres de son espèce.

Décider, choisir, trancher, guider, prévoir, raconter, entraîner, enthousiasmer, expliquer, argumenter, faire rêver ou penser… tout cela n’est pas pour lui. Car ce qui l’amuse vraiment, on l’a vu, c’est de s’absorber dans les petits jeux de positions et de manipulations. Incapable de s’élever à la noblesse du politique, il ne s’occupe plus que de la politicaillerie, manie délétère à la tête du PS et criminelle à la tête de l’État. Or n’est pas Frank Underwood qui veut. Et en la matière, on en est même très loin. Celui qui se croit supérieurement brillant ne possède que l’intelligence d’une calculette. Monstre froid, étranger à toute empathie, sourd à tout ce qui ne provient pas du dernier carré de courtisans de la promotion Voltaire, Hollande s’est lui-même claquemuré dans une haute tour et a perdu tout contact avec la réalité de la Nation.

Ne percevant plus le monde qu’à travers les « indicateurs », les « courbes », les chiffres qu’il adore comme de petits dieux ou comme les ombres sur la paroi de la caverne, il se rassure par une pensée magique complètement autiste. Ceci dit, cela lui permet de s’exonérer de toute responsabilité devant l’échec, transmué en fatum extérieur. Peut-être est-ce là d’ailleurs son pire défaut : cette incapacité à assumer ses responsabilités. François Hollande est le pire de tous les présidents de la Ve République – à l’exception de Nicolas Sarkozy ! – et pourtant, il n’est prêt à rendre de comptes pour aucun de ses lamentables ratés. Il s’absout de toute responsabilité : pas de bol, ose-t-il benoîtement avancer. Minable.

*

Conclusion temporaire et subjective

Seul acte que je mette à son crédit : la loi sur le mariage pour tous, une loi d’égalité. À part cela ? Beaucoup de rien. François Hollande a échoué. Dans tous les domaines. Il a poursuivi la politique économique et sociale funeste de son prédécesseur. Il a continué d’abaisser la France pour mieux la vendre aux pétrodollars étrangers. Il s’est obstiné à détruire l’école de la République. Il a atomisé sa propre famille politique. Il a achevé de décrédibiliser le politique. Il n’a pas refermé les plaies taillées dans la chair de la Nation. Etc. Etc.
Maintenant qu’il se trouve plongé dans les abymes de l’impopularité, cerné de tous ses ennemis rejoints par ses anciens amis, sans bilan ni programme, sans troupe ni vision, que peut encore ce grand manipulateur ?

Probabilité d’être élu président de la République : nulle… comme il y a un peu plus de cinq ans.

Cincinnatus


[1] Quitte à voir ses créatures s’émanciper et ses expériences d’apprenti-sorcier lui sauter à la figure… à moins que cela ne fasse aussi partie de ses coups de billard à quatorze bandes… ou qu’il feigne que ce le soit… sauf si derrière les apparences… oh puis zut à la fin ! Trop de nœuds au cerveau.

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4 réflexions sur “Le cas Hollande

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