Le cas Macron

2014-11-17_emmanuel_macron_ministre_de_l_economie_de_lindustrie_et_du_numerique_at_bercy_for_global_entrepreneurship_week_7eme_cae_conference_annuelle_des_entrepreneursNom : Macron
Prénom : Emmanuel
Surnom : « le Mozart de la finance », « le Taré du troisième étage » (par Michel Sapin, son colocataire à Bercy), « le Coucou », « le petit marquis poudré » (par Laurent Fabius quand celui-ci dirigeait la diplomatie française), « Brutus »…
Parti : En Marche (avec un jeu de mots très subtil sur les initiales)
Famille de pensée politique : libéral chimiquement pur

*

Dans la cour de récré, l’enfant imaginaire

Fermez les yeux. Rappelez-vous votre enfance : le préau de l’école, la salle de classe toujours glacée ou surchauffée et qui sentait la craie, la cour de récré avec son terrain de jeu en poussière rouge qui tachait vos vêtements. Imaginez maintenant dans ce décor : Emmanuel Macron. Non pas celui que nous connaissons, mais sa version enfantine. À quoi ressemble-t-il ? Comment se comporte-t-il ? Peut-être apparaît-il sous les traits de ce gamin qu’on a tous connu : bouille d’ange et tête à claque. Un sourire désarmant de charme autant qu’insupportable de prétention. On peut le fantasmer ainsi : le petit Emmanuel traîne partout son air satisfait de lui-même. L’arrogance de ce petit morveux ne tient pas nécessairement à des qualités intellectuelles supérieures… quoique vraiment bon en classe, ce n’est pas par son intelligence qu’il écrase les autres mais par son assurance. Chaque bonne note le convainc un peu plus de son génie et l’emplit un peu plus de lui-même.

Il ne passe jamais devant un miroir sans s’y sourire. Content de lui, il la ramène dès qu’il peut. Qu’est-ce qu’il aime parler et s’écouter parler ! Il baratine à tout-va : les adultes, qu’il finit assez vite par excéder[1], les copains, bluffés par son bagout, les filles, enjôlées par son sourire et les balivernes qu’il leur débite. Revers de la médaille : il irrite aussi pas mal. Son ego hypertrophié devient rapidement un sujet de moquerie trop évident pour qu’on se retienne. Certains aimeraient même casser sa belle gueule horripilante pour lui faire passer le goût des fanfaronnades ; mais il est malin, le bougre ! Ce bonimenteur s’en sort presque à chaque coup, à l’esbroufe. Il a appris la technique en observant de près ses aînés en manipulation et en séduction. Il s’étonne lui-même que cela passe si facilement. Alors il s’enhardit. Tant que ça marche, pourquoi s’arrêter ? Son énorme culot et son ambition sans limite lui ouvrent ainsi toutes les portes. Plus dure sera la chute.

Dans l’arène politique, l’adulte au combat

Emmanuel Macron déboule dans le paysage politique comme une météorite. Avant son arrivée à Bercy en remplacement d’Arnaud Montebourg, il est à peu près inconnu du public. Son nom n’évoque alors que le préfet du prétoire romain accusé de l’assassinat de Tibère et qui connut un destin tragique. Rien à voir !

Le jeune homme pressé a suivi le cursus honorum moderne, se permettant le luxe d’ajouter à la très sérieuse ENA la coquetterie (en politique, ce n’est rien de plus qu’un supplément d’âme) d’un DEA de philosophie. Il comprend vite que l’intérêt général ne peut être correctement servi que lorsqu’on s’est soi-même auparavant servi à loisir, et s’en va pantoufler dans le privé avant d’en avoir fini avec son engagement décennal auprès de l’État. Toutefois, quitte à renoncer aux charmes de l’Inspection générale des finances, il faut choisir un point de chute de qualité. Ce sera la banque Rothschild où il entre grâce à sa marraine la fée Attali. Là, une négociation bien menée le met définitivement à l’abri du besoin.

Ainsi lesté de moult zéros, il peut se tourner de nouveau vers les ors de la République et l’argent de la France, sans plus avoir à s’inquiéter de ses propres comptes. L’énarque philosophe banquier d’affaire millionnaire devient secrétaire général adjoint de l’Élysée. Et quand, pour une bête histoire de picrate, un poste se libère au gouvernement, le voilà propulsé ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Tout le monde souligne à quel point il tranche avec Arnaud Montebourg, son prédécesseur. C’est vrai, mais pas tant que ça : l’un comme l’autre comptent énormément sur le style, l’apparence, le charisme pour faire avancer leurs idées et leurs actions. Ils utilisent tous les deux le verbe et le sourire comme des armes. Leurs idéologies, leurs visions du monde et leurs objectifs diffèrent néanmoins largement : à la place du volontarisme de l’aîné, le laissez-faire du cadet. Les lois Macron et El Khomri (qu’il a largement inspirée) en témoignent.

Après deux ans (et quatre jours), se sentant pousser des ailes aux semelles, le jeune Hermès quitte le gouvernement pour se mettre en En Marche vers les cieux élyséens.

*

Éloge flatteur : les qualités remarquables

On peut légitimement regretter qu’aujourd’hui, dans le monde politique, avoir obtenu un DEA de philosophie et s’être occupé de la bibliographie du dernier bouquin de Paul Ricœur suffisent pour vous faire passer pour philosophe. Certes, depuis que les normaliens ont disparu au profit des énarques, le niveau de culture et de pensée des politiques atteint des niveaux abyssaux. Pauvre République des Lettres ! Alors admettons qu’Emmanuel Macron possède un vernis intellectuel que la plupart des autres ne prennent même pas la peine de simuler, et louons-le pour cela.

Si sa qualité de grand lettré peut être discutée, il en est une autre que l’on ne peut lui dénier : sa jeunesse (si tant est que ce soit une qualité en soi). En tout cas, c’est ce qui est mis en avant partout quand on l’évoque, ainsi que les deux corollaires de son âge : sa fraîcheur et son énergie, vertus modernes par excellence, chantées dans tous les magazines féminins ou pour entrepreneurs. À ce propos, soulignons, autre avantage décisif d’Emmanuel Macron, l’affection que lui portent presque unanimement les médias mainstream. L’éditocratie qui, pendant un temps, avait divisé sa mise entre Juppé et lui, a choisi, depuis l’éviction de l’ancien Premier ministre retourné en sa tour girondine, de tout reporter sur le sémillant blondinet.

Son positionnement, ensuite, se révèle très malin. Il tente d’occuper le créneau de l’homme providentiel, de la nouveauté, ni de gauche ni de droite, au-dessus des partis et des clivages traditionnels, qui veut rassembler les « forces vives »[2] : tous ceux qui « entreprennent », « inventent », « innovent », etc. etc. Ce n’est pas neuf et cela a failli marcher par le passé. Que l’on se souvienne de Bayrou il y a dix ans. Les points communs sont nombreux : rassembler les « progressistes » de Delors à Balladur, une ligne très européiste et tout à fait classique en matière économique avec une politique de l’offre tout ce qu’il y a de plus orthodoxe, etc. C’est plutôt pas mal vu en ces temps d’extrême défiance envers des politiques médiocres et dont les ambitions personnelles démesurées occupent la place laissée vacante par la désertion des visions et ambitions pour la Nation et le pays.

Car, bien qu’il soit, au fond, le candidat de la France métropolitaine [3], Macron souhaite agréger toutes sortes de mécontentements. Il séduit d’abord les jeunes actifs urbains, gagnants de la mondialisation ; mais plaît aussi à tous ceux qui ont pour seule ambition l’enrichissement personnel. Et ils sont nombreux à partager cette fascination pour le fric. Tout doit être mis au service de l’argent, selon une vision du monde aussi efficace que simple : Emmanuel Macron incarne ce libéralisme intégral – économique, social, culturel – qui vend à la jeunesse un nouveau rêve sur papier glacé : devenir milliardaire.

Liberté de blâmer : les défauts rédhibitoires

En ce qui concerne les deux piliers de la République que sont la laïcité et l’école, Emmanuel Macron est consternant : il ne comprend rien à la première et sa conception de la seconde poursuit les divagations déplorables de l’actuel gouvernement.
Rien que ça, ça devrait suffire, non ?
Non ?
Bon, alors on continue.

Bien qu’il ait régulièrement reporté la publication de son « programme », les diverses propositions qu’il avance depuis plusieurs mois ne réservent aucune surprise. Macron aligne les poncifs ringards vus et revus, tout le prémâché du MEDEF et des économistes mainstream qui se sont toujours trompés et continuent d’asséner avec une morgue exaspérante leurs remèdes de Diafoirus. Peu étonnant qu’il soit soutenu par ce qu’on fait de pire en matière d’apparatchiks d’arrière-garde et de hollandistes orphelins (normal : Macron, c’est Hollande en pire). Quel beau renouvellement de la vie politique !

Le pseudo-philosophe n’est qu’une escroquerie intellectuelle et médiatique. Ses discours ne possèdent aucune substance. Sa pensée se réduit à la caricature d’un mauvais bouquin de coaching personnel. Son image ne renvoie qu’à la superficialité crasse du marketing politique. Sa stratégie se contente des techniques éculées de vieux pubards soixante-huitards, mises au service d’un produit lisse et écœurant de jeunisme et de vacuité. Aucune proposition, aucun programme, aucune vision du monde autres que : la mondialisation heureuse, le pognon-roi, la liberté du renard libre dans le poulailler libre et un joli sourire d’acteur américain des années 1940 bronzé façon retour de Californie en une des magazines people.

Le storytelling est aussi cousu de fil blanc qu’un mauvais épisode de telenovela. Le message, aussi simple et con qu’efficace, est matraqué quotidiennement grâce aux moyens mis à sa disposition par les grands groupes financiers qui possèdent l’essentiel des médias et n’ont qu’une idée : faire élire celui qui servira à coup sûr leurs intérêts. On se croirait dans une imitation grotesque de la mafia avec Kennedy. Et lui se prête avec gourmandise à toutes les facéties obscènes de ce spectacle. Macron et les médias, ce n’est plus de la connivence, c’est la mise en scène partouzarde d’un entre-soi incestueux [4]. Emmanuel Macron : l’homme de tous les lobbies, brave petite michetonneuse des puissances d’argent qui, avec lui à l’Élysée, n’auront plus rien à craindre. Candidat antisystème, vous dîtes ?

*

Conclusion temporaire et subjective

La baudruche finira nécessairement par se dégonfler, l’illusion de nouveauté par passer, la frénésie des médias par se tourner vers un autre objet de crétine adulation… reste à savoir si cela arrivera avant ou après la présidentielle.

Probabilité d’être élu président de la République : au point où on en est, plus rien ne serait étonnant… seulement affligeant.

Cincinnatus


[1] Sauf sa prof de français.

[2] Notons qu’il ne s’agit pas de rassembler « le peuple » ni « la Nation »… et puis, est-ce à dire que tous les autres sont des « forces mortes » dont il faut se débarrasser ? J’ai toujours eu du mal avec ce vocabulaire méprisant et méprisable.

[3] Au sens qu’en donne Christophe Guilluy dans ses ouvrages La France périphérique et Le Crépuscule de la France d’en haut.

[4] Coucou Laurence Haïm.

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