Les lectures de Cinci : la laïcité et ses ennemis

Le grand détournement, Fatiha Boudjahlat, Les éditions du Cerf, 2017.

Le livre en deux mots

9782204122795-59e7435365ccaFatiha Agag-Boudjahlat est une républicaine passionnée. L’enseignante et ancienne secrétaire nationale du MRC à l’éducation vit les agressions contre la laïcité au quotidien, au point de fonder le mouvement Viv(r)e la République avec sa complice Céline Pina [1], que je salue ici. Mais ça ne lui suffit pas : lassée de devoir répéter les mêmes arguments, de subir les mêmes attaques iniques, d’assister aux reculs et abandons de territoires entiers de la République au profit des mafias identitaires, elle nous livre ce premier ouvrage riche de ses expériences et de ses convictions. Nulle acrimonie, nulle agressivité ici. Seulement des analyses serrées appuyées sur des faits documentés et des références précises. Le « grand détournement » dont elle parle, en un clin d’œil ironique à l’absurde théorie complotiste du « grand remplacement », c’est celui des beaux mots issus de la tradition universaliste et républicaine française, qui sont aujourd’hui récupérés et réemployés à contre-sens ; c’est celui des agresseurs qui se font passer pour des victimes ; c’est celui des lâchetés accumulées par des politiques pusillanimes qui préfèrent assurer leur réélection plutôt que l’intérêt général ; c’est celui de cette gauche à laquelle elle appartient mais qu’elle ne reconnaît plus tant elle a trahi ses combats historiques ; c’est celui de ces féministes relativistes, de ces intellectuels dévoyés, de ces prétendus antiracistes qui classent le monde en fonction du taux de mélanine, de ces multiculturalistes qui rêvent d’un monde où se juxtaposent les entre-soi haineux ; c’est celui des coups de boutoirs portés constamment contre le droit, la loi et l’égalité des citoyens par les « accommodements raisonnables » et les intrusions du religieux dans le politique ; c’est celui de ces gamins qui s’enferment dans des identités fantasmées sur fond d’inculture et d’influences criminelles…
Avec une impeccable fermeté, qualité qui devient bien rare, Fatiha Boudjahlat dresse à la fois un tableau lucide et un réquisitoire sans appel. Comme quoi, il y a encore de grands républicains.

Où j’ai laissé un marque-page

Le chapitre consacré au féminisme et aux femmes est tout simplement remarquable : il rend un bel hommage à l’égalité et à la liberté en montrant qui sont les véritables ennemis des femmes et de leurs droits.

Un extrait pour méditer

L’identité, quand elle se construit, est individuelle, évolutive, multiple, apaisée, pourquoi pas heureuse. Elle ne se reçoit pas par le sang, elle ne s’impose pas par la contrainte, elle n’est ni communautaire ni collective, encore moins religieuse. On n’est pas heureux quand on est enrôlé dans une guerre contre le pays dans lequel on a grandi. Les islamo-gauchistes et les identitaires posent cette alternative : aimer la France, c’est trahir les siens et ce que l’on est. Comme dans le cas de Salomon, la justice réclame qu’on se débarrasse de celui qui impose une alternative, piège de la pensée. L’identité religieuse n’est pas l’identité première ou irréductible d’un individu. On ne trahit personne en aimant la France et la République. Le Parti des indigènes de la République décrit, lors de son congrès fondateur, la République française comme « un système politique, idéologique et social basé sur les inégalités raciales au sein de l’Hexagone, à l’encontre de l’immigration coloniale et de ses enfants et plus spécifiquement des Noirs, des Arabes et des musulmans ».

Alors qui est le plus raciste ? De nos jours, c’est celui qui somme les enfants d’immigrés de revenir à une prétendue origine, celle que la religion leur octroierait, pour peu qu’elle soit pratiquée de manière radicale. Le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de la communauté ethnique où il assigne l’autre à résidence. Le raciste est celui qui empêche les autres de vivre de façon heureuse et libre ici. Le raciste interdit ou criminalise l’émancipation, c’est-à-dire l’autonomie. Il y a un racisme des prétendus antiracistes, fait de condescendance et d’injonction. Ce faisant, ils sont les architectes d’un piège qui parque les enfants d’immigrés.

Cincinnatus, 29 janvier 2018


[1] Autrice, elle aussi, d’un très bon ouvrage sur les mêmes thèmes, Silence coupable dont j’avais parlé il y a quelque temps.

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