L’imposture EELV

Bien que la victoire en trompe-l’œil d’Europe Écologie – Les Verts aux dernières municipales eût comme un air de déjà-vu qui mériterait à lui seul bien des développements [1], plutôt que de s’attarder à pérorer davantage sur l’écume électorale, il me paraît plus judicieux de s’intéresser au positionnement de ce parti dans le débat public, à ses actions et à son substrat idéologique. Autrement dit : de quoi EELV est-il vraiment le nom ? Et de ce point de vue, il me semble que la réponse devrait être : celui d’une sinistre imposture faisant de ce parti un ennemi de la République et même, paradoxalement, de l’environnement.

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Il n’y a aucune évidence à l’existence d’un parti fondé sur l’alibi écologique, aussi sympathique puisse-t-elle paraître de prime abord par la prise de conscience qu’elle devrait impliquer chez les citoyens quant à l’urgence critique de ces questions. En effet, cette criticité-même oblige plutôt chaque parti à l’intégrer dans sa réflexion et à proposer des réponses, à défaut de solutions, cohérentes avec l’ensemble de son corpus idéologique [2]. Face à l’ampleur du danger multiforme et omniprésent qui pèse sur l’homme et son environnement, le simplisme est une faute. Aucun parti politique ne peut donc prétendre s’arroger un quelconque monopole dans le domaine.

C’est pourtant exactement ce que fait EELV depuis sa naissance en confisquant brutalement la cause écologiste dans le champ politique. Il usurpe une légitimité fausse sur les solutions à apporter à la crise écologique en général et climatique en particulier. Parce qu’ils se présentent comme LE parti écologiste, ses représentants détiendraient LA vérité et leurs propositions seraient LES solutions à appliquer, interdisant tout débat public, toute confrontation de points de vue sur les choix politiques possibles. Or il y a d’autres manières d’aborder ces questions, qui peuvent et doivent être discutées : on peut être sincèrement écolo et en désaccord profond avec EELV… d’autant que les propositions des Verts sont elles-mêmes souvent loin d’être convaincantes !

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Passons rapidement sur les caricatures d’écolos des villes, ces précieux ridicules qui allient l’arrogance à l’incompétence et se félicitent de rendre chaque jour les villes moins vivables pour ceux qui ont le toupet de ne point leur ressembler [3]. Rappelons-leur seulement que l’écologie, ce ne sont pas des plantes en pot place du Panthéon ni des « carrés de végétalisation » servant de lieu d’aisance pour les chiens et les avinés, et qu’on ne sauve pas la planète en faisant pipi sous la douche ni en installant un lombricomposteur. Certes, tout cela peut parfois être bel et bon, je le reconnais volontiers !, mais si le syndrome du colibri séduit tant, c’est parce qu’il permet de se donner bonne conscience à peu de frais, qu’il relève d’un farouche individualisme bien dans l’air du temps et qu’il excuse généreusement toutes les renonciations politiques.

Or, en matière d’environnement peut-être plus encore qu’en d’autres domaines, il s’agit avant tout de prendre des décisions politiques, au sens le plus fort du terme, et de les assumer. Il n’existe là aucune solution évidente, aucune option miraculeuse : tout choix entraîne nécessairement des effets néfastes pour l’environnement, et c’est en conscience qu’il faut être capable d’arbitrer. C’est pourquoi la pensée manichéenne d’EELV se montre aussi néfaste. Prétendre, par exemple, qu’en matière d’énergie le nucléaire c’est MAL et que l’éolien ou le solaire c’est BIEN est aussi stupide et ridicule que les exemples cités précédemment. Un minimum d’honnêteté intellectuelle commande au contraire d’expliquer qu’il n’existe pas d’« énergie propre » : toutes les sources d’énergie utilisées par l’homme provoquent des pollutions et détruisent l’environnement, nous sommes donc condamnés à réduire autant que possible le recours au très sale (énergies fossiles) et à trouver un équilibre insatisfaisant mais nécessaire entre les différentes sources sales (tout le reste) [4].

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Loin d’être anecdotiques, ces quelques exemples viennent de ce que les élus EELV ne possèdent en général aucune compétence scientifique en matière d’environnement, seulement des préjugés et des fantasmes délirants. Ils ont, pour la plupart, autant de connaissances scientifiques qu’un mauvais élève de CM2. Il est regrettable que ce parti fasse ainsi plus de mal à l’écologie que tous les autres réunis, l’alliance mortifère entre arrogance et inculture scientifique conduisant aux pires désastres. La promotion de l’écologie ne doit pas être synonyme de charlatanisme et d’obscurantisme [5] ! Beaucoup de responsables d’EELV, hélas !, sombrent cependant dans la pensée magique, voire le complotisme, et deviennent les ennemis assumés de la science et de la raison. Il n’y a qu’à écouter les discours hallucinés d’élus comme Michèle Rivasi, connue pour ses positions contre les vaccins et pour l’homéopathie. La lutte contre les lobbies, y compris pharmaceutiques, doit être menée avec force et vigueur, elle nécessite un courage et une rigueur sans faille ; mais elle se dévoie et perd toute crédibilité lorsqu’elle vire au conspirationnisme de bas étage et en vient à mettre en danger la vie des gens par la propagation de mensonges éhontés et de stupides fariboles.

Mais peu importe à ces moines-soldats : intimement convaincus du bien-fondé de leur cause – qui est tout à fait juste et que je partage très sincèrement –, ils basculent dans un fanatisme tout religieux, au point de se délecter de la mise en scène d’un dolorisme plus spectaculaire qu’efficace – ce qui est nettement moins juste et que je ne partage pas du tout. La jouissance dans la souffrance, censée, comme dans toute religion, distinguer les purs des impurs, devient un but en soi. Forts de cette mentalité de talibans, ils ne connaissent que la culpabilisation, confondent explication et expiation et préfèrent les anathèmes aux analyses. Leur aveuglement sectaire les conduit à lutter contre des pauvres gens par idéologie plutôt que contre la pollution par conviction. Le plus effrayant demeure sans doute que tout cela se fait dans l’affirmation, souvent sincère, d’une pureté morale fantasmatique qui les conduit à investir tous les sujets avec la même violence, la même assurance autiste. La confusion entre générosité et conviction de pureté est la base de tous les fondamentalismes et de toutes les croisades.

Persuadés d’incarner le camp du Bien© et d’être les sauveurs de la planète, ils parodient Carl Schmitt, qu’ils n’ont sans doute pas lu, en découpant le monde entre amis et ennemis, gentils et méchants… comportements puérils à peine dignes d’une cour de récréation. Cette maladie infantile dure toutefois depuis des décennies et il serait malvenu de ne la diagnostiquer que chez les nouvelles générations de dirigeants (et trop souvent de militants) d’EELV. Comme une malédiction, ce parti semble n’être jamais sorti de l’adolescence. Composé par et pour des enfants capricieux et mégalomanes, il singe ce qu’il y a de pire dans tous les autres partis, en se faisant une règle de les dépasser dans le détestable. Ainsi, notamment, des étripages internes et autres assassinats politiques entre camarades : les règlements de comptes entre cadres écolos, les retournements de vestes, les tripatouillages d’élections internes, les curées, renoncements et prostitutions pour maroquin ministériel n’ont rien à envier aux pires épurations solfériniennes et renvoient à l’amateurisme les errements des partis post-gaullistes… cocasse, venant d’un parti qui passe son temps à répéter qu’il « fait de la politique autrement » !

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Parti d’adolescents mal grandis, les Verts devenus EELV ont toujours surjoué la révolte branchouille et le spectacle grandguignolesque. D’où leurs provocations régulières contre les symboles de la République, qu’ils abhorrent : drapeau tricolore, Marseillaise… sans se rendre compte que leur inculture historique et politique crasse les fait cracher sur des symboles révolutionnaires ! De même s’enthousiasment-ils à chaque nouveau démantèlement de l’État-nation et des services publics, sous les sourires narquois des néolibéraux dont ils sont les meilleurs alliés. Crétins ou tartuffes, il n’y a qu’à observer les votes des élus EELV au Parlement européen pour comprendre combien les pseudo-libertaires sont en réalités les plus zélés agents du néolibéralisme.

Plus grave encore, sans aucune honte et avec une morgue ahurissante, un parti politique prétendument de gauche en vient à militer activement contre la laïcité, pour la ségrégation ethnique, pour la séparation des hommes et des femmes. Burkini, horaires spécifiques pour les femmes dans les piscines municipales, élues voilées comme à Strasbourg, défense de mouvements ouvertement islamistes, accréditation et propagande de thèses racialistes… autant de provocations approuvées et encouragées par EELV. Ses alliances assumées avec les pires mouvements racistes, indigénistes, islamistes font entrer des criminels au cœur du système politique français. En renforçant son positionnement dans le paysage politique, et alors même que la cause dont il se sert d’alibi, l’environnement, doit être traitée avec le plus grand sérieux, EELV est ainsi en passe de réussir l’exploit de détrôner le RN au palmarès des partis politiques les plus dangereux pour la République !

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Les trahisons de ce parti sont d’autant plus douloureuses lorsqu’on est soi-même convaincu de l’importance critique des enjeux environnementaux et climatiques. Si j’avoue une réelle sympathie pour beaucoup de militants sincères qui ont adhéré à EELV pour des convictions que je partage, ma colère n’en est que plus grande devant les mensonges, les impostures et les comportements inadmissibles et antirépublicains dont ce parti se rend coupable.

Cincinnatus, 7 septembre 2020


[1] Cycliquement, les Verts, sous une dénomination ou une autre, obtiennent de bons résultats (selon leurs propres critères) à une élection, sur fond de déroute des autres partis et d’abstention record (peu étonnant, donc, que ce soit aux européennes, régionales ou municipales qu’ils brillent alors qu’ils se vautrent lamentablement aux présidentielles et législatives qui suivent… sauf accord d’appareil avec le PS, qui ne répond en général qu’à des stratégies solfériniennes).
À chaque fois, on fait mine de s’étonner de cette « percée historique » pour mieux vendre du papier et de la minute d’antenne.
À chaque fois, les dirigeants écolos se rengorgent et annoncent la venue du Grand Soir Écologiste en rêvant tout haut à l’Élysée.
À chaque fois, l’été passe et les bouffées délirantes trouvent d’autres exutoires.
« Mais là ils ont pris plusieurs grandes villes ! C’est historique ! »
Mouais : pour les mémoires courtes, l’appellation actuelle « Europe Écologie – les Verts » a été adoptée pour des élections européennes auxquelles le trio Daniel Cohn-Bendit + Eva Joly + José Bové avait aussi réalisé un « score historique »… on a vu ce que ça a donné tant au Parlement européen qu’aux élections suivantes : pas franchement historique.

[2] Que l’on soit d’accord ou non avec les propositions avancées, il faut reconnaître qu’à cet égard le travail programmatique de La France Insoumise pour les élections de 2017, présenté dans l’opuscule L’Avenir en commun, offrait un ensemble intéressant : peu de partis sont allés aussi loin pour proposer une vision du monde, de l’homme et de la société qui intègre à ce point les dimensions politique, économique, sociale et écologique.

[3] Entre autres : les un-peu-plus-vieux et les très-jeunes, les cacochymes et les valétudinaires, les malades et les douloureux, les bancroches et les handicapés, les blessés et les fatigués, les ouvriers et les artisans, les parents-à-poussettes et les piétons-à-pieds, les incompétents-de-la-bicyclette et les allergiques-de-la-trottinette, les vrais-ruraux et les périurbains-subis, les illettrés-du-numérique et les incapables-des-gadgets-technologiques, les pauvres et les miséreux, les accidentés-de-la vie et les oubliés-du-monde… (liste non exhaustive et non contractuelle) : en un mot, tous ces fichus losers qui ne peuvent pas se payer le luxe de vivre la même vie que ces brillants esprits d’EELV.

[4] Voir sur ce sujet précis mon billet : Écologie : de l’apocalypse à la pensée magique.

[5] Or, on mélange tout : science, magie, appât du gain… Par exemple, le bio (et, plus largement, toutes les expérimentations visant à sortir du modèle d’agriculture intensive aussi néfaste pour l’environnement que pour la santé) démontre une démarche très positive. Toutefois, comme à leur habitude, les pharisiens de toutes espèces s’en emparent et profitent de l’opacité du système et de l’aura qui entoure le bio auprès des consommateurs pour s’y installer et faire côtoyer le moins ragoûtant et le meilleur. Pire encore, à la rapacité et à l’escroquerie marchande se surajoute l’obscurantisme quand on amalgame, sciemment ou non, le bio à la biodynamie issue des délires sectaires de l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Rien de scientifique là-dedans, seulement de la superstition et de la machine à pognon pour ceux qui profitent des peurs légitimes des consommateurs et font du business en bernant les gogos bobos.

8 réflexions sur “L’imposture EELV

  1. Mais encore ? Écrire « les militants d’EELV sont en majorité des blaireaux » nous aurait moins fait perdre notre temps que pondre tout ce fatras d’injures et d’OPA conceptuelles.

    L’argument n’est la conclusion.

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    • Bonjour,
      Pourquoi aurais-je écrit cela, alors que je ne le pense pas… permettez que j’écrive ce que je souhaite et non sous votre dictée. Pour ce qui est des « injures », il n’y en a aucune : dommage que vous ne connaissiez pas la signification du mot « pamphlet ». Quant à votre temps perdu, je ne vous ai jamais obligé à me lire.
      Difficile, enfin, de répondre à votre dernière phrase quelque peu obscure.
      Cincinnatus

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