Que sont les combats féministes devenus ?

Le féminisme sombre sous les yeux incrédules des défenseurs de l’égalité des droits et des sexes. Les tentatives de faire passer cette crise pour une évolution et une sorte de mise à jour du féminisme à la modernité ne sont que supercheries. Il ne s’agit en rien d’une opposition entre Anciens et Modernes mais bien de visions du monde antinomiques. Aux générations d’universalistes, hommes et femmes, qui luttaient pour la liberté, l’égalité et la fraternité pour tous les individus, quel que soit leur sexe, succèdent des « néoféministes » aux cerveaux farcis d’idéologies importées des campus anglo-saxons. « Intersectionnelles » contre universalistes : dans cette guerre interne aux mouvements féministes, ce sont toutes les femmes qui sortent perdantes à mesure que les premières l’emportent sur les secondes.

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Les féministes historiques façon Elisabeth Badinter ou feue Gisèle Halimi appartiennent à une génération dont les combats passés ont obtenu de nombreux succès. À tel point qu’ils paraissent incompréhensibles à beaucoup aujourd’hui, pour qui le vote, le divorce, l’héritage, la contraception, l’avortement et tant d’autres droits sont devenus des évidences. Triste amnésie d’enfants gâtés dont les cris étouffent les voix de ceux qui veulent poursuivre dans la direction indiquée par leurs aînés [1] ! Car, heureusement, il n’y a pas (encore) d’unanimité chez les jeunes féministes pour la rupture intersectionnelle… même si ce sont ces discours-ci qui monopolisent actuellement le débat public, avec des méthodes, des slogans et surtout des objectifs qui appartiennent bien plus au gauchisme états-unien qu’à la tradition féministe française.

En effet, les combats à leur ordre du jour ne pourraient être plus éloignés de l’universalisme tant ils promeuvent le séparatisme sous toutes ses formes. Écriture dite inclusive qui allie idéologie et inculture au service d’une instrumentalisation excluante de la langue [2] ; négation agressive de la réalité biologique afin de faire passer pour femmes des hommes et réciproquement, au nom d’une lecture fumeuse des controversées « gender studies » [3] ; destruction systématique de tout ce qui fait l’élégante subtilité des rapports humains ; volonté d’instauration d’une guerre des sexes qui repose sur une misandrie idéologique, véritable haine du mâle, transformé en ennemi à éradiquer, tout homme étant considéré comme un violeur par nature [4], etc. etc. Tout cela, au son de l’assourdissante musique victimaire qui, confisquant toute légitimité en tant que camp du Bien©, ne tolère que l’entre-soi de la « non-mixité », censure les opinions divergentes et s’impose à coup de sophismes comme autant de coups de marteau [5]. La terreur intellectuelle dans toute sa splendeur !

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Et pourtant, comment ne pas remarquer combien l’intransigeance de ces néoféministes disparaît lorsque change le mâle ? Pourquoi Polanski et Girard mais pas Ramadan ni Traoré ? Voilà pour les deux derniers une bienveillance apparemment incompréhensible ! De même, pourquoi un tel silence lorsqu’ont éclaté les scandales de Roterham et Telford où des centaines de jeunes filles issues de milieux défavorisés de ces villes anglaises ont été violées et prostituées par des gangs mafieux ? Ou quand plus de mille femmes ont été agressées dans plusieurs villes allemandes dans la nuit du nouvel an 2016 ? Ou encore à chaque fois que des femmes crient leur peur dans certains quartiers parisiens visiblement peu fréquentés par nos néoféministes ? Pour ce dernier exemple, on se doit d’être juste : l’inénarrable Caroline de Haas a proposé qu’on élargisse les trottoirs pour éviter aux femmes d’être agressées dans le quartier de La Chapelle – on conviendra que voilà une réponse à la hauteur du problème !

Plus sérieusement, quel est donc le point commun de ces aveuglements ? En Angleterre, les gangs sont pakistanais ; en Allemagne, les bandes sont composées d’immigrés clandestins ; à La Chapelle, aussi, les « coupables » appartiennent tous à cette nouvelle catégorie des « racisés », autrement dit les « nouveaux damnés de la Terre » auxquels rien ne saurait être reproché parce que victimes par essence. Deux poids, deux mesures ? Pas vraiment puisque la cohérence des discours n’est pas à rechercher du côté de l’égalité et du droit mais de celui de la diversité et de la moraline. Tout le propos des intersectionnels consiste en une tentative de convergence des luttes qui révèle son hypocrisie quand, devant la contradiction, c’est toujours la cause des femmes qui s’efface au profit de la nouvelle hiérarchie des races. La stratégie des nouveaux racistes est un succès : leur entrisme au sein des mouvements « de gauche » a réussi à convertir les projets d’émancipation en entreprises d’asservissement.

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Pour preuve de ces liaisons contre-nature entre féminisme et indigénisme, les nombreuses « marches » et manifestations mélangeant allègrement associations de défense des femmes et groupuscules militants des orthodoxies islamiques. Comment peut-on se dire féministe et encourager le port du voile ? Les tartuffes qui prétendent y défendre la « liberté des femmes de se vêtir comme elles le veulent » n’ont aucun mot pour les Iraniennes qui risquent leur vie en l’enlevant. Alors, puisqu’il ne faut jamais cesser de le dire et de le redire, répétons-le encore ici : le voile n’est pas un « vêtement » anodin. Il n’est pas non plus un symbole culturel, ni même un symbole religieux (nulle part dans le coran il n’en est question).

C’est d’abord et avant tout un symbole politique, étendard d’une idéologie qui prétend que la femme est inférieure à l’homme, que son corps est impur et doit être caché pour ne pas provoquer la concupiscence des hommes, et qu’elle doit être marquée publiquement par sa tenue afin de la réserver aux seuls hommes de sa communauté, comme on marquerait un cheptel humain. Il est un outil puissant de propagande dans le cadre d’une stratégie d’expansion et d’intimidation par les courants les plus rigoristes de l’islam – salafistes et frères musulmans en tête.
Expansion parce que son imposition est la première étape, décisive, à laquelle succèdent des revendications de plus en plus exorbitantes, portées dans l’espace public par des associations faussement féministes mais vraiment islamistes [6] : burkini, horaires réservés pour les femmes dans les piscines municipales, cours de sport spécifiques pour les filles, non-mixité dans les transports et les lieux publics… autant de provocations visant toujours la mixité pour mieux séparer les femmes des hommes.
Intimidation parce que partout où son port se développe et s’amplifie, il devient de plus en plus difficile puis, à partir d’un certain stade, impossible de s’y soustraire pour les femmes qui ne veulent pas s’y assujettir. Sous la pression tant de celles qui l’adoptent que des hommes qui embrassent avec elles le fanatisme religieux d’une interprétation aujourd’hui dominante de l’islam, elles se voient contraintes de choisir entre les deux seuls statuts qui s’offrent à elles : la femme pudique voilée ou la putain tête nue – autrement dit, la soumission ou le viol.

Il ne s’agit donc pas, avec le voile, de débattre de la liberté de porter ce que l’on souhaite mais bien de combattre le symbole d’une idéologie en tous points contraire aux principes qui fondent notre Constitution, notre culture et notre civilisation ; le symbole d’une idéologie qui réclame l’abolition de la raison et du politique au profit de l’obscurantisme et de la superstition ; le symbole d’une idéologie qui a fait des centaines de morts en France ces dernières années ; le symbole d’une idéologie actuellement responsable des pires massacres dans le monde ; le symbole d’une idéologie moteur d’États et de mouvements étrangers dont l’objectif explicite est non seulement notre destruction mais la mort en soi, à laquelle ils vouent un culte abominable. Le voile n’a rien d’anecdotique : il est l’affirmation volontaire de cet antihumanisme violent qui déteste l’humain en général et la femme en particulier ; s’en revêtir, c’est s’en faire le héraut. Tout mouvement prétendument féministe qui ne combat pas ouvertement le voile n’est donc que trahison et scélératesse.

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Le féminisme est universaliste ou bien il n’est pas. C’est pourquoi, afin de faire progresser la liberté, l’égalité et la fraternité entre tous les individus, entre tous les citoyens, hommes et femmes réunis au service de l’édification d’un monde commun, on me trouvera toujours aux côtés des vrais féministes auxquels mon soutien inconditionnel est assuré.

Cincinnatus, 14 septembre 2020


[1] Outre les droits conquis qui restent toujours menacés, comme en témoignent entre autres les exemples turcs, polonais, espagnols… et français, les vrais combats féministes encore à mener demeurent nombreux : égalité professionnelle (notamment salariale), mutilations génitales, prostitution, pornographie, etc. etc. Le spectacle intersectionnel a donc aussi pour but inavoué de chavirer le féminisme sur les esquifs de la diversion et du divertissement.

[2] Voir à ce sujet l’excellent dossier réalisé par la philosophe Catherine Kintzler sur son blog.

[3] Cette haine du biologique n’a rien d’anodin et ses conséquences sont désastreuses d’abord et avant tout pour les femmes, comme le montrent trop de faits divers et d’accusations fallacieuses de « transphobie » envers toute personne osant rappeler les évidences de la biologie. Bien entendu, la haine et les violences à l’égard des transgenres et transsexuels doivent être combattues avec la plus grande force mais le basculement de certains militants dans un tel délire idéologique ne souffre aucune excuse.

[4] Les élucubrations d’Alice Coffin, conseillère de Paris EELV, ne doivent pas être entendues comme des bouffées délirantes. L’erreur de la psychologisation détourne l’analyse du registre véritable auquel elles appartiennent : l’idéologie. Alice Coffin n’est pas une anecdote irritante, elle est l’incarnation d’une Weltanschauung. Voir le billet que lui a consacré le blog féministe universaliste les VigilantEs : Alice Coffin n’est pas une VigilantE.

[5] Le principal d’entre eux : le « sophisme des concernés », en vertu duquel seules ont le droit de s’exprimer les autoproclamées victimes. Pour mieux comprendre les ressorts fascisants d’une telle rhétorique, voir le billet « Ta gueule, t’es pas concerné ! ».

[6] Voir en particulier le très efficace travail de sape mené par l’association Lallab, dont la liste des soutiens politiques montre bien la veulerie et le clientélisme d’une classe dirigeante prête à toutes les compromissions.

3 réflexions sur “Que sont les combats féministes devenus ?

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