Ces incultes qui nous gouvernent

Quel chemin parcouru, génération après génération, dans ce qui ressemble à une course au vulgaire. Sans remonter jusqu’à des temps mythologiques, contentons-nous d’observer cette increvable Ve République et ses monarques successifs. Le Général, homme de plume et d’épée, le normalien banquier-poète Pompidou, le lettré florentin Mitterrand et même l’ingénieur Giscard ou le faussement grossier Chirac qui préférait cacher sa passion des cultures dans sa part d’intime : chacun à sa manière a chéri la culture. Une anecdote amusante : je me suis récemment prêté avec un plaisir pervers à une drôle d’activité – revoir l’ensemble des débats d’entre-deux-tours des élections présidentielles depuis que ce rituel médiatique existe. Ces hommes pouvaient bien s’affronter sur tous les sujets, un consensus les frappait d’évidence : quelles que fussent les économies à promettre, incontinents, pour se faire élire, tous s’accordaient à ne pas toucher aux budgets de l’éducation ni à diminuer le nombre des enseignants. Saine lucidité ! Lire la suite

Apologie du blockbuster

On a tous des petits plaisirs coupables. Je le confesse : j’aime à sacrifier régulièrement aux divertissements de masse, tout particulièrement en matière cinéphilique[1]. Comme quoi, on peut se revendiquer esthète et apprécier les grosses productions qui tachent[2]. Allez, petite analyse peu sérieuse du phénomène en trois degrés de lecture. Lire la suite

À la découverte de l’art brut

L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle.
Jean Dubuffet, 1960

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Palais idéal du Facteur Cheval

J’ai eu la chance de visiter, il y a quelques semaines, la très belle Collection de l’art brut de Lausanne. En-dehors du Palais idéal du Facteur Cheval ou des Rochers sculptés de Rothéneuf, je n’étais guère familier de cet univers que je n’avais jusqu’alors abordé que de manière théorique et distante. Lire la suite

La sculpture de Rodin

Après Pierre Soulages il y a quelques mois, plongée dans l’univers d’un autre immense artiste qui me chavire : Auguste Rodin.

La Porte de l'Enfer

La Porte de l’enfer / © Musée Rodin – Photo : Christian Baraja

Le musée Rodin, auquel je porte depuis longtemps une affection particulière, a rouvert en novembre dernier. J’ai enfin pu découvrir, au mois de mars, les transformations opérées. Inutile de gloser sur la réorganisation catastrophique de l’accueil qui fait se croiser de manière absurde entrants et sortants, individuels et groupes, visiteurs munis de billets coupe-file et pauvres hères devant patienter pendant un temps interminable pour acheter leur ticket d’entrée à des caisses sous-dimensionnées… bref, ce n’est assurément pas là une réussite, loin s’en faut. De même, je ne souhaite pas m’appesantir sur la rénovation elle-même ni sur le nouveau parcours qui valent ce qu’ils valent et dont je me fiche un peu.
Ce qui m’intéresse, c’est Rodin. Lire la suite

Visite au musée Soulages

Pour une fois, je ne vais pas parler politique ni philo (enfin un peu quand même). Petite récréation estivale et culturelle au pays du Rouergue.

De passage quelques jours en Aveyron cet été, je me devais de visiter le musée consacré à Pierre Soulages à Rodez. Grand admirateur de l’artiste, je ne manque jamais de monter me ressourcer dans les salles qui lui sont consacrées au musée Fabre de Montpellier.

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Quand le théâtre nous rend humains

Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, fais place à la nuit !
Comètes, qui annoncez les révolutions dans les siècles et les États,
Brandissez dans le firmament vos tresses de cristal,
Pour en fouetter les mauvaises étoiles rebelles
(Shakespeare, Henry VI)

*

J’ai eu la chance d’assister en peu de temps à deux spectacles particulièrement réussis. Tout semble les opposer sauf l’essentiel : ils incarnent tous les deux ce qui rend le théâtre nécessaire à l’homme.

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Je n’aime pas les films de Christopher Nolan

Avertissements : des spoilers peuvent se cacher dans ce billet. Rien de bien méchant mais je préfère prévenir.
Oh ! Et puis certains passages supposent une certaine familiarité avec le cinéma de Nolan.
Ah ! Et puis aucun épis de maïs n’a été blessé pendant la rédaction de ce billet : on n’est pas chez Faulkner, non plus !
Voilà, c’est tout pour les avertissements, on peut commencer.

J’ai découvert Nolan avec Memento que j’avais trouvé à la fois malin et séduisant. Malin dans l’idée et la construction, séduisant dans l’esthétique. Ses films suivants ont confirmé ce jugement : Nolan est un réalisateur talentueux, brillant même. Il maîtrise la technique et la narration. Il sait construire à chaque fois un univers à l’esthétique recherchée et à l’ambiance convaincante. Ses films sont diablement séduisants.

Et pourtant, je ne les aime pas.

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