La manipulation des esprits

Billet écrit avant l’épidémie et le confinement.

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J’appelle « société de provocation » toute société d’abondance et en expansion économique qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu’elle provoque à l’assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu’elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit.

(Romain Gary, Chien blanc)

1. Publicité

Que dirait, de notre société, ce grand humaniste ? Sa « société de la provocation » a enfanté un monstre plus effrayant encore : une société de l’obscène et de la manipulation. Lire la suite

De l’anonymat et du pseudonymat en ligne

L’anonymat sur les réseaux sociaux n’existe pas. On s’y présente toujours sous une apparence choisie, sous une identité réelle ou d’emprunt. Le pseudonyme n’est pas un anonymat, il porte en lui un sens, un imaginaire et une volonté. Il affirme un message avant même toute prise de parole sur ces scènes publiques, à la manière du costume revêtu pour se présenter à la lumière de l’espace public réel. Son choix ne peut être neutre parce qu’il est en soi un acte de monstration et de démonstration. Mais le masque du pseudonyme est un Janus bifront, source simultanée de liberté et d’irresponsabilité dont la puissance de dissimulation et de révélation excite les désirs de censure. Lire la suite

La société de l’obscène

L’ignoble est devenu la règle. Images des incendies australiens, vidéos tournées clandestinement dans des abattoirs ou des élevages intensifs [1], matraquage de scènes d’humiliations d’individus ou de massacres de populations entières… le chapelet d’ignominies s’égrène sur tous les écrans dans une juxtaposition clipesque aux effets narcotiques. La diffusion continue d’images atroces de souffrance, d’actes odieux commis contre l’homme, le vivant ou la planète dévoile ce que chacun fait mine d’ignorer et s’empresse d’oublier. Alors que nous devrions tous trembler d’effroi et ostraciser les coupables hors de la société des hommes, les réactions effarouchées de l’instant laissent aussitôt la place à l’émotion suivante. Lire la suite

L’astre mort de la discussion

 

Tout ce qui est excessif est insignifiant

(Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord)

Recuite à toutes les sauces les plus indigestes, la citation de Talleyrand exprime l’aversion tant pour l’outrecuidance que pour la discussion. Ainsi le pamphlet meurt-il de l’indigence intellectuelle et rhétorique contemporaine. Cette tradition à laquelle les plus grands se sont prêtés avec une joie gourmande ne peut qu’insupporter notre époque incapable de second degré. L’ironie, la finesse d’esprit, mises au service d’un discours volontairement démesuré, ne supportent pas la bêtise ambiante. Parce que tel est le principe du pamphlet : élever le discours à la puissance de l’outrance pour dévoiler l’obscène du réel. Mais toujours avec esprit ; et, pour les plus talentueux, un humour féroce et assassin. Aujourd’hui, Voltaire grillerait sur un bûcher facebookien ; Desproges serait crucifié. Lire la suite

Réseaux sociaux : la censure Godwin

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.
Mike Godwin, 1990

Sur les réseaux sociaux de la fin des années 2010, en général, « dure longtemps » équivaut à deux fois 280 caractères, soit un simple aller-retour. Lire la suite

Éphémères icônes du buzz médiatique

bosch-hell

Vaccins, Catalogne, glyphosate, Trump et la Corée du nord, Luxleaks, Hanouna et les homosexuels, Macron en Afrique, Mélenchon et le Venezuela, Panama papers, mort de Jean d’Ormesson effacée dès le lendemain par celle de Johnny Halliday, Hanouna et les femmes, Trump et la Russie, Trump et Jérusalem, Paradise papers, tweet crétin d’un milliardaire joueur de baballe… tout dans le désordre et puis j’ai arrêté de noter. Demain ? Morts de Bardot, Delon et Chirac, scandale financier international sur fond de fraude fiscale, Trump et X, nouvelle saloperie hanounesque…

Trop d’inévénements quotidiens, trop d’écume. Lire la suite

Mélenchon, le Venezuela et les journalistes

FRANCE-POLITICS-MEDIA-LFI

Crédit : Christophe Archambault / AFP

La semaine dernière, une séquence de l’émission de téléréalité débat politique du service public a fait couler beaucoup d’encre. Ennemis comme amis de Jean-Luc Mélenchon se sont délectés de l’entendre, encore une fois, interrogé sur le Venezuela. L’extrait en lui-même ne m’intéresse guère que par ce qu’il révèle de plus profond. Lire la suite

Sondages : une cure de désintox, vite !

FUMEUR D'OPIUM

Salle de rédaction recevant les sondages quotidiens


Sommaire
1. Une drogue médiatique
2. Dis, Cinci, l’opinion publique, c’est quoi ?
3. Petits éléments de critique des sondages à l’usage des citoyens qui en ont marre qu’on prétende parler à leur place
4. L’art (pas toujours) discret de la manipulation… et son efficace
5. Prophylaxie


1. Une drogue médiatique

Nous sommes des junkies des sondages. Tous les jours, plusieurs fois par jour, nous réclamons notre dose aux médias qui se comportent à la fois comme principaux dealers et comme plus gros consommateurs de cette drogue dure. Nous ne pouvons plus voir la réalité qu’à travers l’hallucination de ces psychotropes. Du fait divers le plus anodin jusqu’à l’élection majeure de notre système politique, il n’existe plus un seul événement, plus un seul fait social, économique ou politique, qui ne doive être « éclairé » par une multitude d’enquêtes réalisées avant, pendant et après sa survenue dans l’espace médiatique. La vérité se cache à nos yeux, seuls les chiffres exprimés en pourcentages de sondés peuvent la révéler. Lire la suite

Le débat public au piège des médias de masse

 

Citoyens,

C’est avec humilité et colère que je me présente aujourd’hui devant vous, en simple serviteur de l’intérêt général. Ardent défenseur de la liberté de la presse, je dois élever la voix pour accuser les médias de masse de quatre crimes commis à la fois contre la nation que vous incarnez, et contre l’éthique journalistique qui devrait présider à leur action. Lire la suite