Comment la recherche meurt de la technocratie et du management

L’entreprise idéologique de destruction des services publics prend, depuis plusieurs années, le visage grimaçant du « new public management » qui prétend importer dans le public les méthodes qui ont fait dans le privé les preuves de leur inefficacité et de leur violence. Les services publics n’en meurent pas tous, mais tous sont touchés… la recherche comprise [1] [2]. Le travail des chercheurs est absorbé par l’augmentation continue des tâches administratives pour lesquelles les personnels compétents et formés subissent une drastique diminution des postes. Dans les centres de recherche, les lourdeurs administratives croissent exponentiellement alors que sont virés ceux qui sont censés les accomplir… le boulot retombe donc sur les épaules des chercheurs dont ce n’est pas le métier. Lire la suite

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Malaise dans la représentation : 6. Pouvoir

Où se trouve le pouvoir politique ? ou plutôt : comment celui-ci se distribue-t-il vraiment entre les trois « pouvoirs » classiques que l’on apprend dès l’école – le législatif, l’exécutif et le judiciaire – et quelles relations ont-ils entre eux ? Le cliché éculé de la séparation des pouvoirs comme fondement de notre démocratie ne résiste pas longtemps à l’examen de l’actualité… d’autant qu’à trop se rengorger de ce concept – comme tant d’autres depuis longtemps vidés de leur substance, hélas ! –, on ne sait même plus ce qu’il signifie. Lire la suite

Malaise dans la représentation : 5. Élection

Parce que la forme contemporaine de démocratie représentative repose sur l’élection régulière et ritualisée de représentants par les citoyens, le vote tend à s’imposer dans l’imaginaire comme synonyme de démocratie. Or, on ne le répètera jamais assez : la démocratie n’est pas réductible au seul rituel du vote pour des représentants et, réciproquement, l’élection n’appartient pas par essence au seul domaine de la démocratie. Si leur intersection est non-vide, chacun des deux concepts excède ce qu’ils ont en commun et confondre les deux, par malice ou paresse, demeure une faute intellectuelle autant que politique [1]. Lire la suite

Malaise dans la représentation : 4. Engagement

Il y a un peu plus d’un an, alors que le sujet n’était pas encore à la mode, je publiai trois billets consacrés aux errements contemporains de la démocratie représentative, en examinant les notions de compétence, d’identité et de morale. Comme au cinéma, j’ai décidé de prolonger l’histoire avec une nouvelle trilogie. Soyons clair avant d’être repris par des complotistes bas du front : pas question ici de surfer sur la vague de l’actualité et de dézinguer gratuitement la démocratie représentative en tant que telle, au nom de l’illusoire retour à la pureté d’une démocratie directe fantasmée ; mais bien plutôt de pointer les travers actuels de ce système et d’observer comment il est dévoyé, tant par les représentants que par les représentés, afin de légitimer la confiscation du politique par une oligarchie. On commence donc avec cette idée paradoxale pour la démocratie représentative : l’engagement. Lire la suite

Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène. Lire la suite

Colère jaune

Je n’ai que réticences à commenter ici l’actualité « chaude » : « la chouette de Minerve ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit » rappelait Hegel. L’étripage en règle entre les partisans du mouvement des « gilets jaunes » et ses opposants auquel j’assiste depuis plusieurs jours expose moult arguments, plus ou moins convaincants. Quoique je répugne à me jeter dans cette mêlée, il semble que chacun soit sommé de se positionner et de donner son avis : ne reculant devant aucune occasion de me faire des ennemis, à mon tour ! Lire la suite

#Pasdevague

(Ce billet est issu d’un fil publié sur mon compte twitter le 23 octobre 2018, ici réécrit et augmenté, y compris par les commentaires de la principale intéressée : merci à elle !)

Tsunami_by_hokusai_19th_centuryLe mouvement #pasdevague qui fait actuellement le « buzz » me touche particulièrement. Ma mère était prof de math-sciences (mathématiques, physique et chimie) en LEP (lycée d’enseignement professionnel), devenus entretemps LP (lycée professionnel) par l’effet d’une de ces réformes que les (ir)responsables temporaires de la rue de Grenelle se croient obligés de pondre pour marquer l’Histoire de leur empreinte, bien plus intéressés par cette illusion de postérité que par l’écoute des agents de leur administration. Lire la suite