Quelle sécurité ?

On alterne : un attentat terroriste, une séquence de casse urbaine en fin de manifestation, des scènes de guérillas ultraviolentes dans les territoires abandonnés de la République… À chaque fois, la stupeur laisse finalement la place à la résignation. Il n’y a pas vingt ans, le « sentiment d’insécurité » avait fait gloser pendant la campagne de 2002 et chuter le candidat Jospin. À l’époque, on se moquait dans les beaux-quartiers des centres-villes des « peurs irrationnelles » des banlieusards et de la France périphérique, qui ne s’appelait pas encore ainsi. Aujourd’hui, ce « sentiment d’insécurité » imprègne tant les esprits qu’on n’en parle même plus : quand on a la chance de n’être pas contraint de vivre directement cette insécurité quotidienne dans sa chair et sa peur, on se contente d’observer les images sur les écrans démultipliés, comme la nouvelle saison d’une série Netflix. La banalisation de la violence sur fond d’éphémères bouffées d’indignation stérile encourage non seulement le sentiment d’impunité de ses responsables mais également toutes les manipulations idéologiques. Lire la suite

Rénover la fonction publique ? Chiche !

République-française-825x510Nous recevons sans cesse des leçons, à défaut de moyens. Fonctionnaires, nous devons subir chaque jour commentaires et réflexions quand ce ne sont pas tout simplement des insultes gratuites. Chacun prétend savoir mieux que nous comment nous devrions faire nos métiers… alors qu’il ne viendrait à l’esprit de personne d’expliquer à son boulanger comment faire son pain. Que les citoyens aient un avis quant aux services publics, rien de plus normal. En revanche, que nous soyons les boucs émissaires pour tous les maux de la société, non merci. Mêmes les dirigeants politiques, qui s’appuient sur les administrations pour mener leur action, même les ministres qui sont censés protéger les agents de leurs services, n’hésitent pas un instant à nous livrer à la vindicte, à attiser le feu et à nous faire porter le chapeau de tous leurs échecs. Le pire : les élections. À ce moment de la vie démocratique, la course à l’échalote est ouverte à celui qui promettra le plus grand nombre de suppressions de fonctionnaires – entendons bien : pas de « postes de fonctionnaires » mais bien de « fonctionnaires », lapsus extraordinaire qui ne dérange personne, on n’attend plus que la guillotine ou le zyklon B – pour se faire élire en flattant les plus bas instincts des électeurs, trop heureux qu’on tape ainsi comme des sourds sur ces « feignasses de fonctionnaires ».

Et pourtant !

Et pourtant, il y aurait tant à faire pour améliorer réellement les services publics, les administrations, la fonction publique ! Alors, chers éditorialistes planqués, chers politiciens démagogues, chers néolibéraux statophobes, chers oligarques pognonlâtres, chers piliers de comptoir, tous toujours prêts à nous dégueuler dessus votre trop-plein de haine, vous voulez vraiment que les services publics fonctionnent mieux ? Chiche ! Voici quelques exemples très concrets, que je mets gratuitement à la disposition de tous les dirigeants politiques en manque d’idées.


Sommaire :
1. Répondre aux besoins
2. Arrêter le massacre
3. Résoudre les vrais problèmes


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Ma première grève

Pour la première fois, jeudi 9 janvier 2020, j’ai fait grève. Non que l’envie m’en ait manqué auparavant, ayant eu moult occasions et bonnes raisons de participer à d’autre mouvements de protestation contre des mesures gouvernementales iniques ou pour manifester une colère civique à l’encontre d’évolutions qui me semblaient néfastes. Trois raisons m’ont conduit à débuter ainsi l’année, trois écœurements qui ont justifié ce geste symbolique : la réforme des retraites, la destruction des services publics et la politique menée par le pouvoir actuel. Lire la suite

Comment la recherche meurt de la technocratie et du management

L’entreprise idéologique de destruction des services publics prend, depuis plusieurs années, le visage grimaçant du « new public management » qui prétend importer dans le public les méthodes qui ont fait dans le privé les preuves de leur inefficacité et de leur violence. Les services publics n’en meurent pas tous, mais tous sont touchés… la recherche comprise [1] [2]. Le travail des chercheurs est absorbé par l’augmentation continue des tâches administratives pour lesquelles les personnels compétents et formés subissent une drastique diminution des postes. Dans les centres de recherche, les lourdeurs administratives croissent exponentiellement alors que sont virés ceux qui sont censés les accomplir… le boulot retombe donc sur les épaules des chercheurs dont ce n’est pas le métier. Lire la suite

#Pasdevague

(Ce billet est issu d’un fil publié sur mon compte twitter le 23 octobre 2018, ici réécrit et augmenté, y compris par les commentaires de la principale intéressée : merci à elle !)

Tsunami_by_hokusai_19th_centuryLe mouvement #pasdevague qui fait actuellement le « buzz » me touche particulièrement. Ma mère était prof de math-sciences (mathématiques, physique et chimie) en LEP (lycée d’enseignement professionnel), devenus entretemps LP (lycée professionnel) par l’effet d’une de ces réformes que les (ir)responsables temporaires de la rue de Grenelle se croient obligés de pondre pour marquer l’Histoire de leur empreinte, bien plus intéressés par cette illusion de postérité que par l’écoute des agents de leur administration. Lire la suite

L’avarice fiscale

La peste soit de l’avarice, et des avaricieux.
(Molière, L’Avare, Acte I, Scène 3)

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Touche pas au grisbi !

Ceux qui refusent de payer l’impôt ou réclament d’en payer toujours moins ne sont que des traîtres qui cherchent à s’abstraire de la solidarité nationale. L’impôt n’est pas une punition : que ces gamins mal élevés et capricieux cessent donc de se plaindre ! Lire la suite

La vocation de l’école

L’école a pour rôle la transmission des savoirs, instruire.
Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que l’on peut instituer des individus libres. Lire la suite

Trop d’État… ou trop peu ?

Postulant que l’État incarne le principal danger pour les libertés individuelles, les libéraux de gauche comme de droite suspectent toutes ses initiatives de dérive autoritaire. En particulier, ils réclament que son ingérence dans les affaires économiques soit circonscrite à un cercle toujours plus étroit… si possible même vide.
À ce sujet, une petite anecdote personnelle, une fois n’est pas coutume : il y a de cela quelques années, un recruteur, en plein entretien d’embauche, m’infligea cette « blagounette » : « quelle est la différence entre l’État et la mafia ? » Réponse, selon lui : « le taux d’extorsion, plus élevé pour l’État. » Ah. Ah. Ah. (rictus crispé devant tant de bêtise).

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Cessez le feu sur les fonctionnaires !

Ça a commencé avec une nouvelle sortie de notre inénarrable ministre de l’économie sur le « statut des fonctionnaires ». Et, comme prévu, tout s’est emballé[1]. Les habituels contempteurs de « ces feignants de fonctionnaires inutiles » se sont déchaînés contre « les privilèges de ces bons-à-rien qui n’en foutent pas une pendant que les pauvres salariés du privé triment comme des brutes ».
Youpi. Le plus grand génie de tous les temps, c’est quand même Pavlov.

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Le déficit budgétaire expliqué à ma mère

Petit dialogue familial.

Maman de Cincinnatus (MdC) : Tiens, j’ai fait une tarte Tatin en dessert.

Cincinnatus (C) : Hmmmm merci m’man !

MdC : Dis-moi Cinci, il y a un truc que j’ai du mal à comprendre : c’est quoi cette histoire de « règle d’or » et de 3% de déficit ? 3% de quoi ? Déficit de quoi ?

C : Vastes questions ! En gros, on parle de deux choses. Le déficit budgétaire, c’est la différence entre les recettes et les dépenses dans le budget de l’État. Le déficit public, c’est la même chose, la différence entre les recettes et les dépenses, mais pour l’ensemble des administrations publiques, c’est-à-dire à la fois l’État, les collectivités territoriales, les administrations de sécurité sociale, etc. La règle des 3%, c’est pour le déficit public.

MdC : Et donc ce déficit ne doit pas dépasser 3%… de quoi ?!

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