Les lectures de Cinci : la souveraineté sous les assauts du néolibéralisme

Avant les vacances, petits conseils de lectures : voici deux essais stimulants sur l’effacement progressif de la souveraineté populaire au profit de la technocratie et de l’idéologie néolibérale. Bonnes lectures !

*

Natacha Polony et le Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes, Plon, 2016

Le livre en deux mots

410hFzOGU5L._SX329_BO1,204,203,200_Natacha Polony a réuni autour d’elle le Comité Orwell, « collectif de journalistes pour la défense de la souveraineté populaire et des idées alternatives dans les médias », avec lequel elle a publié un essai vigoureux au titre provocateur inspiré non d’Orwell mais de Huxley. Consacré à leur thème de prédilection – la disparition de souveraineté –, il démontre comment nous nous engageons en souriant dans une nouvelle forme d’asservissement, dont il dresse le portrait sous le nom de « soft totalitarisme ». Lire la suite

Vae victis

Cersei's-WalkofShame-S05E10

Le « walk of shame » de Cersei dans Game of Thrones : modèle de cette élection ?

Depuis une semaine, la campagne présidentielle est terminée. Emmanuel Macron est le nouveau président de la République. Tant mieux pour lui. Comme beaucoup, j’ai mis dans l’urne un bulletin à son nom, ne faisant mon choix qu’au dernier moment, dans l’isoloir. On ne s’étonnera pas que cela ne signifie pas une adhésion au personnage ni à son programme : au contraire [1]. Quoiqu’amère, j’assume cette décision parce que c’est mon vote, décidé en conscience… et malgré toutes les innommables pressions exercées entre les deux tours. Car, si la campagne électorale avant le premier tour avait déjà été odieuse, celle qui a suivi a repoussé les bornes de l’abjection. C’est toute la France qui a sombré dans une folie puérile et suicidaire [2].
Lire la suite

Les lectures de Cinci : un grand humaniste – Romain Gary

Avant une pause estivale de quelques semaines, je voudrais inviter les lecteurs de ce blog à se tourner vers l’un de mes écrivains préférés : Romain Gary. Cet auteur allie dans chacun de ses ouvrages intelligence, élégance et lucidité, à tel point que choisir parmi ses romans ceux qui devraient être mis en avant devient une entreprise douloureuse. J’en ai sélectionné cinq mais il faut lire aussi tous les autres. Parce que Gary aide à devenir humain.

*

La Promesse de l’aube, Romain Gary, Folio, 1960.

Le livre en deux mots

Attention : chef-d’œuvre d’humanisme !
Dans ce roman autobiographique, Gary mêle réalité et fiction avec pudeur. Du gamin de Vilnius au héros de la Résistance, il se raconte avec cette ironie qu’il manie si bien, cet humour lucide, toujours juste, parfois cruel, envers lui-même et ses contemporains. Mais la narration de sa jeunesse est surtout le prétexte à un émouvant hommage à sa mère. Lire la suite

Discours (imaginaire) à la nation

Dans quelques jours, le Président s’adressera à la nation pour ses traditionnels vœux du 31 décembre. S’il manque d’idées, je lui offre un discours tout prêt. Allez François, c’est cadeau.

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

L’année qui se termine ce soir fut douloureuse pour notre nation. Au-delà des mots. Par deux fois, en janvier puis en novembre, nos valeurs, notre culture, tout ce qui nous relie a été frappé avec une violence inédite sur notre territoire. Ces attaques lâches nous ont bouleversés. Et en même temps nous avons montré une capacité inouïe de faire front ensemble, de ressouder la nation. Oui : la nation française, c’est cette volonté politique de partager un destin, de s’ancrer dans une histoire, de vivre pour construire quelque chose de plus grand, qui nous dépasse, d’édifier des ponts, des liens, entre nous, d’augmenter les fondations que nous héritons de nos prédécesseurs et de léguer, à notre tour, un monde qui nous soit commun. Tout cela, mes chers compatriotes, vous avez su le porter comme le message ferme et définitif de ce qu’est la France, de ce qu’elle a toujours été et sera toujours. Je vous remercie d’avoir ainsi pu rappeler au monde que le peuple français constitue une nation politique dont la vocation est inscrite dans sa devise universelle : liberté, égalité, fraternité.

Lire la suite

Sur la logique de fronts

C’est la rentrée pour les carnets de Cincinnatus. Pour lancer cette nouvelle saison, je choisis de ne pas revenir tout de suite sur les élections d’hier en Grèce, même si d’autres s’y risquent avec talent, ici ou . En ce qui me concerne, pour l’actualité chaude, je préfère d’autres lieux.

Vous êtes peut-être passés à côté mais, cet été, le landernau médiatico-intellectuel a bruit d’une polémique comme il les aime tant. Tout est parti d’une saillie de Jacques Sapir, économiste à l’EHESS et chantre de la lutte contre l’euro, publiée sur Figarovox. Immédiatement accusé d’appeler à un rapprochement de la gauche souverainiste et anti-européenne avec le FN, il s’est défendu, multipliant interviews et billets sur son blog RussEurope. Nombreuses furent les réactions, notamment celle de Frédéric Lordon, figure intellectuelle majeure de la gauche dite radicale. Les commentateurs et analystes ont commentaté et analysté. Certains mieux que d’autres, comme souvent.
Maintenant que le soufflé retombe doucement, à moi de m’y mettre (la chouette de Minerve, tout ça tout ça…).

Lire la suite

Écologie : pour une réponse républicaine

Troisième et dernier billet sur l’écologie. On a démasqué les tartuffes néolibéraux et mis en garde contre les techno-béats, puis rejeté les prophètes d’apocalypse et fustigé la pensée magique. Il est temps maintenant de réfléchir à ce que serait une conception humaniste et républicaine de l’écologie.

Il y a une affinité presque « naturelle » du républicanisme pour les enjeux environnementaux : importance du bien commun et de l’intérêt général ; édification continue d’un lien entre les morts, les vivants et les à-naître ; responsabilités réciproques de l’individu et de la société ; conception exigeante de la citoyenneté et de la participation à la vie de la Cité ; collégialité et délibération comme méthodes de la décision ; prééminence du politique sur l’économique ; réflexion critique et balancée sur la modernité… Autant de caractéristiques de la pensée républicaine qui devraient la rendre particulièrement à même d’appréhender les questions écologiques, non par l’angle étroit et misérable de la seule économie ni d’une eschatologie bas de gamme, mais bien du point de vue politique.
Nous sommes face à un enjeu de civilisation qui nous impose de proposer une vision claire et cohérente de la société que nous voulons édifier.
Et de cette vision découlent les actions à mettre en œuvre[1].

Lire la suite

Le déficit budgétaire expliqué à ma mère

Petit dialogue familial.

Maman de Cincinnatus (MdC) : Tiens, j’ai fait une tarte Tatin en dessert.

Cincinnatus (C) : Hmmmm merci m’man !

MdC : Dis-moi Cinci, il y a un truc que j’ai du mal à comprendre : c’est quoi cette histoire de « règle d’or » et de 3% de déficit ? 3% de quoi ? Déficit de quoi ?

C : Vastes questions ! En gros, on parle de deux choses. Le déficit budgétaire, c’est la différence entre les recettes et les dépenses dans le budget de l’État. Le déficit public, c’est la même chose, la différence entre les recettes et les dépenses, mais pour l’ensemble des administrations publiques, c’est-à-dire à la fois l’État, les collectivités territoriales, les administrations de sécurité sociale, etc. La règle des 3%, c’est pour le déficit public.

MdC : Et donc ce déficit ne doit pas dépasser 3%… de quoi ?!

Lire la suite