Misère de l’économicisme : 5. Le monde merveilleux de la modernité

Le destin : cette bataille perdue qu’il ne nous est même pas permis de livrer
(Romain Gary, Chien Blanc)

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Image issue du film d’animation Logorama

La volonté de conformer le monde au projet que véhicule l’idéologie néolibérale serait risible si sa réussite n’était pas dramatique. Tout couple idéologie-utopie n’existe en effet que pour concrétiser une vision du monde. Accompagner le capitalisme dans ses évolutions n’a jamais été l’objectif de l’idéologie néolibérale : trop modeste ! Le passage à l’acte de l’idéologie consiste en la transformation du réel pour faire advenir l’utopie qu’elle colporte. Les évolutions imposées par l’idéologie se présentent comme inéluctables, indiscutables, affranchies des règles de la discussion publique puisqu’appartenant à l’ordre du fatum. Sa prétention scientifique lui sert de bouclier contre toute tentative critique : comment contredire la nécessité démontrée par la science ? Ainsi apparaît le paradoxe entre d’une part le discours néolibéral caractérisé par la prétention autoritaire à une modernité amnésique, qui calomnie le passé au nom d’un futur techniciste fantasmé ; et d’autre part son application dans des « réformes » rétrogrades qui ne sont qu’autant de brutaux retours en arrière du droit. En d’autres termes, le passé c’est nul, le présent c’est dur mais pour aller mieux demain, il faut aller encore plus mal aujourd’hui en revenant à l’état du droit d’hier. Cohérence ? Lire la suite

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L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve

L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Lire la suite

La Silicon Valley au service du transhumanisme

L’imaginaire collectif des transhumanistes déborde largement les limites de ses thuriféraires assumés, en particulier grâce aux moyens que ceux-ci mettent à sa diffusion : ceux des grandes entreprises de la Silicon Valley et du capitalisme mondialisé. Mais ne nous y trompons pas : l’une des forces de cette pensée, c’est sa sincérité. La volonté de puissance et de profit, qui se perçoit en particulier dans l’accaparement des données personnelles ou le mépris des lois des États-nations, ne doit pas la masquer. Évidemment, ce sont des vautours qui cherchent à gagner un maximum de pognon. Mais ce n’en sont pas pour autant de vulgaires escrocs qui vendraient du rêve pour faire du fric au détriment des pigeons qui croiraient à leurs balivernes. Lire la suite

L’hybris transhumaniste : idéologie et utopie

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h+ : un des logos-symboles du transhumanisme

Les histoires que nous servent les trans- et les post-humanistes ne doivent pas être méprisées comme les délires de gogos illuminés ou de quelques geeks fans de science-fiction [1]. Ce serait passer à côté de l’un des courants de pensée les plus puissants et les plus influents de notre époque. Et d’autant plus puissant et influent qu’il est doté des moyens financiers que lui fournit le capitalisme mondialisé, des moyens technologiques de la Silicon Valley, et des moyens symboliques de l’industrie du spectacle.
Alors : le transhumanisme, combien de divisions ?
Suffisamment pour être pris au sérieux.

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Amnésie béate et illusion du Progrès

 

On pourrait croire que le Progrès tel qu’il fut pensé au XIXe et une partie du XXe n’est aujourd’hui qu’un astre mort, que plus personne n’y croit vraiment. Comment ne pourrait-il pas s’être fracassé sur les folies meurtrières qui se sont succédé sans discontinuer depuis plus d’un siècle, transformant l’assassinat en industrie de masses ? Lire la suite

Vae victis

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Le « walk of shame » de Cersei dans Game of Thrones : modèle de cette élection ?

Depuis une semaine, la campagne présidentielle est terminée. Emmanuel Macron est le nouveau président de la République. Tant mieux pour lui. Comme beaucoup, j’ai mis dans l’urne un bulletin à son nom, ne faisant mon choix qu’au dernier moment, dans l’isoloir. On ne s’étonnera pas que cela ne signifie pas une adhésion au personnage ni à son programme : au contraire [1]. Quoiqu’amère, j’assume cette décision parce que c’est mon vote, décidé en conscience… et malgré toutes les innommables pressions exercées entre les deux tours. Car, si la campagne électorale avant le premier tour avait déjà été odieuse, celle qui a suivi a repoussé les bornes de l’abjection. C’est toute la France qui a sombré dans une folie puérile et suicidaire [2].
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De la vertu en République

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments ; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour ; mais la vertu  politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver, il faut l’aimer.

(Montesquieu [1])

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