Le Maître et Hanouna

Comment l’incarnation de l’autorité est-elle passée des hussards noirs au dangereux bouffon ? À la manière de vases communicants, à mesure que la figure du professeur a perdu toute légitimité, son magistère intellectuel et moral semble avoir migré vers des personnages qui lui sont en tous points opposés. Cyril Hanouna, nouveau maître à penser et à agir pour la jeunesse : quel symbole ! Lire la suite

Complices !

couverture charlie caricaturesVendredi 16 octobre 2020, il y a trois jours, un professeur d’histoire et de géographie, Samuel Paty, a été assassiné. Parce qu’il avait fait son métier, parce qu’il avait tenté d’éveiller les consciences de ses élèves, parce qu’il leur avait fait un cours sur la liberté d’expression, parce qu’il leur avait montré et expliqué les caricatures du prophète de l’islam publiées dans Charlie Hebdoil a été décapité [1]. L’assassin n’est pas le seul coupable. Ses complices doivent répondre de ce crime. Leur place est devant un tribunal [2] : Lire la suite

Langue, école, art : les barbares du progressisme culturel

Qu’il en coûte de constater l’appauvrissement de la langue, le naufrage de l’école et l’enlaidissement de l’art ! « Réac ! », « rétrograde ! », « ringard ! », « facho ! ». Les noms d’oiseau pleuvent comme à Gravelotte dès que l’on ne se prosterne pas dans le culte aveugle et niais du Progrès en ces matières. Une petite clique d’autoproclamés « experts » règne ainsi par la terreur intellectuelle, au nom de la Démocratie et d’autres gros mots dont ils ne maîtrisent guère les définitions. Il faut dire que ces tartuffes et autres gourous sectaires on fait leur gagne-pain médiatique de la barbarie et supportent mal que l’on dévoile leur démagogie criminelle. Lire la suite

Que sont les combats féministes devenus ?

Le féminisme sombre sous les yeux incrédules des défenseurs de l’égalité des droits et des sexes. Les tentatives de faire passer cette crise pour une évolution et une sorte de mise à jour du féminisme à la modernité ne sont que supercheries. Il ne s’agit en rien d’une opposition entre Anciens et Modernes mais bien de visions du monde antinomiques. Aux générations d’universalistes, hommes et femmes, qui luttaient pour la liberté, l’égalité et la fraternité pour tous les individus, quel que soit leur sexe, succèdent des « néoféministes » aux cerveaux farcis d’idéologies importées des campus anglo-saxons. « Intersectionnelles » contre universalistes : dans cette guerre interne aux mouvements féministes, ce sont toutes les femmes qui sortent perdantes à mesure que les premières l’emportent sur les secondes. Lire la suite

L’imposture EELV

Bien que la victoire en trompe-l’œil d’Europe Écologie – Les Verts aux dernières municipales eût comme un air de déjà-vu qui mériterait à lui seul bien des développements [1], plutôt que de s’attarder à pérorer davantage sur l’écume électorale, il me paraît plus judicieux de s’intéresser au positionnement de ce parti dans le débat public, à ses actions et à son substrat idéologique. Autrement dit : de quoi EELV est-il vraiment le nom ? Et de ce point de vue, il me semble que la réponse devrait être : celui d’une sinistre imposture faisant de ce parti un ennemi de la République et même, paradoxalement, de l’environnement. Lire la suite

Totalitarismes, des religions politiques ? – Conclusion

Précédent : 2. La communauté élue

Au commencement est l’idée. Le Realissimum politique se donne pour scientifique, se propage par contagion à l’ensemble des champs de savoir et d’agir de la société, et imprime son idéologie totale aux consciences. Le dogme s’épanouit dans un processus gnostique d’explication pseudo-scientifique du monde et d’annonce à une communauté élue de lendemains qui chantent : domination des autres races ou véritable démocratie après la révolution prolétarienne. Lire la suite

Totalitarismes, des religions politiques ? – 2. La communauté élue

Précédent : 1. La mystique totalitaire

Les mythes des régimes totalitaires ont pour but central la constitution organique de la communauté élue par le mouvement historique (selon la race ou la classe, c’est-à-dire le principe fondateur, le Realissimum). Cette ecclesia se forge à partir des rituels du régime totalitaire techniciste, et prend pour médiateurs de sa construction une nouvelle langue totalitaire qui participe de l’entreprise de destruction systématique de la pensée, ainsi que le chef, incarnation à la fois de la communauté et du Realissimum, véritable cristallisation du désir des foules.


Sommaire :
I. L’ecclesia
A/ La communauté organique
B/ L’organisation hiérarchique
C/ Le retour du Père primitif
II. La ritualisation de la société
A/ Les rites totalitaires
B/ La ritualisation des purges et la réification de l’être humain
III. Les médiateurs de constitution de la communauté
A/ La novlangue totalitaire, outil contre la pensée
B/ Le chef charismatique, incarnation de la communauté


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Totalitarismes, des religions politiques ? – 1. La mystique totalitaire

Précédent : Introduction

Au fondement du régime totalitaire se trouve d’abord le principe holiste : l’idée qui développe sa propre logique, selon la définition arendtienne de l’idéologie. Or ce mouvement de l’idéologie est celui d’un irrationnel qui se donne pour scientifique, disqualifiant par là même le réel, empêchant de penser et s’auto-immunisant selon un processus gnostique, au sens de Voegelin. Sur celui-ci peuvent dès lors se mettre en place les mythes à la fois fondations et références du régime totalitaire.


Sommaire :
I. Le mouvement de l’idéologie
A/ La modernité du Realissimum
B/ De l’idée à l’idéologie
II. Le processus gnostique
A/ La gnose comme réponse à la crise de l’homme moderne
B/ Le système gnostique hégélien
C/ Le passage du système à l’individu
III. Les mythes
A/ De la gnose aux mythes
B/ Les mythes des totalitarismes
C/ La transmission des mythes


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Totalitarismes, des religions politiques ? – Introduction

À S., en souvenir de ces bons moments partagés.

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Avec la pause estivale, je relance une catégorie de billets que j’ai un peu laissée de côté : « Ils pensent ». Il s’agit, pour quelques semaines, d’oublier l’écume – j’aurai bien l’occasion de parler de ce remaniement à la rentrée… si tant que cela ait un quelconque intérêt – et de plonger dans les profondeurs de la pensée, avec pour guides les écrits de grands esprits qui nous aident à mieux comprendre le monde. Ces détours loin de l’actualité auront, je l’espère, la vertu de remettre un tant soit peu d’ordre dans le chaos ambiant. Je reprends donc avec une première série de billets qui explorent la question : « en quoi les totalitarismes nazi et stalinien peuvent-ils être interprétés comme des religions politiques ? », en suivant les réflexions d’Eric Voegelin, Ernst Cassirer, Raymond Aron et Hannah Arendt, entre autres [1].
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L’universalisme dans le piège des racistes

Aucun vaccin n’existe contre le racisme, aucun gène n’immunise contre l’abjection. Une nouvelle bouillie pseudo-conceptuelle, directement importée des campus américains, fait actuellement fureur et imprègne les esprits mal instruits, les entrepreneurs identitaires, certaines universités qui préfèrent les militants aux scientifiques, les partis politiques en panne d’idées et jusqu’à de vénérables associations de défense des droits de l’homme. Les moyens de son succès ? Une rhétorique efficace qui ne repose que sur des sophismes démagogiques, la désignation de victimes par nature et de bourreaux par naissance, une réécriture de l’histoire qui élève l’anachronisme au rang de méthode, l’utilisation des réseaux sociaux comme caisse de résonnance… Tout ce que la mauvaise foi, la bêtise, l’inculture et la haine produisent de plus hideux, tout cela se croise au foyer de ce mouvement d’humeur qui fait craindre les ravages d’une nouvelle « Révolution culturelle ». Lire la suite