Le pire des mondes transhumanistes

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Entreprises de la Silicon Valley se disputant les données personnelles d’un client

 

On ne peut pas se contenter de reprocher à Google and co d’utiliser cyniquement le transhumanisme comme paravent à des projets plus prosaïques de domination économique et d’optimisation de sa fortune, sans accorder le moindre crédit aux fables qu’il colporte. En réalité, la croyance dans l’utopie transhumaniste et l’appât du gain coexistent très bien et se renforcent mutuellement ! Cette convergence donne même un nouveau souffle au néolibéralisme par l’extension de son domaine d’emprise : les données (personnelles), l’individu, son corps, etc. constituent une manne extraordinaire.

Données personnelles : c’est toi le produit ! Lire la suite

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Et si on parlait d’infertilité ?

Avertissement : dans ce long billet, ça risque de jacter un peu sexe et même de manière que certains pourraient trouver pas très pudique. Il n’est donc pas recommandé aux âmes prudes qui veulent encore croire que les enfants naissent dans des végétaux… quoiqu’elles pourraient sans doute y apprendre deux ou trois choses. Vous voilà prévenus. Lire la suite

Plaidoyer pour la liberté sexuelle contre les nouvelles ligues (de vertu)

J’ai toujours pensé que l’hétérosexualité pure, pas plus que l’homosexualité intégrale, n’ont de réalité[1]. Je les conçois plutôt comme deux pôles idéals-typiques d’un arc continu sur lequel chaque individu se positionne et peut évoluer. Pour le dire autrement : je suis convaincu que personne n’est 100% hétéro ni homo, mais bien « plutôt ceci » ou « plutôt cela » et peut changer, découvrir, vivre des expériences divergentes, au hasard des rencontres[2]. En effet, quel hétérosexuel n’a jamais été ému devant le pouvoir érotique d’une sculpture ou d’un corps vivant du même sexe ? Quel homosexuel peut affirmer n’avoir jamais éprouvé la sensualité d’une peau de l’autre rive ? Sans doute en trouvera-t-on : rien n’interdit que l’avenir leur réserve des surprises… et tant mieux.

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Le monde commun selon Hannah Arendt (4) – L’explosion du monde commun

Avec l’extension du privé entre intime et public, le monde commun est en danger d’explosion.

Le débordement de l’intime

D’une part, le retrait dans le privé impose les règles de celui-ci à toutes les relations qui se mesurent désormais à l’aune de l’intime. Son exposition publique devient un standard du comportement. L’intime est révélé volontairement dans l’exhibition de soi quand, chez l’autre, le regard inquisiteur cherche ses effractions involontaires. Lire la suite

Le monde commun selon Hannah Arendt (3) – L’extension du privé, entre intime et public

L’apparition puis le débordement d’un domaine intermédiaire entre l’intime et le public – le privé – semble un mouvement propre à la modernité. Il a été décrit par de nombreux auteurs, dont Richard Sennett. Suivons quelque temps sa démonstration pour comprendre les dangers qui pèsent sur le monde commun.

Sennett montre que la violence à l’œuvre dans le monde capitaliste du XIXe siècle pousse ceux qui peuvent alors se le permettre à trouver refuge dans l’univers clos de la famille. Le retrait dans l’intime revalorise et idéalise la vie de famille au point d’en faire un modèle pour les relations interpersonnelles. Refuge face aux horreurs de la société, elle devient progressivement l’étalon moral pour mesurer le domaine public qui, dès lors, apparaît comme un domaine moralement inférieur. Lire la suite

Le monde commun selon Hannah Arendt (2) – L’intime et le monde commun, entre ombre et lumière

Le monde commun se dessine sur l’arrière-plan du monde caché de l’intime :

Parce que notre sens du réel dépend entièrement de l’apparence et donc de l’existence d’un domaine public où les choses peuvent apparaître en échappant aux ténèbres de la vie cachée, le crépuscule lui-même qui baigne notre vie privée, notre vie intime, est un reflet de la lumière crue du domaine public[1].

En effet, toute expérience intime ne prend sa pleine réalité qu’une fois offerte aux sens des autres comme de soi. Pour être considérée comme réelle, elle doit être perceptible. Ce passage du caché au visible, de l’intime au public, de l’expérience individuelle à l’histoire commune, relève d’une mise en scène dont les limites définissent la frontière ultime entre l’intime et le public : ce qui ne peut être offert aux sens des autres parce que trop subjectif. Lire la suite