« Désolidarisez-vous ! »

L’impératif réfléchi cingle. L’ordre tonne de manifester la négation d’un rapport exhibé. Il s’adresse aux soutiens d’un candidat après un éclat ou une bouffonnerie oratoires, aux musulmans après un attentat commis au nom de leur croyance, aux hommes après l’ignoble agression d’une femme… en somme : à l’ensemble des membres d’un groupe, que la constitution de celui-ci soit réelle ou fantasmée, lorsque l’un d’entre eux, ou considéré tel à tort ou à raison, s’illustre dans l’abject. Afin de réintégrer le tout, les individus reçoivent l’injonction d’affirmer la distance qui les sépare de l’autre au sein de la partie.

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Plaidoyer pour la liberté sexuelle contre les nouvelles ligues (de vertu)

J’ai toujours pensé que l’hétérosexualité pure, pas plus que l’homosexualité intégrale, n’ont de réalité[1]. Je les conçois plutôt comme deux pôles idéals-typiques d’un arc continu sur lequel chaque individu se positionne et peut évoluer. Pour le dire autrement : je suis convaincu que personne n’est 100% hétéro ni homo, mais bien « plutôt ceci » ou « plutôt cela » et peut changer, découvrir, vivre des expériences divergentes, au hasard des rencontres[2]. En effet, quel hétérosexuel n’a jamais été ému devant le pouvoir érotique d’une sculpture ou d’un corps vivant du même sexe ? Quel homosexuel peut affirmer n’avoir jamais éprouvé la sensualité d’une peau de l’autre rive ? Sans doute en trouvera-t-on : rien n’interdit que l’avenir leur réserve des surprises… et tant mieux.

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Les lectures de Cinci : sur la propagande djihadiste

Paroles armées, Philippe-Joseph Salazar, Lemieux, 2015.

9782373440294Le livre en deux mots

Philippe-Joseph Salazar est philosophe et rhétoricien. En spécialiste du discours, il analyse la propagande du Califat, terme qui insiste sur sa dimension territoriale et qu’il préfère à l’acronyme DAECH[1], en décortique la mécanique et en démontre l’efficace. De ce travail résulte un ouvrage clair et précis. Chacun devrait lire et faire lire ce livre. Il ose nommer l’ennemi et met au jour ses méthodes de manipulation mais dévoile également l’inanité des réponses engagées. Lire la suite

Les lectures de Cinci : trois ouvrages autour de la laïcité

Pour inaugurer cette nouvelle série, trois essais qui traitent, chacun à sa manière, de ce concept précieux : la laïcité, objet complexe car à la fois règle juridique d’organisation de la Cité, idéal philosophique et politique, et cible polémique dans le débat public.

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penser la laïcitéPenser la laïcité, Catherine Kintzler, Minerve, 2014.

Le livre en deux mots

La philosophe Catherine Kintzler, dont le blog Mezetulle est une merveille d’intelligence, nous livre une analyse philosophique impeccable et lumineuse du concept de laïcité, en le rattachant aux débats concrets dont il a été l’enjeu ces dernières décennies. Lire la suite

Quelque chose de pourri au royaume des SHS

Mais que se passe-t-il chez les chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) ? Sont-ils donc devenus fous ?
On aurait pu espérer que les mésaventures ahurissantes de Marcel Gauchet en 2014 ne fussent que le triste corollaire de la malfaisance de démagogues en mal de buzz. Hélas !, les cas se sont récemment multipliés de manière inquiétante. En février, la polémique qui a entouré les prises en position courageuses de l’écrivain Kamel Daoud avait de quoi laisser pantois. Dans une tribune au journal le Monde, un « collectif » de chercheurs l’a pris à parti. Comme Élisabeth Badinter quelques semaines plus tôt, il fut sommé de se taire parce qu’il avait refusé d’entrer dans le jeu des islamistes qui accusent d’« islamophobie » tout discours ferme sur la laïcité. Étrange conception de la confrontation d’idées pour des universitaires. D’autant que ce qui les rassemble paraît tenir dans une haine viscérale de la République. Certains sont même allés jusqu’à inventer le mot-valise « réac-publicain » dont ils parsèment leurs libelles, mélange révoltant de « réactionnaire », adversaire de la Révolution, et de « républicain », héritier de la Révolution : montage improbable et infamant dont ils décorent sans distinction républicains sincères et dévots de l’extrême-droite.
L’anathème remplace la joute, l’assignation au silence et l’appel au boycott empêchent volontairement le débat. Comment des universitaires peuvent-ils descendre aussi bas dans la bêtise crasse ?

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Qu’ils me traitent donc d’islamophobe !

Assez d’atermoiements ! Assez de reculades ! Assez de compromissions !

Il y a maintenant trois semaines, le dimanche 24 janvier 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, était l’invitée de l’émission Le Supplément sur Canal+. Une séquence a fait couler beaucoup d’encre : après un reportage sur BarakaCity, une association se présentant comme « humanitaire » mais soupçonnée de relations sulfureuses avec les terroristes qui ont ensanglanté la France en 2015, son dirigeant, Idriss Sihamedi, connu pour ses saillies indignes sur les réseaux sociaux, aligne les provocations sous les regards stupéfiés du présentateur Ali Baddou et de la ministre de l’éducation nationale. La réaction, minimale, de cette dernière ne laisse pas d’étonner ni de décevoir. En tant que représentante de l’État, en tant que ministre de la République, en tant que citoyenne française, elle aurait pu dire bien des choses, réagir de bien des manières différentes. Dans tous les cas, elle aurait dû marquer une opposition ferme. Par exemple :

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La galanterie assassinée

Quand les féministes se trompent de combats

 

Ma tendre amie,

Alors que je me languis de vous, je souhaite porter à votre cœur et à votre cher esprit une histoire étonnante qui m’est récemment arrivée et les réflexions qu’elle a suscitées en mon âme. J’espère, vous contant cette aventure, vous divertir un peu dans l’attente de nos retrouvailles.

Je déambulais dans les rues parisiennes avec quelques miens amis, l’une de nos compagnes traînait une lourde charge sous la forme d’une volumineuse valise. Lorsque nous dûmes emprunter des couloirs de métro, je lui proposai de l’aider à monter plusieurs séries d’escaliers en portant ledit fardeau. C’est alors qu’une autre camarade m’accusa de « misogynie bienveillante ». Bigre ! Je me retrouvai donc misogyne comme Monsieur Jourdain poète. Lire la suite