La démagogie a de l’avenir

Tout débute toujours à l’école. Aujourd’hui, tout s’y achève aussi, comme on achève dans les films un vieux compagnon blessé : des larmes dans les yeux et une balle dans la tête. L’idéal émancipateur des Lumières, incarné dans une école dévouée à l’instruction de citoyens en devenir, expire dans les remugles de la démagogie crasse. « Chez l’enfant, il n’y a d’éternité qu’en puissance » (Kierkegaard). Puissance interdite de se réaliser par les excès d’une « bienveillance » étouffoir. Au nom de bons sentiments et d’une autoproclamée éthique de la compassion qui ne puise en réalité qu’au ressentiment des adultes, l’école abandonne son domaine – celui de la transmission des savoirs et de la fréquentation des classiques en toutes disciplines, destinées à structurer l’enfant et à l’intégrer au monde commun. Lire la suite

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Heure d’été : un affligeant divertissement

Je ne commente ici l’actualité chaude que lorsque l’événement me semble exemplaire de quelque chose de plus profond que la superficialité du buzz médiatique ou de l’émotion aveugle. La fin prochaine du changement d’heure, à ce titre, ne relève pas de l’anecdote horlogère mais de la caricature. Bien entendu, en finir avec cette stupidité sans nom est une perspective réjouissante. Mais de quelle manière se réalise-t-elle et avec quelles conséquences ! Ce qui se joue ici n’est que la convergence entre une inculture scientifique généralisée, une sinistre parodie du débat et de la décision démocratiques, et l’arrogance de l’individu contemporain seulement orienté par la recherche de son petit confort immédiat. Lire la suite

Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène. Lire la suite

Misère de l’économicisme : 1. L’imposture scientifique

Frontispice allégorique illustrant les mathématiques,  Dictionnaire mathématique ou idée générale des mathématiques...Par le terme d’économicisme, j’entends la tendance, fort répandue, à faire passer l’économie pour une science capable rendre compte du réel comme peuvent le faire les sciences exactes. Marxistes et (néo)libéraux convergent dans cette prétention scientifique en affirmant d’une même voix la puissance omniexplicative des facteurs économiques, c’est-à-dire la faculté à décrire et prévoir les comportements humains et sociaux par la seul compréhension de « lois » économiques semblables aux lois physiques qui régissent l’univers. Toutefois, c’est au seul discours dominant néolibéral, et dans sa dimension faussement scientifique mais vraiment idéologique [1], que je choisis de m’intéresser ici – une bonne partie de l’analyse pouvant être appliquée à son pendant marxiste. Lire la suite

Réseaux sociaux : la censure Godwin

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.
Mike Godwin, 1990

Sur les réseaux sociaux de la fin des années 2010, en général, « dure longtemps » équivaut à deux fois 280 caractères, soit un simple aller-retour. Lire la suite

Éphémères icônes du buzz médiatique

bosch-hell

Vaccins, Catalogne, glyphosate, Trump et la Corée du nord, Luxleaks, Hanouna et les homosexuels, Macron en Afrique, Mélenchon et le Venezuela, Panama papers, mort de Jean d’Ormesson effacée dès le lendemain par celle de Johnny Halliday, Hanouna et les femmes, Trump et la Russie, Trump et Jérusalem, Paradise papers, tweet crétin d’un milliardaire joueur de baballe… tout dans le désordre et puis j’ai arrêté de noter. Demain ? Morts de Bardot, Delon et Chirac, scandale financier international sur fond de fraude fiscale, Trump et X, nouvelle saloperie hanounesque…

Trop d’inévénements quotidiens, trop d’écume. Lire la suite

Les lectures de Cinci : à la rencontre de la France périphérique

9782204118644-59c8d3348277aLe peuple de la frontière, Gérald Andrieu, éd. du Cerf, 2017

Le livre en deux mots

Lassé de couvrir l’actualité politique et les campagnes depuis les enclos à journalistes et la bulle parisienne, Gérald Andrieu a décidé de partir. Loin. Aussi loin que possible pour être au plus près des Français. Alors il a chaussé ses meilleures grolles et il a parcouru toute la frontière Nord et Est de la France. Le récit qu’il en tire est double : s’entremêlent la narration autocentrée d’un effort physique (2200 km à pied, ça use) et les portraits esquissés en quelques phrases de rencontres improvisées. Et ça marche ! Lire la suite