La démagogie a de l’avenir

Tout débute toujours à l’école. Aujourd’hui, tout s’y achève aussi, comme on achève dans les films un vieux compagnon blessé : des larmes dans les yeux et une balle dans la tête. L’idéal émancipateur des Lumières, incarné dans une école dévouée à l’instruction de citoyens en devenir, expire dans les remugles de la démagogie crasse. « Chez l’enfant, il n’y a d’éternité qu’en puissance » (Kierkegaard). Puissance interdite de se réaliser par les excès d’une « bienveillance » étouffoir. Au nom de bons sentiments et d’une autoproclamée éthique de la compassion qui ne puise en réalité qu’au ressentiment des adultes, l’école abandonne son domaine – celui de la transmission des savoirs et de la fréquentation des classiques en toutes disciplines, destinées à structurer l’enfant et à l’intégrer au monde commun. Lire la suite

Misère de l’économicisme : 5. Le monde merveilleux de la modernité

Le destin : cette bataille perdue qu’il ne nous est même pas permis de livrer
(Romain Gary, Chien Blanc)

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Image issue du film d’animation Logorama

La volonté de conformer le monde au projet que véhicule l’idéologie néolibérale serait risible si sa réussite n’était pas dramatique. Tout couple idéologie-utopie n’existe en effet que pour concrétiser une vision du monde. Accompagner le capitalisme dans ses évolutions n’a jamais été l’objectif de l’idéologie néolibérale : trop modeste ! Le passage à l’acte de l’idéologie consiste en la transformation du réel pour faire advenir l’utopie qu’elle colporte. Les évolutions imposées par l’idéologie se présentent comme inéluctables, indiscutables, affranchies des règles de la discussion publique puisqu’appartenant à l’ordre du fatum. Sa prétention scientifique lui sert de bouclier contre toute tentative critique : comment contredire la nécessité démontrée par la science ? Ainsi apparaît le paradoxe entre d’une part le discours néolibéral caractérisé par la prétention autoritaire à une modernité amnésique, qui calomnie le passé au nom d’un futur techniciste fantasmé ; et d’autre part son application dans des « réformes » rétrogrades qui ne sont qu’autant de brutaux retours en arrière du droit. En d’autres termes, le passé c’est nul, le présent c’est dur mais pour aller mieux demain, il faut aller encore plus mal aujourd’hui en revenant à l’état du droit d’hier. Cohérence ? Lire la suite

And justice for all

Fiat justicia, pereat mundus

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Allégorie de la Justice, Cranach

L’idéologie de la glorification des forts et de l’écrasement des faibles a gagné. Les valeurs à la mode ? La violence, l’agressivité, le pognon, l’inculture… Leur traduction dans la novlangue qui putréfie la langue ? Réussite, performance, innovation, efficacité… ad nauseam. Au cœur de cette bouillie : l’injustice avec sa gueule moche. Aux pieds du veau d’or, gît Thémis. Lire la suite

La Silicon Valley au service du transhumanisme

L’imaginaire collectif des transhumanistes déborde largement les limites de ses thuriféraires assumés, en particulier grâce aux moyens que ceux-ci mettent à sa diffusion : ceux des grandes entreprises de la Silicon Valley et du capitalisme mondialisé. Mais ne nous y trompons pas : l’une des forces de cette pensée, c’est sa sincérité. La volonté de puissance et de profit, qui se perçoit en particulier dans l’accaparement des données personnelles ou le mépris des lois des États-nations, ne doit pas la masquer. Évidemment, ce sont des vautours qui cherchent à gagner un maximum de pognon. Mais ce n’en sont pas pour autant de vulgaires escrocs qui vendraient du rêve pour faire du fric au détriment des pigeons qui croiraient à leurs balivernes. Lire la suite

Les lectures de Cinci : mythologies contemporaines

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Little Brother, Raphaël Enthoven, Gallimard, 2017.

Le livre en deux mots

Raphaël Enthoven, homme de culture et de médias, philosophe et admirateur de Proust, nous a offert en début d’année un livre qui appartient à cette catégorie honnie d’ouvrages qui parfois me font grincer, avec une jalousie assumée, un persiflage égotique : « le salaud, j’aurais voulu l’avoir écrit ! ». Lire la suite

La modernité barbare des « services clients »

Qui n’a jamais vociféré des insultes à un serveur vocal censé analyser automatiquement ce que vous lui dites mais bloqué sur la phrase « je n’ai pas compris votre question, veuillez formuler votre demande » ? Qui n’a jamais abandonné après avoir patiemment tapé 2, puis 4, puis 1, puis #, puis 3 pour finalement se retrouver, sans savoir comment, au menu de départ ? Qui n’a jamais souffert de devoir réexpliquer son problème à un cinquième interlocuteur aussi incompétent que les quatre précédents ? Lire la suite