Tyrannie de la minorité

déclaration dh 1789

Article premier : « Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »

En démocratie, la crainte est toujours justifiée d’une « tyrannie de la majorité » [1]. Or on assiste aujourd’hui à une autre forme d’asservissement : celle de l’espace public par les revendications identitaires de minorités, ou plutôt d’individus se considérant comme discriminés selon une dimension de leur être qu’ils affirment à la fois essentielle et minoritaire. La lutte contre les discriminations, en temps normal parfaitement légitime, se trahit et laisse place à des revendications agressives, l’affirmation du droit à la différence basculant dans l’exigence d’une différence de droits à raison d’une identité unidimensionnelle fantasmée. Lire la suite

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L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve

L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Lire la suite

L’utile et l’inutile

Cum bene quaesieris quid agam, magis utile nil est / artibus his, quae nil utilitatis habent.
Si tu réfléchis bien à ce que je puis faire, rien n’est plus utile que ces exercices dénués de toute utilité.

Ovide
(cité par Nuccio Ordine dans son excellent livre, L’utilité de l’inutile, auquel ce billet doit beaucoup)

 

Quand je parle d’utilité, je pense non seulement à la conception d’une chose comme moyen en vue d’une fin extrinsèque mais, plus précisément, à la notion contemporaine d’utilitarisme qui place toute valeur dans la capacité à offrir un retour sur investissement immédiat. Lire la suite

À ma fille

Te voilà. Alors que nous t’attendions sereinement, tu as décidé de débarquer dans ce monde en le prenant par surprise. Six semaines d’avance : ton premier coup d’éclat d’une longue série, je parie. Lire la suite

« Désolidarisez-vous ! »

L’impératif réfléchi cingle. L’ordre tonne de manifester la négation d’un rapport exhibé. Il s’adresse aux soutiens d’un candidat après un éclat ou une bouffonnerie oratoires, aux musulmans après un attentat commis au nom de leur croyance, aux hommes après l’ignoble agression d’une femme… en somme : à l’ensemble des membres d’un groupe, que la constitution de celui-ci soit réelle ou fantasmée, lorsque l’un d’entre eux, ou considéré tel à tort ou à raison, s’illustre dans l’abject. Afin de réintégrer le tout, les individus reçoivent l’injonction d’affirmer la distance qui les sépare de l’autre au sein de la partie.

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Ces incultes qui nous gouvernent

Quel chemin parcouru, génération après génération, dans ce qui ressemble à une course au vulgaire. Sans remonter jusqu’à des temps mythologiques, contentons-nous d’observer cette increvable Ve République et ses monarques successifs. Le Général, homme de plume et d’épée, le normalien banquier-poète Pompidou, le lettré florentin Mitterrand et même l’ingénieur Giscard ou le faussement grossier Chirac qui préférait cacher sa passion des cultures dans sa part d’intime : chacun à sa manière a chéri la culture. Une anecdote amusante : je me suis récemment prêté avec un plaisir pervers à une drôle d’activité – revoir l’ensemble des débats d’entre-deux-tours des élections présidentielles depuis que ce rituel médiatique existe. Ces hommes pouvaient bien s’affronter sur tous les sujets, un consensus les frappait d’évidence : quelles que fussent les économies à promettre, incontinents, pour se faire élire, tous s’accordaient à ne pas toucher aux budgets de l’éducation ni à diminuer le nombre des enseignants. Saine lucidité ! Lire la suite

Le travail, c’est la santé

Travail, s. m.

  1. Nom donné à des machines plus ou moins compliquées, à l’aide desquelles on assujettit les grands animaux, soit pour les ferrer, quand ils sont méchants, soit pour pratiquer sur eux des opérations chirurgicales.
  2. Par extension du sens d’instrument qui assujettit, gêne, fatigue ; c’est le sens primordial comme le montre l’historique.
  3. Soins et soucis de l’ambition.
  4. Inquiétude.
  5. Travail d’enfant, ou, simplement, travail, douleurs de l’enfantement, ou, techniquement, succession de phénomènes violents et douloureux dont l’ensemble caractérise la fonction de l’accouchement.
  6. Peine qu’on prend pour faire quelque chose. Le travail du corps. Le travail de l’esprit.
  7. Service auquel on soumet les animaux.
  8. Se dit de l’action d’une machine ou du résultat de cette action.

Etc. etc.
[Littré]

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