Non ! Hitler n’est pas arrivé au pouvoir démocratiquement

Je remercie ici vivement Bernard Manin dont l’enseignement sur les institutions d’exception, que j’ai eu la chance de suivre il y a quelques années, a inspiré ce billet.

Un cliché, largement répandu, voudrait que l’accession d’Hitler au pouvoir en 1933 se soit réalisée par les urnes et la volonté populaire. Et de se lamenter sur la grandeur et les limites de la démocratie. Il faut tordre le cou à ces idées fausses car la réalité est bien différente et beaucoup plus complexe. Pour ce faire, repassons-nous le film des événements et tâchons de comprendre les mécanismes qui ont conduit à l’arrivée d’Hitler et des nazis à la tête de l’État, et tout particulièrement le rôle crucial qu’ont joué certaines dispositions de la Constitution de Weimar.
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Les lectures de Cinci : un grand humaniste – Romain Gary

Avant une pause estivale de quelques semaines, je voudrais inviter les lecteurs de ce blog à se tourner vers l’un de mes écrivains préférés : Romain Gary. Cet auteur allie dans chacun de ses ouvrages intelligence, élégance et lucidité, à tel point que choisir parmi ses romans ceux qui devraient être mis en avant devient une entreprise douloureuse. J’en ai sélectionné cinq mais il faut lire aussi tous les autres. Parce que Gary aide à devenir humain.

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La Promesse de l’aube, Romain Gary, Folio, 1960.

Le livre en deux mots

Attention : chef-d’œuvre d’humanisme !
Dans ce roman autobiographique, Gary mêle réalité et fiction avec pudeur. Du gamin de Vilnius au héros de la Résistance, il se raconte avec cette ironie qu’il manie si bien, cet humour lucide, toujours juste, parfois cruel, envers lui-même et ses contemporains. Mais la narration de sa jeunesse est surtout le prétexte à un émouvant hommage à sa mère. Lire la suite

La novlangue selon Victor Klemperer et George Orwell (2) – Les ressorts de la novlangue

Après avoir exploré les conditions dans lesquelles Victor Klemperer et George Orwell ont respectivement produit LTI et 1984, penchons-nous sur le fonctionnement de cette novlangue qu’ils nous aident à penser.

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Une machine à détruire toute capacité à penser

L’automatisation du langage

L’objectif avoué de la novlangue est la fin de la pensée indépendante et libre car « réfléchir signifie à chaque fois s’arrêter, être freiné, cela pourrait même conduire à critiquer et, finalement, à refuser d’obéir[1]. » (LTI) La pensée rationnelle, par ce qu’elle suppose de critique potentielle, représente ainsi l’ennemi de l’idéologie « délirante ». Pour l’abattre, la transformation de son vecteur, la langue, reste le moyen le plus sûr pour le Parti. Lire la suite

La novlangue selon Victor Klemperer et George Orwell (1) – Les auteurs dans leurs contextes

Après les concepts d’idéologie et d’utopie selon Paul Ricœur, puis celui de monde commun chez Hannah Arendt, je m’intéresse dans les deux prochains billets à la novlangue, telle qu’elle a été étudiée au milieu du XXe siècle par Victor Klemperer et George Orwell. Je consacre le premier à une présentation croisée des deux auteurs, leurs parcours me semblant cruciaux pour comprendre leur travail sur la novlangue. Le second se concentre sur les mécanismes à l’œuvre dans ces entreprises de manipulation du langage.

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Victor Klemperer et George Orwell pensent simultanément le phénomène d’appropriation et de manipulation de la langue par un régime totalitaire. Le premier vit sous l’oppression nazie pendant douze ans et en tire un témoignage bouleversant, LTI ; le second, de vingt-deux ans son cadet, découvre le totalitarisme pendant la guerre d’Espagne, étudie la corruption de la langue britannique et écrit 1984, fiction mondialement reconnue.
Bien qu’ils ne puissent avoir connaissance des travaux de l’autre, LTI et 1984 se répondent étrangement. Lire la suite