De la volonté en politique

Les eunuques au pouvoir

En politique, tout n’est qu’affaire de volonté. Les contingences, les contraintes, aussi insurmontables puissent-elles paraître, ne sont que des murs de papier pour celui qui veut. Le réel doit d’autant plus être pris au sérieux qu’il peut être aisément manipulé par un vouloir suffisant – là réside même le principe commun de l’idéologie et de l’utopie dans toutes leurs acceptions. Les totalitarismes du vingtième siècle l’ont bien compris qui ont fait de l’idée que « tout est possible » le moteur de leur propagande [1]. Depuis, cet hybris déchaîné a essaimé ; et ses fruits sont dévorés aujourd’hui partout où les éléments-de-langage ont remplacé la pensée : un ancien président en a même fait son slogan de campagne !

Il n’existe qu’une seule loi : tout ce qui est fait par l’homme dans le champ humain peut être défait par l’homme [2]. Lire la suite

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Un républicanisme économique ?

Le républicanisme est une pensée politique, pas une doctrine économique. Et pourtant, de sa vision du monde cohérente – sa Weltanschauung –, peuvent se déduire des principes en matière d’économie.
Penser l’homme, le monde et la société conduit à penser les rapports économiques réels et souhaités : observer l’être et imaginer le devoir-être sans toutefois chercher à déduire le second du premier, ni légitimer le premier par le second, fautes logiques trop répandues. En d’autres termes : construire un idéal régulateur, un horizon désirable, qui doit servir à fois de boussole et de pierre de touche à la critique du réel [1]. Lire la suite

Malaise dans la représentation : 6. Pouvoir

Où se trouve le pouvoir politique ? ou plutôt : comment celui-ci se distribue-t-il vraiment entre les trois « pouvoirs » classiques que l’on apprend dès l’école – le législatif, l’exécutif et le judiciaire – et quelles relations ont-ils entre eux ? Le cliché éculé de la séparation des pouvoirs comme fondement de notre démocratie ne résiste pas longtemps à l’examen de l’actualité… d’autant qu’à trop se rengorger de ce concept – comme tant d’autres depuis longtemps vidés de leur substance, hélas ! –, on ne sait même plus ce qu’il signifie. Lire la suite

L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve

L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Lire la suite

Les lectures de Cinci : la laïcité et ses ennemis

Le grand détournement, Fatiha Boudjahlat, Les éditions du Cerf, 2017.

Le livre en deux mots

9782204122795-59e7435365ccaFatiha Agag-Boudjahlat est une républicaine passionnée. L’enseignante et ancienne secrétaire nationale du MRC à l’éducation vit les agressions contre la laïcité au quotidien, au point de fonder le mouvement Viv(r)e la République avec sa complice Céline Pina [1], que je salue ici. Mais ça ne lui suffit pas : lassée de devoir répéter les mêmes arguments, de subir les mêmes attaques iniques, d’assister aux reculs et abandons de territoires entiers de la République au profit des mafias identitaires, elle nous livre ce premier ouvrage riche de ses expériences et de ses convictions. Lire la suite

Petite missive adressée à mes amis insoumis

Cette lettre a été écrite il y a quelque temps déjà, parallèlement à la précédente adressée à mes amis centristes. Son brouillon était déjà très avancé lorsque j’ai découvert celle d’Ambroise de Rancourt à Jean-Luc Mélenchon sur le blog de Coralie Delaume. Dans la mesure où un certain nombre de nos points de vue se recoupent largement, je me suis interrogé sur l’opportunité de publier la mienne. Mais c’est justement parce que je partage globalement ses critiques, ainsi que celles de nombreux militants de la France insoumise (et je prends pour un signal important la tribune d’Henri Pena-Ruiz dans Marianne cette semaine), que j’ai choisi de poursuivre ma démarche et de participer au débat qui, je crois, doit nécessairement s’ouvrir quant à la Weltanschauung de ce mouvement. Les lecteurs de ce blog ne seront guère étonnés de retrouver développés les enthousiasmes et les critiques que j’ai déjà exprimés ici depuis plusieurs mois.

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Chers amis,

Vous le savez, j’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon, parce que j’ai vu en lui un républicain sincère, un ardent défenseur de la laïcité. J’avais déjà voté pour lui en 2012. À l’époque, contrairement à beaucoup, je n’avais pas été choqué par sa campagne de bruit et de fureur. Elle témoignait, à mes yeux, d’une passion politique et de convictions fortes qui tranchaient avec l’unanimisme désespérant du TINA néolibéral [1]. J’ai ensuite suivi son évolution avec un intérêt critique, pendant cinq ans, jusqu’à la dernière présidentielle. Lire la suite

Pour une (vraie) recomposition politique

« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi. »
« Pour que rien ne change… »
Le Guépard

Il l’a, sa majorité. 350 députés sur 577.
C’est une vague !… c’est une déferlante… c’est un raz-de-marée ! Que dis-je, c’est un raz-de-marée ?… C’est un tsunami !
Bon… « en même temps »©, c’est moins que prévu il y a une semaine, c’est vrai… mais quand même… 350 députés pour celui dont la candidature, il y a encore deux ans, n’était qu’une blague entre patrons de presse et pubards cocaïnés, c’est beaucoup, non ? Lire la suite