Mécénat : quand la culture fait le tapin

Lorenzo_de_Medici

Laurent de Médicis

Bien loin des fantasmes présentant les grandes entreprises et les ultrariches d’aujourd’hui comme les descendants directs des aristocrates amis des arts et des lettres de la Renaissance italienne, le mécénat sous sa forme contemporaine n’est que l’aveu d’impuissance volontaire et consentie de l’État. Lire la suite

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Comment la recherche meurt de la technocratie et du management

L’entreprise idéologique de destruction des services publics prend, depuis plusieurs années, le visage grimaçant du « new public management » qui prétend importer dans le public les méthodes qui ont fait dans le privé les preuves de leur inefficacité et de leur violence. Les services publics n’en meurent pas tous, mais tous sont touchés… la recherche comprise [1] [2]. Le travail des chercheurs est absorbé par l’augmentation continue des tâches administratives pour lesquelles les personnels compétents et formés subissent une drastique diminution des postes. Dans les centres de recherche, les lourdeurs administratives croissent exponentiellement alors que sont virés ceux qui sont censés les accomplir… le boulot retombe donc sur les épaules des chercheurs dont ce n’est pas le métier. Lire la suite

Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène. Lire la suite

#Pasdevague

(Ce billet est issu d’un fil publié sur mon compte twitter le 23 octobre 2018, ici réécrit et augmenté, y compris par les commentaires de la principale intéressée : merci à elle !)

Tsunami_by_hokusai_19th_centuryLe mouvement #pasdevague qui fait actuellement le « buzz » me touche particulièrement. Ma mère était prof de math-sciences (mathématiques, physique et chimie) en LEP (lycée d’enseignement professionnel), devenus entretemps LP (lycée professionnel) par l’effet d’une de ces réformes que les (ir)responsables temporaires de la rue de Grenelle se croient obligés de pondre pour marquer l’Histoire de leur empreinte, bien plus intéressés par cette illusion de postérité que par l’écoute des agents de leur administration. Lire la suite

Misère de l’économicisme : 5. Le monde merveilleux de la modernité

Le destin : cette bataille perdue qu’il ne nous est même pas permis de livrer
(Romain Gary, Chien Blanc)

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Image issue du film d’animation Logorama

La volonté de conformer le monde au projet que véhicule l’idéologie néolibérale serait risible si sa réussite n’était pas dramatique. Tout couple idéologie-utopie n’existe en effet que pour concrétiser une vision du monde. Accompagner le capitalisme dans ses évolutions n’a jamais été l’objectif de l’idéologie néolibérale : trop modeste ! Le passage à l’acte de l’idéologie consiste en la transformation du réel pour faire advenir l’utopie qu’elle colporte. Les évolutions imposées par l’idéologie se présentent comme inéluctables, indiscutables, affranchies des règles de la discussion publique puisqu’appartenant à l’ordre du fatum. Sa prétention scientifique lui sert de bouclier contre toute tentative critique : comment contredire la nécessité démontrée par la science ? Ainsi apparaît le paradoxe entre d’une part le discours néolibéral caractérisé par la prétention autoritaire à une modernité amnésique, qui calomnie le passé au nom d’un futur techniciste fantasmé ; et d’autre part son application dans des « réformes » rétrogrades qui ne sont qu’autant de brutaux retours en arrière du droit. En d’autres termes, le passé c’est nul, le présent c’est dur mais pour aller mieux demain, il faut aller encore plus mal aujourd’hui en revenant à l’état du droit d’hier. Cohérence ? Lire la suite

Misère de l’économicisme : 4. Feu sur l’État

LeviathanLe Realissimum de Voegelin, l’idée au cœur de l’idéologie, prend chez les néolibéraux la forme de cette croyance aveugle en la toute-puissance bienfaisante des marchés qui se double nécessairement d’une haine viscérale à l’encontre de tout ce qui pourrait la restreindre – au premier chef : l’État. Le « monstre froid » nietzschéen devient, dans l’eschatologie néolibérale, non plus Léviathan mais Satan lui-même : l’incarnation de l’Ennemi. À les entendre, tous les vices du capitalisme contemporain ne peuvent en aucun cas découler de l’application de leur idéologie ploutocratique mais seulement de ce dinosaure archaïque non soumis à la loi universelle de la « main invisible ». La pensée et les discours néolibéraux commandent une action entièrement tournée vers la « libération des marchés », c’est-à-dire concrètement vers la destruction consciente et volontaire de l’État et des services publics, entraves insupportables à la « liberté d’entreprendre » et autre « concurrence libre et non faussée » – dont on a vu combien elle était en réalité non libre et faussée [1].

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Les lectures de Cinci : la justice « clochardisée »

Justice, une faillite française ?, Olivia Dufour, LGDJ, 2018.

Le livre en deux mots

9782275057200Les chiffres sont effrayants. Les mots encore plus. Olivia Dufour, journaliste et blogueuse [1], utilise les seconds pour raconter les histoires que subsument les premiers. Ainsi nous entraîne-t-elle de tribunaux en prisons, des cabinets d’avocats à la Chancellerie, pour nous faire vivre le calvaire de tous les protagonistes de cet univers que l’on préfère ne connaître que de loin : magistrats, greffiers, avocats, justiciables, prisonniers, personnels pénitenciers, experts… Lire la suite