Malaise dans la représentation : 5. Élection

Parce que la forme contemporaine de démocratie représentative repose sur l’élection régulière et ritualisée de représentants par les citoyens, le vote tend à s’imposer dans l’imaginaire comme synonyme de démocratie. Or, on ne le répètera jamais assez : la démocratie n’est pas réductible au seul rituel du vote pour des représentants et, réciproquement, l’élection n’appartient pas par essence au seul domaine de la démocratie. Si leur intersection est non-vide, chacun des deux concepts excède ce qu’ils ont en commun et confondre les deux, par malice ou paresse, demeure une faute intellectuelle autant que politique [1]. Lire la suite

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L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve

L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Lire la suite

La Silicon Valley au service du transhumanisme

L’imaginaire collectif des transhumanistes déborde largement les limites de ses thuriféraires assumés, en particulier grâce aux moyens que ceux-ci mettent à sa diffusion : ceux des grandes entreprises de la Silicon Valley et du capitalisme mondialisé. Mais ne nous y trompons pas : l’une des forces de cette pensée, c’est sa sincérité. La volonté de puissance et de profit, qui se perçoit en particulier dans l’accaparement des données personnelles ou le mépris des lois des États-nations, ne doit pas la masquer. Évidemment, ce sont des vautours qui cherchent à gagner un maximum de pognon. Mais ce n’en sont pas pour autant de vulgaires escrocs qui vendraient du rêve pour faire du fric au détriment des pigeons qui croiraient à leurs balivernes. Lire la suite

L’hybris transhumaniste : idéologie et utopie

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h+ : un des logos-symboles du transhumanisme

Les histoires que nous servent les trans- et les post-humanistes ne doivent pas être méprisées comme les délires de gogos illuminés ou de quelques geeks fans de science-fiction [1]. Ce serait passer à côté de l’un des courants de pensée les plus puissants et les plus influents de notre époque. Et d’autant plus puissant et influent qu’il est doté des moyens financiers que lui fournit le capitalisme mondialisé, des moyens technologiques de la Silicon Valley, et des moyens symboliques de l’industrie du spectacle.
Alors : le transhumanisme, combien de divisions ?
Suffisamment pour être pris au sérieux.

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Amnésie béate et illusion du Progrès

 

On pourrait croire que le Progrès tel qu’il fut pensé au XIXe et une partie du XXe n’est aujourd’hui qu’un astre mort, que plus personne n’y croit vraiment. Comment ne pourrait-il pas s’être fracassé sur les folies meurtrières qui se sont succédé sans discontinuer depuis plus d’un siècle, transformant l’assassinat en industrie de masses ? Lire la suite

Vote électronique : l’ère de la démocratie-gadget

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« V’là ma cartouche », Honoré Daumier (Source : gallica.bnf.fr, BnF)

La démocratie et le vote. D’un côté : un type de gouvernement, un mouvement historique et un espace public de discussion. De l’autre : un dispositif de sélection et un rituel éminemment symbolique. On ne peut ramener la première au second[1] mais on ne peut non plus dénaturer le second sans affaiblir la première dans le même geste. Or, c’est ce que font ceux qui, aveuglés, ou corrompus, par l’illusion techniciste ou d’alléchantes perspectives pécuniaires, chantent depuis une quinzaine d’années les vertus du « vote électronique ». Et, confondant l’outil et l’activité, se font les VRP des « machines à voter »[2] qu’ils promeuvent comme solutions miracles à l’abstention, à la défiance des électeurs envers les élus, au vote extrémiste… et pourquoi pas promettre la fortune et le retour de l’être aimé, tant qu’on y est ?

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