Le règne de l’agressivité

Une étude récente prétendait montrer la diminution alarmante du QI. Peu importe la véracité d’une telle affirmation : nous pourrions bien être tous des génies, nous nous comportons comme des monstres de bêtise crasse. Pire : la connerie s’est élevée en valeur cardinale. La veulerie, la vulgarité, la bassesse, l’agressivité imprègnent tous les rapports sociaux, et l’inculture s’impose jusqu’au plus haut niveau. Toute nuance est congédiée au profit de la réduction à l’affrontement caricatural d’un camp contre un autre, quel que soit le sujet. L’honneur, la grandeur, la vertu, la noblesse sont ringardisés, ridiculisés, méprisés. Jouissez, chers contemporains, de cette société de la sottise et de la fatuité qui préfère la « punchline » à la pensée, le « buzz » à l’information, l’agressivité à la sérénité et à la délicatesse des mœurs. Lire la suite

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Malaise dans la représentation : 3. Morale

Un mandat d’élu n’est pas un poste en entreprise, une élection n’est pas un recrutement lors duquel sont évaluées des compétences et un parcours. Ce n’est pas non plus un concours de sosies dont le vainqueur serait celui qui, grand transformiste, saurait le mieux renvoyer à ses électeurs l’image la plus ressemblante pour les séduire.
Obnubilés par ces conceptions fallacieuses et par l’appât du gain, dans tous les partis, les « spécialistes des élections » découpent la Nation et le territoire en segments auxquels offrir le produit qui répondre le mieux aux désirs qu’ils leur prêtent. Ils prennent en compte un nombre incalculable de critères… parmi lesquels, hélas !, la probité, l’exemplarité et l’incorruptibilité des candidats, qualités qui dérivent toutes trois de la vertu civique, ne pèsent pas lourd. Lire la suite

Malaise dans la représentation : 2. Identité

L’identité ne fait pas la légitimité. Si, comme évoqué précédemment, seuls les entrepreneurs sont légitimes à parler d’entreprises (et pourquoi pas plutôt les ouvriers ?) et les fonctionnaires de services publics, alors seules les femmes sont légitimes à parler des droits des femmes, seuls ceux dont le taux de mélanine dépasse un certain seuil sont légitimes à parler de racisme, etc. etc. Lire la suite

Malaise dans la représentation : 1. Compétence

Selon quels critères devons-nous élire nos représentants ? Dit autrement : quelles doivent être les qualités d’un élu ? efficacité oratoire, fortune personnelle, compétences techniques, expérience professionnelle antérieure, ressemblance à ses électeurs, souci de l’intérêt général… ? La liste, longue, peut encore s’étendre à l’infini.
En arrière-plan de ces questions en apparence anodines, se pose celle, cruciale, de la représentation, qui a passionné tous les penseurs politiques depuis des siècles et dont les multiples réponses occupent des kilomètres linéaires de rayonnages dans les bibliothèques de philosophie politique.
Nulle prétention de synthétiser ici l’ensemble de ces réflexions très intelligentes[1]. En trois courts billets, je me propose plutôt d’interroger quelques errements contemporains liés à des conceptions biaisées de la représentation.

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Aujourd’hui, la mode est à la « compétence ». Pour être légitime, un élu doit être « compétent ». Certes. Mais de quoi parle-t-on au juste ? Lire la suite

L’avarice fiscale

La peste soit de l’avarice, et des avaricieux.
(Molière, L’Avare, Acte I, Scène 3)

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Touche pas au grisbi !

Ceux qui refusent de payer l’impôt ou réclament d’en payer toujours moins ne sont que des traîtres qui cherchent à s’abstraire de la solidarité nationale. L’impôt n’est pas une punition : que ces gamins mal élevés et capricieux cessent donc de se plaindre ! Lire la suite

De la vertu en République

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments ; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour ; mais la vertu  politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver, il faut l’aimer.

(Montesquieu [1])

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Veillée funèbre pour l’honneur disparu

Sous le crépuscule hivernal, ils ne se retrouvèrent qu’une poignée, rassemblés devant la modeste tombe. La pierre laissait lire ces seuls mots gravés : « Ci-gît l’honneur ».

Après un long silence, le premier parla ainsi :
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