Misère de l’économicisme : 3. Fausses libertés et vraies inégalités

40-11-02/54

Les discours des néolibéraux élèvent la liberté au rang de valeur suprême. Et on aurait du mal à être en désaccord avec eux ! Mais de quelle liberté parlent-ils ? Même ce beau mot subit le pire des traitements en passant par leur novlangue. La liberté des rodomonts néolibéraux est un triple mensonge : philosophique, social et économique. Lire la suite

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Misère de l’économicisme : 2. L’idéologie néolibérale

Les économistes ne sont pas les seuls atteints de néolibéralite aigüe : les derniers hommes du Zarathoustra nietzschéen qui clignent de l’œil [1] sont légions parmi les journalistes, éditorialistes, politiques et petits gris de Berlin, Bruxelles et Bercy. Qu’ils soient Candide ou Tartuffe, ils colportent la propagande néolibérale qui ne repose donc en rien sur la science, comme elle le prétend, mais bien sur l’idéologie – prise aux sens qu’en donnent à la fois Ricœur et Arendt. Ainsi le néolibéralisme apparaît-il comme l’idéologie qui accompagne et légitime le mode de production dominant actuel : un capitalisme financiarisé, mondialisé, dans lequel les grandes entreprises comme les classes les plus aisées s’affranchissent des cadres stato-nationaux légaux, fiscaux, politiques et éthiques. Lire la suite

Misère de l’économicisme : 1. L’imposture scientifique

Frontispice allégorique illustrant les mathématiques,  Dictionnaire mathématique ou idée générale des mathématiques...Par le terme d’économicisme, j’entends la tendance, fort répandue, à faire passer l’économie pour une science capable rendre compte du réel comme peuvent le faire les sciences exactes. Marxistes et (néo)libéraux convergent dans cette prétention scientifique en affirmant d’une même voix la puissance omniexplicative des facteurs économiques, c’est-à-dire la faculté à décrire et prévoir les comportements humains et sociaux par la seul compréhension de « lois » économiques semblables aux lois physiques qui régissent l’univers. Toutefois, c’est au seul discours dominant néolibéral, et dans sa dimension faussement scientifique mais vraiment idéologique [1], que je choisis de m’intéresser ici – une bonne partie de l’analyse pouvant être appliquée à son pendant marxiste. Lire la suite

Tyrannie de la minorité

déclaration dh 1789

Article premier : « Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »

En démocratie, la crainte est toujours justifiée d’une « tyrannie de la majorité » [1]. Or on assiste aujourd’hui à une autre forme d’asservissement : celle de l’espace public par les revendications identitaires de minorités, ou plutôt d’individus se considérant comme discriminés selon une dimension de leur être qu’ils affirment à la fois essentielle et minoritaire. La lutte contre les discriminations, en temps normal parfaitement légitime, se trahit et laisse place à des revendications agressives, l’affirmation du droit à la différence basculant dans l’exigence d’une différence de droits à raison d’une identité unidimensionnelle fantasmée. Lire la suite

L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve

L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Lire la suite

And justice for all

Fiat justicia, pereat mundus

Gerechtigkeit-1537

Allégorie de la Justice, Cranach

L’idéologie de la glorification des forts et de l’écrasement des faibles a gagné. Les valeurs à la mode ? La violence, l’agressivité, le pognon, l’inculture… Leur traduction dans la novlangue qui putréfie la langue ? Réussite, performance, innovation, efficacité… ad nauseam. Au cœur de cette bouillie : l’injustice avec sa gueule moche. Aux pieds du veau d’or, gît Thémis. Lire la suite

La Silicon Valley au service du transhumanisme

L’imaginaire collectif des transhumanistes déborde largement les limites de ses thuriféraires assumés, en particulier grâce aux moyens que ceux-ci mettent à sa diffusion : ceux des grandes entreprises de la Silicon Valley et du capitalisme mondialisé. Mais ne nous y trompons pas : l’une des forces de cette pensée, c’est sa sincérité. La volonté de puissance et de profit, qui se perçoit en particulier dans l’accaparement des données personnelles ou le mépris des lois des États-nations, ne doit pas la masquer. Évidemment, ce sont des vautours qui cherchent à gagner un maximum de pognon. Mais ce n’en sont pas pour autant de vulgaires escrocs qui vendraient du rêve pour faire du fric au détriment des pigeons qui croiraient à leurs balivernes. Lire la suite