Ce que Sarkozy a fait à la France

Nicolas Sarkozy, qui n’était jamais parti, est revenu… à la tête de l’UMP. Les militants ont réélu celui qui leur avait fait perdre toutes les élections de 2008 à 2012, celui qui avait laissé derrière lui un champ de ruine à la direction du parti en provoquant puis en encourageant la guéguerre Copé-Fillon, celui qui avait ruiné son parti. Et encore ! ce qu’il a fait à son propre parti n’est rien, comparé à ce qu’il a infligé à la France. La présidence de François Hollande a beau être désespérante, cela doit-il faire oublier le quinquennat précédent ? Parmi la myriade de souffrances, parmi les innombrables humiliations que Nicolas Sarkozy a portées au pays, je n’en retiendrai que trois. Trois raisons pour lesquelles, quels que soient les renoncements et les faiblesses de l’actuel Président, si je devais de nouveau choisir entre les deux, je n’hésiterais pas un instant et voterais contre Nicolas Sarkozy.

L’idolâtrie de l’argent

À l’opposé de toute la tradition française, de toute l’histoire de la nation, de toute sa profonde culture, Nicolas Sarkozy et ses affidés ont fait de l’argent, dans sa dimension la plus vulgaire – le fric –, la valeur centrale de leur système de référence. Que l’on se souvienne de Séguéla et de sa Rolex, de Copé et des « tocards » qui gagnent moins de 5 000 euros par mois…

Il ne s’agit plus d’afficher la réussite sociale à travers des signes extérieurs de richesse – attitude longtemps méprisée comme l’apanage des parvenus, des « nouveaux riches », des pignoufs m’as-tu-vu et autres beaufs de mauvais goût – mais bien d’une idéologie pognon-centrée volontairement imposée à tout le pays, en faisant sauter les digues de la décence et de la retenue.

Le fric est la valeur unique, aux deux sens du terme : référence morale (comme le bien ou la justice) et pierre de touche de l’importance donnée à quelque chose (ce que ça vaut). Par conséquent, le sarkozysme a réussi à faire croire que tout doit être mesuré à l’aune du pognon, érigé en objectif de l’existence. Ce qui n’est pas convertible en gros chiffres n’a aucune valeur. Tu es ce que tu vaux, c’est-à-dire l’argent que tu gagnes. Ou la cupidité érigée en règle d’être.

L’inculture revendiquée

On comprend mieux ainsi l’arrogance et le mépris affichés envers tout ce qui représente la culture, en rupture radicale avec le respect dont témoignaient ses prédécesseurs. Tout pouvoir intellectuel fondé sur le savoir, intrinsèquement gratuit, ou du moins appartenant à des sphères non marchandes – enseignants, chercheurs, magistrats, artistes… – a été raillé, ridiculisé, insulté. Et ce, de la manière la plus brutale et la plus vile, directement ou par l’intermédiaire de ses affidés, crétins bas du front à la vulgarité exacerbée : les Morano, Estrosi, Lefebvre, Hortefeux, qui en ont fait des tonnes dans l’inculture crasse. Lorsque seul compte l’argent, l’esprit est la victime de la veulerie. Pour écraser tous ceux qui ont choisi de ne pas faire de la rapacité le moteur de leur existence, Nicolas Sarkozy et ses sbires aussi bêtes que méchants en rajoutent, ad nauseam.

Comment l’enfant de Neuilly, passé par les meilleures écoles (encore qu’il n’ait jamais fini celle de la rue Saint-Guillaume), peut-il prétendre sérieusement que son « parler populaire » est naturel ? Ce « parler-vrai » qu’il emploie à la caricature n’est qu’un parler-mal, une insupportable accumulation volontaire de fautes de français. Ainsi affirme-t-il à la fois « écoutez-moi, je parle comme vous, donc je suis comme vous » et « je vomis les élites intellectuelles ». La première prétention n’est qu’une supercherie : les fautes sont censées le rapprocher du « peuple »… quel mépris ! Quant à la deuxième, si elle est indubitablement sincère – aux élites intellectuelles qu’il exècre, il préfère celles de l’argent –, elle procède à la fois d’un ressentiment personnel et d’une tactique démagogique.

La division stratégique

En effet, opposer les « élites intellectuelles » fantasmées à un « peuple » tout aussi imaginaire relève d’une des méthodes les plus mortifères du sarkozysme pour asseoir son pouvoir : faire de la division le principe fondamental de sa stratégie. Au pouvoir, c’est peut-être en cela qu’il a été le plus nocif pour la France. Il a multiplié les inventions de victimes expiatoires et dressé les Français les uns contre les autres. Le flou et l’absurdité des catégories créées permettaient d’autant plus facilement aux individus de se projeter dans celle qui était valorisée pour mieux se défouler sur celle qui lui était opposée. « La France qui se lève tôt » contre « la France qui se lève tard », « ceux qui paient des impôts » contre « ceux qui fraudent et profitent des allocations » (je reviendrai sur ce sujet dans un autre billet), « Français de souche » contre « immigrés », « salariés du privé » contre « fonctionnaires », etc. La segmentation de la nation française en autant de communautés imaginaires vise à accroître la haine selon le principe éprouvé du bouc-émissaire.

Alors que la charge de Président de la République est d’assurer la cohésion de la nation et de rassembler autour de lui tous les individus qui la composent, pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a divisé la France, joué avec les haines et creusé des gouffres qu’il avait le devoir de combler. En instaurant un climat de guerre civile larvée dans le seul but de servir ses intérêts propres, il a trahi sa fonction et son pays.

Cincinnatus

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