Et ils se disent de gauche !

Le paysage politique français est accablant. Son pendant intellectuel ne l’est pas moins. Quand les clercs trahissent les valeurs qui fondent leur légitimité, on assiste au spectacle navrant de « pédagogistes » qui détruisent l’école, de « féministes » qui sapent l’égalité des droits, d’« antiracistes » qui démolissent l’universalisme. Néolibéraux et identitaires de tous poils s’en frottent les mains.

Toutes les réformes de l’enseignement menées depuis trente ans vont dans le même sens d’un démantèlement conscient et volontaire de l’école républicaine. Au nom d’une conception démagogique de la pédagogie, idéologie lâche et criminelle, d’autoproclamés experts en « sciences de l’éducation » insultent les véritables pédagogues, enseignants attachés à la transmission traités de « réacs » ou de « fachos », et calomnient l’école en prétendant, dans une novlangue creuse, « mettre l’élève au centre » [1]. Armés d’un soi-disant intérêt « bienveillant » pour « l’épanouissement » des enfants, ils ne font que flatter leur égoïsme et encourager une arrogance stupide. En les affirmant capables de « construire eux-mêmes leurs savoirs », ils les maintiennent enfermés dans leur ignorance. En les abandonnant à leurs déterminismes, ils en font des cibles facilement manipulables pour les entrepreneurs identitaires. En ouvrant grand les portes de l’école aux philistins, ils achèvent de les transformer en proies passives offertes sur un plateau à tous les marchands du temple et autres vendeurs de colifichets trop heureux de voir venir à eux des masses de consommateurs décérébrés. L’alliance criminelle des « pédagogistes » et des néolibéraux assassine l’école. Peu étonnant de les voir main dans la main pour la livrer aux désirs des marchés, les intérêts du Medef et de la Silicon Valley dictant les réformes que les « pédagogistes » s’empressent d’enrober d’un jargon pseudo-scientifique et que les politiques transcrivent mécaniquement dans le droit [2].

Les combats féministes ont longtemps été menés dans un objectif d’égalité des droits et des traitements entre les hommes et les femmes. Et pourtant, une nouvelle génération de « féministes » monopolise les tribunes médiatiques depuis quelques années, défendant des positions étrangères aux précédentes. À rebours des idéaux universalistes antérieurs – auxquels, heureusement !, demeurent fidèles un certain nombre de féministes sincères – elles représentent un « féminisme relativiste » finalement bien plus relativiste que féministe et qui sombre souvent à tel point dans l’identitarisme qu’il en trahit la cause des femmes. Elles beuglent contre le « manspreading » [3] mais demeurent silencieuses envers l’excision. Elles font montre d’une morgue qui n’a d’égale que leur inculture crasse lorsqu’elles massacrent la langue française en rajoutant des -e- et des .e. au milieu des mots, mais se vautrent dans la complaisance, voire le déni de réalité, quand des femmes se font agresser dans le quartier de La Chapelle. Elles préfèrent essentialiser les hommes (blancs uniquement) en les réduisant à des stéréotypes de violeurs congénitaux, plutôt que de se battre pour l’égalité des droits. Elles détruisent sciemment sur leur passage toutes les nuances, toutes les subtilités, tout le plaisir de relations humaines complexes et respectueuses, témoins d’une exquise civilité qui contrarie leur logique de guerre civile. Elles préfèrent l’asservissement à l’émancipation et choisissent leurs combats en fonction de leurs intérêts propres, toujours contre l’universalisme et la liberté. Et ce n’est pas par hasard : elles n’ont que faire de l’émancipation, de l’universalisme, de la liberté ou de l’égalité – seuls comptent leur entre-soi hargneux et leur idéologie sectaire.

Alors que les combats contre le racisme ne s’achèvent jamais, on assiste à un dévoiement paradoxal de ceux-là mêmes qui prétendent les guider. Des individus, groupuscules et associations peu recommandables bien qu’autoproclamés « antiracistes » [4] [5] pervertissent l’idée d’antiracisme pour sombrer dans une obsession de la race devenue seul critère d’appréciation du réel. Imperméables à l’idée que les identités sont toujours complexes, ils pratiquent l’assignation à résidence identitaire et rejoignent sans scrupule les racistes de l’autre rive. Ils réduisent les individus à leur phénotype, à leur couleur de peau, et essentialisent aussi bien leurs « adversaires de race » renvoyés à leur « blanchité » (sic) que leurs « frères et sœurs racisés » (re-sic) [6]. Ces spécialistes du « pas d’amalgame » sont les premiers à imposer des étiquettes et à ne considérer que des groupes niant les individus. Ceux qui refusent de se reconnaître dans cette grille de lecture abjecte, s’exposent à la vindicte et à la disqualification absolue : estampillés « racistes » ou « islamophobes », ils sont interdits de débat, la parole publique leur étant confisquée. Cette « gauche » identitaire perd son temps, son âme et notre patience à échafauder des hiérarchies sexistes et racistes : une femme blanche vaut plus qu’un homme blanc mais moins qu’un basané, un métis vaut plus qu’un blanc si et seulement si son degré de négrité dépasse tel seuil, etc. etc. ad nauseam [7]. Comment des intellectuels, des universitaires, en particulier des chercheurs en sciences sociales, peuvent-ils participer à cette sinistre pantalonnade et trahir les idéaux des Lumières dont ils sont censés incarner aujourd’hui l’héritage ? Comment peuvent-ils soutenir ces mouvements à l’antisémitisme assumé et à l’homophobie revendiquée ? De la « seule » signature de tribunes hallucinées de naïveté à l’engagement militant, ils commettent là un véritable « crime contre l’esprit ». Ils se font les complices d’une idéologie de guerre civile, mue par la haine de la France, de la République et de ses valeurs – laïcité en tête.

Cincinnatus


[1] On ne le répètera jamais assez : la vocation de l’école est de transmettre des savoirs. Non pour produire à la chaîne des petits singes savants, non pour sélectionner brutalement une élite dégagée d’une masse condamnée à sa médiocrité : ceux qui assènent de telles calembredaines sont des menteurs et des imbéciles. Transmettre des savoirs parce que c’est ainsi, et ainsi seulement, que l’on forme des individus libres et des citoyens responsables. Parce que c’est en assurant l’entrée des enfants dans le monde commun qu’on tisse les liens entre les morts, les vivants et les à-naître, nécessaires à la poursuite de la civilisation. Parce que c’est en les sortant de leur milieu d’origine, social, religieux et familial, et en les ouvrant au monde infiniment plus large de la connaissance, qu’on leur permet de devenir eux-mêmes. Parce que c’est au contact des classiques que l’on forme leur esprit et leur jugement. Parce que c’est en leur inculquant le goût de l’effort et de l’exigence, et en leur apprenant à différer la résolution du désir, qu’on les guide vers l’âge adulte.

[2] Il faut impérativement lire cet excellent article de Fatiha Boudjahlat sur le blog de Mezetulle : « OCDE et Terra Nova : une offensive contre l’école républicaine »

[3] Qui n’est que de la grossièreté pure et n’est donc pas plus misogyne que de garder accroché son sac à dos dans un métro bondé, d’empêcher les gens d’en sortir quand d’autres veulent y monter, ou de faire profiter ses voisins de voyage de ses mauvais goûts musicaux au moyen d’un système de diffusion aussi fort qu’éraillé. Cela ne mérite pas plus qu’une remarque cinglante suintant tout le mépris que de tels comportements inspirent.

[4] Parti des Indigènes de la République, Collectif Contre l’Islamophobie en France, etc. etc. et tous leurs satellites et autres idiots inutiles adeptes de « camps d’été décoloniaux » et de « séminaires en non-mixité ».

[5] Et même jusqu’à de vénérables associations dont les faits d’armes historiques contrastent avec leur actuelle cécité : comment la Ligue des droits de l’homme peut-elle se perdre ainsi ?

[6] Ces derniers sont ainsi sommés de choisir entre 1/ se ranger à leurs côtés et se satisfaire de l’immunité servile de la victime par nature, complètement déresponsabilisés et rendus à l’état de mineur sous le joug paternaliste de ces viles tyranneaux manipulateurs ; ou 2/ subir les accusations ignominieuses de « traîtres à leur race » et se voir pourchassés, vilipendés, cibles d’un lynchage symbolique odieux, traités de « nègres de maison », de « collabeurs », de « bounty » ou de « harkis », insulte suprême. Audrey Pulvar et Lunise Marquis ont été récemment les victimes médiatiques d’une de ces campagnes odieuses, et combien d’anonymes sont aujourd’hui la proie de telles intimidations ?

[7] Alors que l’on ne cesse de répéter que la rupture est consommée entre les intellectuels et les associations d’une part, et les partis politiques d’autre part, l’influence grandissante de ces thèses et l’entrisme de ses défenseurs dans les partis, au-delà de leur porte-voix historique le NPA, dépasse les seuils d’inquiétude. De En Marche à la France Insoumise, leurs idées infusent et les investitures aux dernières législatives ont montré des défaillances très graves.

Publicités

5 réflexions sur “Et ils se disent de gauche !

  1. Pourquoi parler d’excision pr des feminists francaises?
    Ca se voit que vous ne respectez pas les femmes, vs utilisez le mot beugler.

    L’universel ne veux rien dire, universalisable est plus juste. Toute ideologie est sectaire.

    Votre texte est tres mauvais, il n’est pas assez travaille. Pour une personne de gauche votre mepris des femmes et des non blancs est trop visible. Votre vocabulaire ‘guerre civile’ ou ‘haine de la france’ est stupidement emprunte a l’extreme droite. On sent l’homme blanc qui a mal a sa France……va falloir vs y faire desormais le monde ne tourne pas autour de vs, les choses ne vont pas s’arranger pr vs si vs persistez dans vos illusions

    J'aime

    • Cher Gad,

      1/ « Pourquoi parler d’excision pour des féministes françaises ? » Et pourquoi pas ?
      D’abord, il ne vous aura pas échappé que je faisais là référence, entre autres, à la récente polémique suscitée à bon droit par les propos révoltants de Tariq Ramadan.
      Ensuite, que voulez-vous dire exactement par votre question ? Suggérez-vous que ce problème ne se pose pas en France et qu’il est donc hors-sujet pour nous ? Hélas, c’est faux, il se pose ici, moins qu’ailleurs peut-être, mais des filles subissent ces mutilations sur notre territoire et c’est parfaitement inacceptable. Si ce n’est pas là le sens de vos paroles, devons-nous comprendre que, selon vous, « pour parler de l’excision, on doit appartenir à une culture qui la pratique » ? Dans ce cas, cher Gad, si c’est bien là ce que vous entendez, permettez-moi de ne pas partager cette drôle d’idée que la parole sur un tel sujet serait réservée à certains et interdite à d’autres. Ce ne sont là que de risibles rodomontades de petits censeurs qui devraient, au contraire, encourager chacun à s’emparer de la parole publique pour dénoncer des telles confiscations. Quant à moi, ne vous en déplaise, je continuerai de dénoncer l’excision, comme toutes les saloperies infligées à des femmes ou à des hommes.

      2/ Vous affirmez que je ne « respecte » pas les femmes et que je les « méprise ». Mais de quel « respect » parlez-vous donc ?
      S’agit-il de celui dû à tout humain en tant que tel ; de celui qui, en fraternité universelle, me conduit à reconnaître en lui un être de semblable dignité ? Dans ce cas, cher Gad, votre critique m’étonne et je ne peux que la mettre sur le compte d’une lecture partielle (partiale ?) de ma prose.
      Ou bien s’agirait-il plutôt de cette notion mafieuse de petits caïds décrite en des termes définitifs par le regretté Bernard Maris dans son très beau livre Et si on aimait la France ? Allez, rien que pour vous, je vous en donne un extrait :

      « à l’opposé de la galanterie, se situe le “respect”, mot employé à tort et à travers par la racaille et les crétins. Le “respect” est celui de l’ordre. Si une fille se fait violer dans une tournante, c’est qu’elle a manqué de “respect” en faisant la pute. Si une autre se fait brûler vive, c’est pour le même manque de “respect” envers son petit assassin. Si une troisième se fait rouer de coups par une bande, c’est pour avoir manqué de “respect” au chef d’icelle. La galanterie est une soumission du (présumé) fort au (présumé) faible. Le “respect”, c’est la pratique cruelle de l’ordre mafieux. Tous les films sur la Mafia dégoulinent de “respect” pour les parrains, les anciens, les grands frères et le reste. La galanterie est donc, il faut le reconnaître, une des formes de la démocratie. En l’absence de politesse, règne la loi du plus fort. Comme la démocratie, la galanterie est un moment de modestie ; une modestie fine, intelligente, supérieure peut-être, snob souvent, autrement dit fausse, comme celle de la princesse des Laumes affectant la discrétion au salon de Mme de Saint-Euverte, et frétillant d’aise d’être reconnue ; comme le galant, son tour joué avec la complicité de la dame, se réjouit d’être accepté comme mâle, mais sait que le meilleur moment est celui où l’on monte l’escalier. Dans tous les cas, c’est une preuve de civilisation. La civilisation commence avec la politesse, la politesse avec la discrétion, la retenue, le silence et le sourire sur le visage.

      J’ajoute que les Français inventèrent massivement, au XVIIIe siècle, la séparation du sexe et de la reproduction. Encore un témoignage de politesse. » (p. 45-46)

      Pas mal, non ? Puis-je également vous encourager, cher Gad, à aller lire le billet que j’ai consacré à cette question de la galanterie ? Peut-être pourrez-vous y apprendre deux ou trois petites choses et constater à quel point votre accusation à mon encontre est aussi ridicule que déplacée.

      3/ L’universel semble vous gêner. C’est dommage d’en rester à une conception tribale de l’humanité, divisée en petits entre-soi, monstres d’égoïsme hargneux et haineux. À moins que, hypothèse supposant une plus grande évolution dans l’abject, vous ne préfériez vous faire le défenseur d’une de ces théories de hiérarchisation des humains selon une échelle basée sur l’origine, le sexe et/ou la couleur de la peau, à la façon des tartuffes « antiracistes » cités dans mon billet ?

      4/ Mon texte serait « très mauvais », « pas assez travaillé » ? Sans doute est-il perfectible, j’en conviens. Mais vous l’avez lu, vous vous êtes senti le devoir de le commenter, il vous a visiblement défrisé… Tant mieux : cela me laisse penser qu’il est déjà plutôt réussi. Merci.

      5/ J’emprunterais mon vocabulaire « à l’extrême-droite » ? Désolé mais non parce que, de règle générale, je n’emprunte rien à personne : je n’aime pas avoir de dettes. En revanche, il est plutôt amusant de constater combien les fameux « antiracistes » cités défendent, eux, des idées bien similaires à celles de l’extrême-droite.

      6/ Je serais un « homme blanc qui a mal à sa France ». Oui, c’est vrai qu’à première vue, je suis plutôt de sexe masculin et mon taux de mélanine paraît faible. Mais, cela peut vous étonner, apprenez que les apparences sont parfois trompeuses et que, surtout, je ne suis pas que cela. Cette façon de coller des étiquettes sur les gens, de ne les considérer que comme des monolithes sans nuance ni aspérité, de refuser la complexité des individus pour ne retenir que des stéréotypes prépensés, de ne percevoir le monde qu’au travers d’un criterium omniexplicatif… tout cela commence à me fatiguer. Quant au fait que j’ai « mal à ma France », c’est tout à fait exact… mais pas du tout pour les raisons que vous alléguez. J’ai déjà longuement parlé de tout cela et je n’aime pas me répéter. Si cela vous intéresse, sur ces deux sujets, vous pouvez lire ceci : « Identités choisies », « Plaidoyer pour la liberté sexuelle contre les nouvelles ligues (de vertu) » et « Français, halte à la haine de soi ! ».

      7/ Je ne sais comment interpréter vos derniers mots. Partagez-vous cette théorie aussi stupide que criminelle du « grand remplacement » ? Dans ce cas, vous me voyez navré de découvrir que vous avez encore moins de neurones que le peu que, bienveillant, je vous accordais jusqu’à présent.

      Bien cordialement,

      Cincinnatus

      PS : relisez-vous, non pas qu’une orthographe correcte vous donnerait la moindre crédibilité (c’est peine perdue compte tenue de la faiblesse de votre argumentation), mais au moins cela rendrait votre prose un peu moins illisible pour le pauvre lecteur qui se dévoue à la déchiffrer.

      J'aime

  2. Pingback: 20170702-20170625 : Revue de presse | Mes usages numériques

  3. Bonjour, merci de votre blog que j’apprécie pour ses analyses et éclairages et que je consulte souvent.

    Me permettrez-vous de tenter, en passant par vous, de signaler à C.K. que depuis quelque temps je n’arrive plus à accéder à son excellent et précieux blog Mezetulle ?

    Pourriez-vous tenter de la joindre de ma part (Claustaire) pour lui signaler le problème afin qu’elle vérifie si par hasard elle ne m’aurait pas mis malencontreusement en « indésirable », ainsi que peut-être d’autres lecteurs de son blog ?

    Mille mercis d’avance si votre intervention me délivrait de ce fâcheux exil.
    Cordialement.

    J'aime

  4. Pingback: Petite missive adressée à mes amis centristes | CinciVox

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s